A défaut d’être un film pour toute la famille,
Sans Sarah, Rien Ne Va, est une comédie réalisée en famille. Pour preuve Jason Segel (acteur principal et scénariste) est dirigé par Nicholas Stoller, réalisateur de
Five Year Of Engagement et futur metteur en scène de
Muppet Movie (deux projets écrits une fois de plus par Jason Segel). Le tout est et sera produit par Judd Apatow, qui s’est fait un nom ses dernières années avec des comédies potaches ou satiriques qui ont été de véritables succès au box-office américain (
Braqueurs Amateurs,
Walk Hard,
En Cloque Mode D’emploi,
Supergrave,
40 Ans Toujours Puceau). Un nom associé au succès et à de sacrées poilades. Si la patte d’Apatow suffit à nous appâter, peut-on pertinemment se pâmer devant ce produit pavoisant ?
Sans Sarah, Rien Ne Va implique ce que l’on sent venir depuis longtemps et qui s’est accéléré durant les cinq dernières années. La proximité entre la télévision et le cinéma est de plus en plus importante. Lorsque les stars déchues du grand écran (Kiefer Sutherland, Glenn Close, Jeff Goldblum, James Woods) tentent de renaitre à la télévision, cette dernière est toujours un tremplin conséquent pour les futures stars cinématographiques de demain. Les héros de How I Met Your Mother, Veronica Mars, Grey’s Anatomy (voir Katherine Heigl dans
27 Robes ou Patrick Dempsey dans
Le Témoin Amoureux), Lost (Matthew Fox dans
Angles d’Attaque) sont en passe de prendre le pouvoir dans l’industrie toute puissante des programmes pour salles obscures…
A n’en pas douter, le film remportera d’office l’adhésion des fans de Jason Segel et Kristen Bell. L’acteur de How I Met Your Mother et la comédienne de Veronica Mars et Heroes devraient rameuter dans les salles un bon nombre de fans des séries précédemment citées. Malheureusement, ils risquent de vite déchanter tant le film enchaine les séquences à l’humour bancal, aseptisé par des personnages secondaires qui n’apportent pas grand-chose à l’intrigue principal.
Premier problème : la caractérisation de Sarah Marshall, interprétée par la craquante Mademoiselle Bell. Celle par qui le malheur arrive est dans un premiers temps perçue comme une garce sans cœur qui trompe notre héros depuis plus d’un mois. Difficile donc de s’attacher à ce protagoniste froid qui est pourtant l’objet de toutes les attentions. Le scénario prend par la suite un virage plus sympathique pour Sarah qui devient d’un seul coup une sainte qui a tenté pendant plusieurs années d’élever son petit ami socialement et artistiquement. A la fin, elle réapparait en quasi trainée, actrice en passe d’être ratée et passablement énervante. Le spectateur ne s’amusera jamais à assembler le puzzle psychologique de Sarah. Son psychisme protéiforme ne la rend jamais attachante, jamais enivrante.

La vraie surprise, c’est Jason Segel (Peter Bretter dans le film), avec son physique approximatif et sa bouille de benêt, qui parvient à porter le film sur ses épaules et qui fait éclater un talent aperçu dans
How I Met Your Mother, au milieu d’une galerie de personnages tonitruants et névrosés (la série déroule dans chaque épisode une panoplie fantastique d’humour décalé et de séquences absurdes). Le comédien se démène dans une histoire qu’il a lui-même écrit et qui souffre très souvent de problème de rythme, quand ce n’est pas de lourdeurs, optant pour des situations graveleuses sans intérêt. On reprochera en effet quelques séquences de nus intégrales où Segel se désape entièrement, pour le pire d’un récit en panne sèche d’inspiration.

Autour de Sarah et Peter, s’agitent des protagonistes plus faux que nature et vulgairement caricaturales. De la star du rock évasive à son fan transi le plus hardcore, en passant par un surfer à la mémoire de poisson rouge, le long-métrage se pare d’éléments racoleurs et faussement divertissants. Heureusement, le charme de Mila Kunis (qui efface totalement la performance de Kristen Bell) illumine le film par intermittences. Le plus drôle reste sans contrefaçon, les fausses séquences de la série tournée par Sarah Marshall avec les participations savoureuse de Billy Baldwin et de Jason Bateman (
Arrested Development). Le meilleur de ce film de cinéma se dévoile donc dans sa manière de singer les défauts des séries télévisées. La boucle est bouclée.
Forgetting Sarah Marshall ? Forget Sarah Marshall !