La critique d'Excessif

2/5
saw_5_vign23 L'HISTOIRE :

Dans ce nouveau volet de la saga Saw, il semble que Hoffman soit le seul héritier du pouvoir du Tueur au puzzle. Mais lorsque son secret risque d'être découvert, il n'a pas le droit à l'erreur et doit éliminer chaque menace. Les pièges vont se multiplier pour se refermer, inexorablement, en déclenchant autant de frissons que de cas de conscience...

On annonçait partout que Saw 5 serait le film de toutes les surprises et de tous les possibles. Il faut dire que les efforts mis en place par toute l’équipe pour essayer de se racheter une crédibilité auprès de ceux consternés par le travail de Darren Lynn Bousman se sont avérés très probants (acteurs qui jouent au péril de leur vie, réapparition surprise de personnages oubliés dans les anciens volets, etc.). A l’arrivée, Saw 5 marque effectivement une étape dans la saga en reposant sur la capacité du spectateur à flairer le pot aux roses. Oui mais encore ?

SAW 5
Un film de David Hackl
Avec Tobin Bell, Mark Rolston, Costas Mandylor, Scott Patterson, Julie Benz, Carlo Rota, Greg Byrk
Durée : 1h30
Date de sortie : 05 Novembre 2008

De toute évidence, Saw est une saga qui se sérialise au sens premier, qui n’a plus besoin de jouer la carte de la surenchère crapoteuse comme dans le précédent volet (le plus mauvais de tous) où la succession des tortures tenait lieu de scénario. Ce qui est inquiétant, c’est que l’on est presque habitué au climat, à l’esthétique et à la violence qui en émanent sans ressentir la moindre tension ou la moindre angoisse. Il y avait déjà ce tournant vers l’explicite dans Saw 2 où la violence était de plus en plus exacerbée, le mystère, de moins en moins mystérieux. Le schéma proposé était très simple (des hommes et des femmes au passé trouble, des épreuves sadiques et un retournement de situation inattendu). Darren Lynn Bousman pensait sans doute qu’il serait utile d’exacerber cette violence d’épisode en épisode (ce qu’il a fait sur Saw 3 et Saw 4) pour nourrir l’esprit des ados déviants. Sans pour autant être un modèle de construction dramaturgique, Saw 5 préfère manipuler en amplifiant ou en détournant des codes que le spectateur connaît déjà, à tel point que l’on ne comprend plus où et quand l’action se déroule. Exercice auto-parodique? Sans doute mais involontaire.

Ainsi, dès que l’on entend le thème principal de Charlie Clouser lors des cinq dernières minutes du film, on sait qu’un événement crucial va être annoncé comme une clef. Or il se trouve que paradoxalement le retournement de situation final dans Saw 5 est ce qu’il y a de plus faible. Il n’y a plus la volonté de reposer sur une révélation surprenante mais plutôt d’installer dans un mode automatique et de creuser la mythologie du tueur (la meilleure scène du film est celle où JigSaw enseigne l'art de tuer à son disciple). Dommage cependant que ce qui constitue le décorum du tueur (la tête de cochon et le pantin baptisé Billy) ne soit pas expliqué. Certains dialogues sont assénés avec un tel sérieux par des acteurs de troisième zone qu’ils provoquent une hilarité involontaire. Et c’est presque ce qui séduit dans ce Saw 5, revenu de tout : une sérialité des événements qui donne envie de suivre cette production comme un feuilleton (un soap-opera du gore) fragmenté en épisodes plus ou moins égaux mais travaillé par la volonté de fidéliser un public pour le meilleur (l’attente qui découle de chaque nouvel épisode) et le pire (le mercantilisme qui l’accompagne).


D’ailleurs, le rituel est fixé au mois d'octobre, pendant la période d’Halloween. A chaque fois, c’est un carton dans les salles ; et les fans en redemandent, peu importe la qualité du produit fini et le nom de celui qui est derrière la caméra. Le vrai suspense, c’est de savoir au fond ce qui va exploser au visage de tout le monde lorsque le filon sera épuisé : une baudruche ou une bombe ? Le risque avec ce Saw 5, c’est que celui qui a loupé les autres Saw ne va plus piger grand-chose. Et même pour celui qui les a vus, cela reste assez alambiqué (d’où la nécessité de les voir à répétition et de les acheter en DVD - encore une technique commerciale). Saw ressemble plus à un gadget qu’à du cinéma, souvent tourné à l’arrache dans des conditions presque underground. Ce qui peut faire son charme mais aussi sa grande limite. Dans le 5, on retrouve par brèves intermittences l’étrange excitation que l’on pouvait ressentir en découvrant le premier volet, à une époque où la saga n’était pas encore prisonnière de ses ficelles. Les mécanismes de torture sont plus ou moins «inventifs» mais ne proposent pas d’idées mémorables (celui qui sert de préambule est extrêmement décevant). Certains sont d’ailleurs tellement outrés (deux victimes qui se font scier la main pour s’en sortir - sic) qu’ils confinent au grotesque.

Autrement, il y a dans le récit de Saw 5 un embrouillamini mélangeant des éléments de différents épisodes (le meurtre de l’obèse dans le premier, un insert du commissaire joué par Danny Glover – qui ne réapparaît pas pour autant dans le film, l’infirmière du troisième) pour donner l’illusion d’une étrange somme d’indices et d’intuitions. Un peu comme si tous les opus se déroulaient de manière simultanée. De manière périphérique, des personnages qui n’étaient jusque là qu’évoqués oralement sortent de l’ombre pour apporter plus d’ambigüité au délire gore. Mais ils ressemblent surtout à des prétextes pour relancer la machine et redonner du sang neuf à une intrigue entièrement braquée sur JigSaw ; l’addition de tous les Saw formant un grand corps malade où l’on accompagne un tueur à son trépas. Au bout du compte, certaines pistes restent sans réponse (qu’est-ce que la femme de JigSaw trouve dans la boîte laissée par son mari ?) et il faut sans doute compter sur la «malice» des scénaristes pour nous l’expliquer dans l’épisode suivant (le suspense est définitivement entretenu comme dans une série télévisée avec l’annonce d’un plot et sa résolution - à la différence qu'il faut à chaque fois attendre une année). C’est mieux que Saw 4 et par extension tout ce qui a été réalisé par Darren Lynn Bousman (une malédiction définitive). Cependant, on est encore loin d’atteindre l’uppercut du coup d’essai, réalisé il y a maintenant cinq ans par James Wan avec des bouts de ficelle. James Wan qui depuis a bien tourné la page.

Romain Le Vern

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