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Seven Swords

La critique d'Excessif

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seven_swords_z2 L'HISTOIRE : A l'aube des années 1660, la Mandchourie annexe la Chine pour y installer la dynastie Ching. A la suite des multiples insurrections contre le gouvernement, ce dernier interdit l'étude et l'exercice des arts martiaux afin de maintenir l'ordre et la discipline dans le pays. Ravage, chef militaire de la dynastie antérieure, se dit qu'en aidant le gouvernement à faire appliquer la nouvelle loi il parviendra à s'enrichir rapidement. Il a projeté de s'attaquer à la dernière ville frontière, petite bourgade du nom de Martial Village, dont les habitants sont réputés rebelles et courageux. Fu Qingzhu tente de mettre un terme à cette boucherie et décide de sauver Martial Village. Avec deux villageois, il se rend au Mont Heaven pour solliciter l'appui de Maître Shadow-Glow. Ce dernier leur vient en aide et ordonne à quatre de ses meilleurs disciples de partir.
Depuis le début des années 80, Tsui Hark a marqué de son empreinte le cinéma de Hong Kong, notamment à travers la saga des Histoires de fantômes chinois, des Syndicat du Crime et, bien sûr, Il était une fois en Chine. Il a produit et réalisé une pléthore de classiques remarquables (Peking Opera Blues, Green Snake, The Lovers), Mais depuis son dernier chef d'œuvre, The Blade en 1995, Tsui Hark cherchait un second souffle. Après quelques films oubliables (les Van Damme) deux suites bien ratées (Legend of Zu et Black Mask 2) et une réussite brillante mais bancale (Time & Tide), Tsui Hark revient sur le devant de la scène internationale avec son projet le plus ambitieux. Un film de sabre comme autrefois, mais tourné vers le public mondial. Espéré avec une impatience difficile à contenir, Seven Swords est né de deux désirs : reprendre les rênes d'une industrie qu'il a toujours dominé et, plus important peut-être, rendre dignement hommage a son cinéaste fétiche : Akira Kurosawa.

Le résultat est à la hauteur de toutes ces attentes.


SEVEN SWORDS
Un film de Tsui Hark
Avec Donnie Yen, Charlie Yeung, Dai Liwu, Kim Yeon-So, Liu Chia-Liang
Durée : 2h30
Sortie Chine : 29 Juillet 2005
Sortie France : 30 Novembre 2005

L'histoire : au dix-septième siècle, les Mandchous instaurent la Dynastie Ching et bannissent les arts martiaux. Aux confins de la Chine, des troupes de mercenaires sont chargés d'éliminer les rebelles. Parmi ces généraux sanguinaires, Fire-Wind dirige une troupe de barbares assoiffés de sang, qui écument le nord de la Chine, tuant hommes, femmes, vieillards et enfants afin de revendre les têtes à la pièce, dans le but de s'enrichir. Fu, un vieux rebelle joué par le vétéran du studio Shaw Lau Kar-leung (La trilogie de La 36eme chambre de Shaolin, c'est lui), a fui l'armée impériale pour protéger les paysans. Il tente de prévenir un village d'une attaque imminente de l'armée de Fire-wind. Avec deux villageois (dont Charlie Yeung, égérie de The Lovers), Fu escalade le mont Tian à la recherche de guerriers reclus. Cinq de ces valeureux hommes décident de les aider. Le grand maître leur donne à chacun une épée spécifique, en fonction de leurs qualités. Les sept sabreurs descendent vers le village afin d'y affronter les mercenaires…


Sur une trame qui pourrait apparaître comme un simple remake des Sept Samourais, au même titre que le western de Sturges Les sept mercenaires, Tsui Hark livre un film épique, riche et personnel. On y retrouve ses thèmes favoris : le courage et la lâcheté, l'aveuglement, la barbarie et la faiblesse des hommes confrontés à des événements ou des dilemmes qui les dépassent. En adaptant le roman de Liang Yu Sheng, un des maîtres du wu xia (roman de sabre) à qui on doit également The Bride With White Hair, Tsui Hark choisit de viser directement le chef d'œuvre, sans s'encombrer de plus de scrupules. Visiblement piqué au vif par la double provocation de Zhang Yimou (Hero, Le Secret des Poignards Volants), venu chasser sur ses terres sans y avoir été invité, Tsui Hark sort ses plus belles armes : un sens du récit, des personnages, et une inspiration visuelle qu'on ne lui connaissait plus depuis longtemps.


Parmi les grandes réussites du film, on retiendra en particulier une bande de méchants fabuleux, menés par leur libido autant que leur appât du gain. Les comédiens n'ont jamais été aussi bons. Le falot Leon Lai s'impose en leader charismatique sans effort et Donnie Yen donne pour la première fois de sa carrière toute la puissance de son incroyable présence physique. En guerrier Coréen, il est l'une des plus belles attractions de Seven Swords. Son histoire d'amour avec une esclave restera longtemps dans les mémoires.


Mais si Seven Swords est un film captivant, c'est bien avant tout un spectacle époustouflant. Filmé dans des décors grandioses, dans les montagnes de Chine continentale où dans des villages entiers construits à flanc de colline, Seven Swords étourdit par sa puissance esthétique. La mise en scène, peut être un peu trop classique au début, s'installe peu à peu au cours du film et se déploie majestueusement dans le dernier tiers. On sent que le cinéaste reprend peu à peu confiance dans ses outils et ses capacités. On sent également l'ampleur du pari. Car pour beaucoup de fans, c'était bien le film de la dernière chance.


Le défi est donc relevé et on regrettera d'autant plus la courte durée du métrage qui, malgré ses 2h30, paraît aussi rapide qu'une bande-annonce. Tout va très vite et les personnages, comme à l'accoutumée chez le cinéaste, ne sont développés qu'au cours de l'action. Dommage que la plupart restent à l'état de silhouettes, d'autant qu'elles sont comme toujours esquissées avec génie. On peut aussi déplorer quelques maladresses de narration, qui amènent trop tard dans le métrage certains enjeux dramatiques, comme les raisons qui animent le personnage de Yang (incarné par Leon Lai) ou les intenses imbroglios sentimentaux qui lient certains des principaux protagonistes. Quant on sait que Tsui avait à l'esprit une version de 4 heures (qui, contrairement à ce qui a été annoncé, ne sortira pas en DVD), on ne peut que s'attrister qu'il n'ait pas pu aller jusqu'au bout de son audace en livrant sa director's cut, une vraie épopée digne du grand Kurosawa.


Autre regret : la musique signée du japonais Kenji Kawai (compositeur attitré de Mamoru Oshii pour Ghost in the Shell, Innocence ou Avalon) est un véritable désastre, handicapant souvent le film, notamment dans les séquences d'action et d'émotion. Les accords synthétiques d'un autre âge ne donnent aucun relief à l'image, se contentant souvent de les surligner maladroitement, d'appuyer paresseusement les émotions déjà claires dans chaque scène, sans amener aucun relief. De quoi pleurer encore plus la disparition l'an dernier du grand James Wong, fidèle compositeur de Tsui Hark et génie absolu.



Mais tout ça ne suffit pas à diminuer la réussite de Seven Swords, qui permet à Tsui Hark de gagner tous ses paris. Il surpasse le charme apprêté du Secret des Poignards volants avec une aisance insolente, il retrouve la sensualité brutale et barbare de The Blade comme s'il avait tourné son chef d'œuvre il n'y a pas plus d'un an. Il faudra sûrement revoir Seven Swords plusieurs fois avant d'en saisir toutes les subtilités, de pouvoir jouir de toutes les séquences magistrales (le combat final qui évoque le meilleur des classiques Shaw Brothers est à pleurer de beauté). S'il manque de cette spontanéité qu'on appréciait tant il y a encore dix ans, Seven Swords s'impose comme l'un des événements majeurs de l'année, le retour de Tsui Hark au rang de patron incontestable du cinéma de Hong Kong et avec lui, l'entrée officielle de l'industrie dans un âge adulte, un peu moins fun mais définitivement plus mature. Vivement la suite.

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    Acteurs
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