A l’issue de la série, on avait laissé Carrie, Samantha, Miranda et Charlotte au sommet de leur gloire. Initialement toutes célibataires, Samantha dépassait son cancer et trouvait le bonheur avec son modèle de Jerrod, Miranda vivait en banlieue avec son mari Steve et leur enfant Brady, et Charlotte, convertie au judaïsme et mariée avec Harry, s’apprêtait à adopter sa première petite fille. Carrie quand à elle, de retour d’une virée parisienne infructueuse, renouait enfin avec Mr Big. Et c’est quelques temps plus tard que l’on retrouve les 4 grandes dames du succès de HBO, alors que leurs vies ont continué sur leur lignée et que Carrie va enfin se marier avec l’homme de ses rêves.
Le métrage débute d’ailleurs avec 20 bonnes minutes de mise à niveau pour les non initiés, et démarre alors un grand bal de caméos entendus, de retrouvailles charmantes (Stanford et Anthony sont bien évidemment de la partie) et d’un défilé de mode absolument frénétique. Inutile de dire qu’on se retrouve en terrain connu tandis qu’au final peu de choses ont changé depuis la série. C’est sans doute d’ailleurs ici que le bât blesse : le film ne réserve que peu de surprises à l’amateur de nouveautés et on se balade dans un métrage aux tenants et aboutissants un peu trop balisés.

Bien évidemment, on appréciera quelques séquences qui répondent à ce que la série a toujours oublié d’aborder (l’origine de la connivence entre les quatre figures féminines est esquissée) mais on s’attendait tout de même à un peu plus d’inattendu et de risque. A ce niveau, Michael Patrick King, réalisateur et scénariste de la chose ayant déjà lourdement travaillé sur la série, semble vouloir se contenter de lisser les fans de la première heure dans le sens du poil tandis que tout semble convenu d’avance. Charlotte tombe enfin enceinte, Miranda qui a toujours pensé que les hommes ne sont que des animaux, est servie pour le compte, quand à Carrie, les inconstances de Mr Big justifient à eux seuls toute l’intrigue du film. Quand à l’habituelle voix off, elle passe son temps à paraphraser tout ce qui se trouve à l’écran, comme pour diriger le spectateur à éteindre son cerveau, ou tout du moins à le plonger dans un état second qui l’empêcherait de fonctionner.

Tout suit donc une progression logique avec des données qu’on ne connaît déjà que trop bien et on se retrouve au final avec un épisode de plus, à la différence qu’ici l’épisode ne dure pas 30 minutes mais s’étale sur plus de deux heures. A l’issue de la projection, on sort donc de la salle en réalisant que la transe est achevée et on se demande paradoxalement où sont passées ces deux heures, nourrie d’une mise en scène plate et d’audaces à l’absence abyssale. Ayant basé sa hype et son succès grâce à sa faculté à décrire avec une certaine justesse les travers du monde moderne, la licence a donc fini par tourner dans le vide, boursouflée par une autosuffisance ayant placé tant les personnages que leurs préoccupations en orbite, dans un monde totalement déconnecté de la réalité. Quoique finalement n’était-ce pas là le but de la démonstration ?