Lorsque le cinéma hongkongais se targue de mettre en images, un manga sportif et romantique basé sur la démesure et l’action à outrance, on peut toujours faire confiance aux faiseurs de l’ancienne enclave britannique. En effet, en reprenant les recettes mises en pratique pour
Shaolin Soccer afin d’adapter
Slam Dunk à l’écran,
Kung Fu Dunk applique au basket le cocktail survitaminé mêlant sport, Kung Fu et jeux de cordes qui fit la réputation de son prédécesseur. Ainsi, Chu Yen Ping, son réalisateur, nous offre un film débridé, fou et particulièrement délassant, de ceux qui font apprécier les films pop-corn. A partager entre amis inévitablement.
Chu Yen Ping autrement connu sous le nom de Kevin Chu revient dans nos salles avec
Kung Fu Dunk – un film porteur d’intentions nettement plus convaincantes que lors de ses précédentes tentatives. C’est en effet à lui que l’on devait entre autres audaces dispensables, le cultissime
Flying Dagger, film qui faisait encore froid dans le dos lorsqu’on le comparait récemment à la trilogie des
Histoires de fantômes chinois signée Tsui Hark. Mais revenons-en à notre histoire, elle qui réunit pour une obscure raison en un seul personnage, l’héritier hongkongais de Michael Jordan et Jet Li.
Kung Fu Dunk après une assez belle réception sur le continent asiatique, arrive donc sous nos latitudes, tout en perdant au passage son titre original pour être rebaptisé Shaolin Basket. Ainsi, le film fait encore plus clairement écho au métrage de football halluciné que signa Stephen Chow avant
Crazy Kung-Fu. Si d’évidence, cette option est destinée à mieux le vendre, il n’y a pourtant rien de très surprenant à cela puisque figure au casting, en tant que chorégraphe, l’immense et très prisé Tony Ching Siu Tung. Fils du réalisateur des
Quatorze amazones sorti l’an dernier par Wildside, ce collaborateur fidèle de Tsui Hark et coréalisateur de
Heroic Trio avec Johnnie To n’est nullement un inconnu pour le fan récent de films asiatiques. En effet, s’il signait déjà les chorégraphiques envolées de
Shaolin Soccer, on lui doit également les combats et autres prouesses de films qui ont retenu pour de bonnes ou de mauvaises raisons, notre attention : The Warlords,
La Cité interdite,
Hero ou encore
Le secret des poignards volants… Excellant de fait dans le Wu xia pian et les envolées aériennes cadrées au plus prêt, on comprend dès lors pourquoi
Kung Fu Dunk à défaut d’être génial, a su impressionner et enchanter les spectateurs de l’autre bout du monde.
Une histoire délirante faite d’exploits visuels dantesquesAdaptant à sa sauce
Slam Dunk le mémorable manga de Takehiko Inoue en l’assaisonnant à la sauce martiale, le couple infernal qui en est l’instigateur a en effet su transformer une histoire sportive japonaise traditionnelle en délire visuel extatique où tout le plaisir repose sur le fait d’adhérer aux outrances et excès proposés. Ainsi, le basket n’est plus que sauts intersidéraux, coups bas insensés et corruption généralisée sur fond de médiatisation caricaturale. De fait, à ses côtés,
Space Jam ferait presque figure de fiction réaliste et Kobe Bryant d’amateur éclairé de la petite balle orange.
Racontant l’histoire d’un orphelin recueilli par un maître qui en fera un disciple extraordinairement doué pour les arts martiaux, avant d’être utilisé par un Eric Tsang magistral en agent sans scrupule,
Kung Fu Dunk renonce d’emblée à tout parti pris réaliste et inscrit la détente absolue qu’il propose entre drame exagérément outré, fiction sportive déjantée nourrie aux coups de pieds circulaires et film d’apprentissage.
Au fur et à mesure des séquences, on oscille donc de scènes qui font écho à
Il était une fois en Chine, à d’autres plus marquantes encore - notamment lors des entraînements et autres séances de kata collectifs - qui rappellent aussi bien la trilogie de
La 36e chambre de Shaolin que l’un des films qui révéla Jet Li,
les Arts martiaux de Shaolin. Mais on goûte aussi à des combats qui reprennent férocement Crazy Kung Fu et approchent par leur folie extrême, les frasques insensées du
Bahut des tordus, autre adaptation filmique d’un manga bien connu par chez nous,
Le Collège Fou, fou, fou. Par instants, on retrouve également ce qui faisait le sel de
Slam Dunk à savoir l’entremêlement de l’Amour et des rapports conflictuels aux autres, sur fond de compétition sportive, mais on assiste plus sûrement à une relecture très « libre » et très chinoise de l’oeuvre japonaise originale. Cette dernière ne garde, il est vrai, de la rage d’Hanamichi et consorts que les exploits homériques qu’accentuent des effets spéciaux qui blufferont leur monde.
En effet, le héros principal de l’histoire a une adresse telle que dès qu’il tire au panier, la balle rentre immanquablement et cela quelque soit sa position sur le terrain. Toute ressemblance avec
Shaolin soccer serait évidemment fortuite… De fait, si Monsieur 100% de réussite n’impressionne que peu par son absence complète de charisme et d’intensité dramatique, ce qui ravira à coup sûr les amateurs de feu
NBA Jam, c’est le festival de dunks ahuris, de alley-hoops démentiels et de trois points qui parsème le film.
Basket, Kung Fu et FunAinsi, déferlante sans logique de figures et de points venus d’ailleurs, l’histoire de l’orphelin-shooteur qui rendrait fou Reggie Miller et John Paxson a le mérite de distraire et d’offrir à l’écran, l’une des plus folles régressions filmiques de ces derniers mois. Archi-caricatural, sans profondeur scénaristique, joué au premier degré et porté par les rares anciens de l’archipel qui donnent au film, sa touche hilarante – la scène du combat entre les quatre maîtres et l’équipe adverse ; les dîners entre Eric Tsang et son protégé -,
Shaolin Basket est assurément grotesque en terme de cinéma.
Mais il est follement séduisant pour toute personne désireuse d’assouvir en dehors de toute cinéphilie « sérieuse », un plaisir hautement coupable : celui d’une lobotomisation réussie à coups de paniers qui explosent sous les chocs, de pop chinoise tonitruante et de plans délirants. En effet, assumant pleinement son simplisme, ses extraordinaires pitreries et son imagerie sportive revisitée à coups d’effets spéciaux,
Kung Fu Dunk ravira au plus haut point les amateurs du genre ! A déconseiller donc aux fanatiques des films d’auteur et aux inconditionnels d’Hou Hsiao Hsien, ce film est une merveille et pourrait d’emblée être considéré comme le summum dans son genre pour 2008.