L'HISTOIRE : Plongée dans le chaos, la Chine de 1920 se partage au gré des batailles entre seigneurs de guerre. L'un d'eux, Hou Chieh, vient de remporter une nouvelle victoire mais ne peut se résoudre à faire confiance à ses pairs, au point qu'il organise une mesquine tentative d'assassinat pour se débarrasser d'un concurrent. Doublé toutefois par Tsao Man, son second, le coup fourré tourne à la catastrophe et Hou Chieh perd tout. Il trouve alors refuge au monastère de Shaolin et, se faisant moine, donne un nouveau sens à sa vie. Mais on a beau leur tourner le dos, les erreurs du passé finissent toujours par nous retrouver...
Parfois scolaire mais spectaculaire
Shaolin - la légende des moines guerriers, c'est une histoire d'héritage qui commence aux origines du projet, lorsque celui-ci devait être un remake du Temple de Shaolin (1982). La première apparition de Jet Li devant les caméras, et l'une des oeuvres qui relança la mode des crânes rasés zen sur les écrans de Hong Kong en faisant la promotion de leur art et de leur philosophie. Un aspect crucial du métrage repris donc tel quel aujourd'hui par le réalisateur Benny Chan, avec la bénédiction d'un monastère de Shaolin intrinsèquement impliqué dans la production. En plus d'ouvrir leurs archives pour une reconstitution la plus fidèle possible (nous y reviendrons), ils ont en effet débauché quelques-uns de leurs élèves afin de fournir une figuration de luxe, apte à faire briller leur kung fu. D'où la présence des habituelles scènes de démonstration, avec entraînements surhumains, katas en groupe et - pour que le show soit complet - une bande de moines en culottes courtes à ne pas prendre à la légère. Quant aux enseignements bouddhistes, ils ne sont pas oubliés puisque le scénario gravite tout entier autour des notions chères à l'école d'arts martiaux, synthétisées dans le chemin vers la rédemption du seigneur de guerre Hou Chieh. La rupture de la chaîne karmique en particulier, traduite chez lui par une volonté de se battre pour sauver son ennemi et non le détruire, est même ce qui motive l'ensemble de l'entreprise. Un peu simpliste sur le papier, le repentir du personnage principal fonctionne alors pour beaucoup grâce à Andy Lau, à chaque fois impérial dans le registre historique et suffisamment solide pour contrebalancer le cabotinage d'un Nicholas Tse trop content de jouer ici un vrai méchant.
L'autre histoire d'héritage avec Shaolin - la légende des moines guerriers découle du choix du réalisateur de se démarquer du métrage original en situant l'action dans les années 1920. Une époque moins connue de l'histoire du monastère, que Benny Chan s'impose de représenter avec un étonnant soucis de réalisme pour cet artiste efficace mais que nous connaissions plus branchouille, irrémédiablement ancré dans le contemporain et l'urbain. Pour son premier film historique, il cède ainsi à une pointilleuse reconstitution chapeautée par l'ordre de Shaolin. Puis tout dans sa mise en scène, des couleurs désaturées à l'absence de la moindre fantaisie, révèle son désir de fidélité dans la recréation d'une décennie scarifiée par les conflits entre seigneurs de guerre. On ne peut toutefois pas en dire de même à propos de la véracité des faits rapportés, le film s'avouant fiction dans sa façon de réinterpréter divers événements (le personnage de cuistot kung fu de Jackie Chan, l'incendie du monastère...) pour constituer ce qu'il convient bien d'appeler une "légende". De la même manière, dans la tradition du cinéma HK, les scènes de combat se permettent quelques libertés quant à la gravité qui continuent de brouiller un peu plus la voie que semblait s'être fixé Benny Chan avec ce projet. Spectaculaire mais pas toujours honnête, Shaolin - la légende des moines guerriers souffre en fait de l'héritage des bons gros blockbusters historiques chinois à ressasser les mêmes codes et idées (le sens du sacrifice exacerbé, les britanniques qui restent le véritable ennemi...), avec un réalisateur un brin scolaire pour son premier essai dans le genre. Il le fait cependant avec un tel mélange de luxe et de savoir-faire qu'on a beau voir où ça cloche, on se laisse sans peine emporter dans le récit. Hé oui, la formule a aussi parfois du (très) bon !
Benjamin MURIOT
Le 10 février, mettez-vous au kung fu zen avec les maîtres en la matière Andy Lau, Nicholas Tse et Jackie Chan...