Nanti d’une réputation excellente,
Shaun of the dead risquait, à l’instar de
May ou
Saw, de frôler le
direct-to-dvd. Par miracle, il sort finalement dans les salles hexagonales le 27 juillet prochain, histoire de relever le niveau des productions estivales. Chance suprême: le résultat est drôlement explosif et foncièrement sympathique.
SHAUN OF THE DEADRéalisé par Edgar Wright
Avec Simon Pegg, Nick Frost, Dylan Moran
Durée : 1h39
Sortie : 27 Juillet 2005Métro, boulot, dodo. C'est à peu de choses près la vie de Shaun, trentenaire britannique sans ambition dont la vie sentimentale n'est guère plus réjouissante. Une invasion de morts-vivants dans sa petite vie de zombie va alors changer la donne... Sur le papier,
Shaun of the Dead ressemble à une énième parodie de films d’horreur dans la lignée tristouille des
Scary Movie (comprendre con et pas drôle). A l’écran, le résultat est autre (comprendre carrément mieux et au-delà des attentes). Shaun, trentenaire rouquin, s’englue dans son quotidien pâlot où les gens sont déjà zombifiés sans même ne s’en rendre compte. Chaque matin, il effectue le même trajet et sa vie se partage entre une vie sentimentale instable avec Liz et une vie professionnelle tannante dans un magasin d’électronique. Il passe le reste de son temps avec Ed, son colocataire, un chômeur shooté aux jeux vidéos, qui n’aime rien tant qu’asséner des conneries, finir saoul comme un âne et mixer de la zique à quatre plombes du matin. Pas la peine d’être prophète pour arguer que le
Shaun of the Dead est un clin d’œil explicite à
Dawn of the dead, de George Romero (et par extension à la trilogie Zombie – on attend
Land of the dead pour cet été en France). Ce qui aurait pu n’être qu’une déclinaison opportuniste s’est mué en parodie rafraîchissante et stimulante de films de zombies. Avec sa longue exposition où le réalisateur présente les personnages, introduit le contexte social, montre des êtres humains devenus zombies sans même s’en rendre compte, Edward Bright montre une déshumanisation inconsciente et latente qui du jour au lendemain va prendre des proportions aussi conséquentes qu’inattendues. Elle est annoncée par une prolepse (le rouge sur la chemise de Shaun) qui fonctionne en gimmick agrémentée d’hallucinations subreptices. Le montage et la mise en scène amplifient les gags et les dialogues aux sous-entendus équivoques en jouant sur le contraste et les couleurs.

La suite entre plus directement dans le sujet en conservant la tonalité humoristique mais en ne lésinant pas sur des effets horrifiques (éviscérations, explosion de crânes…) qui n’ont rien de zébrures carnavalesques. Le cheminement est convenu (le centre commercial est remplacé par un pub), mais les attaques zombiesques sont régulièrement hilarantes et confrontent les personnages à des dilemmes fondamentaux (est-ce que je dois prendre le vinyle de mon groupe préféré pour fracasser la tête du zombie qui m’assaille? Est-ce que jouer à la PlayStation peut m’aider à buter des zombies pour de vrai?). Et contrairement à l’excellent
L’armée des morts (
Dawn of the dead, Zack Snyder, 04), les humains comme les zombies ont une démarche de zombies, lente et inquiétante. Preuve que sous chaque être humain sommeille un zombie (et réciproquement) ? Sans doute.
Seulement, et c’est là que réside la seconde bonne surprise de l’ensemble,
Shaun of the dead n’est pas qu’une simple parodie de films d’horreur et transcende ce simple postulat de base pour fureter vers d’autres genres avec une certaine habileté voire de la rigueur. Sa propension à délivrer du bon rire gras et en même temps à tenir la distance, à ne pas se cantonner à un simple registre et à ne pas céder à l’évidence comme à la facilité, est très appréciable. Par exemple, l’invasion zombie permet une profusion de gags mais elle n’en reste pas moins humainement douloureuse. On entre littéralement dans la vie de Shaun comme dans celle d’un individu ordinaire un peu loser qui va prouver à son entourage qu’il vaut mieux que l’image du mec nigaud et égoïste qu’il véhiculait. De même que le film ne se limite pas à Romero mais lorgne beaucoup vers le cinéma de Lucio Fulci (le restaurant dans lequel nos antihéros trouvent refuge s’appelle le Fulci) hanté par le spectre de Tom Savini et des répliques (le fameux
We’re coming to get you, Barbra de
La nuit des morts vivants) et références (la musique des Goblin) bien précises. Qu’on zigouille sur un morceau de Queen ou qu’on assiste à la mort d’un des siens, les personnages déconnent comme ils ont le droit d’être ému. Avant d’être des stéréotypes ou des pions pour dérider les maxillaires, ce sont des êtres humains avec des sentiments, qui n’oublient pas de s’aimer et de pleurer à la disparition de leurs amis ou parents. L’alchimie n’est pas nouvelle (on pense souvent à
Retour des morts-vivants, de Dan O'Bannon et surtout à
Braindead, de Peter Jackson), mais dans son genre, c’est une authentique réussite (merci d’oublier
Undead, des frères Spierig). En bon fan un chouia irrespectueux mais pas cynique, Edgar Wright a su tirer le parti maximal d'un script dégorgeant par tous les bouts de dialogues tuants et de gags clefs en main. Par exemple, une scène hilarante montre le noyau de survivants qui s’incruste parmi les zombies en empruntant la démarche des zombies pour passer inaperçu. Le décalage qui naît entre les deux clans reste comme l’une des plus brillantes idées du film.
Shaun of the dead s’impose comme un maelström de genres. C’est à la fois une parodie, un film gore, une comédie romantique mais surtout le portrait d’un individu qui s’extrait de la masse pour devenir quelqu’un et assumer toutes ses taches. Cette comédie horrifique propose également une alternative aux sanctions expéditives des précédents opus en court-circuitant le massacre final pour montrer les différentes possibilités de collaborations entre les hommes et les zombies (le zapping cathodique est mémorable). Le dernier plan – touchant – nous rappelle au cas où on l’aurait oublié qu’il s’agit accessoirement d’un film de potes qui semble nous dire qu’on doit sacrifier autant d’importance à l’amour qu’à l’amitié. Sous ses dehors frivoles,
Shaun of the dead est une leçon de (sur)vie.