La critique d'Excessif

4/5
Affiche du film Sherlock Holmes L'HISTOIRE : Aussi bien inspiré des écrits de Sir Arthur Conan Doyle que par le comic book de Lionel Wigram à paraître et relatant les enquêtes du détective de Baker Street sous un nouveau jour, le Sherlock Holmes version Guy Ritchie verra le plus célèbre des enquêteurs et son compère de toujours, le docteur Watson, affronter Lord Blackwood, un génie criminel dont les machinations mettent en péril le royaume d'Angleterre et la Couronne. Pour ce faire, Holmes devra alors faire preuve de tout son génie de déduction mais aussi de ses aptitudes mortelles au combat...
Qui aurait cru que Sherlock Holmes pouvait être aussi cool à nouveau ?

L'année 2009 aura définitivement été celle des retours en force de vieux classiques qui redeviennent à la mode. Après le succès du superbe Star Trek de JJ Abrams, voilà que l'un des plus vieux inspecteurs de la littérature anglaise (imaginé au départ par Arthur Conan Doyle) revient pour ce qui sera l'une des grosses surprises de l'année 2010. Encore plus inattendu est le retour en force de Guy Ritchie, qui avait bien besoin d'un succès. Après le bizarroïde Revolver et le bien trop sous-estimé Rock'n'rolla, le réalisateur jadis baptisé génie après Snatch se devait de retrouver sa force et son public. Quittant enfin le monde des gangsters modernes, il nous plonge dans un Londres des plus uniques, offrant une aventure de Holmes totalement différente des précédentes, à la fois moderne mais ne réfutant en rien les personnages originaux de Doyle. Sherlock Holmes est le cocktail parfait entre une intrigue énigmatique, des hommages subtils et un fun jubilatoire qui le transforme en blockbuster idéal et immanquable.

La bande-annonce laissait d'ailleurs suggérer l'une des plus grosses qualités du film de Ritchie : la relation unique entre Sherlock Holmes et son assistant, John Watson. Contrairement à ce que l'on pouvait croire, il ne s'agit pas là des débuts des deux hommes en tant que partenaires, mais d'une aventure unique qui placera définitivement leur amitié avant tout. L'alchimie entre Robert Downey Jr. et Jude Law est ce qui se fait de mieux sur grand écran, un véritable plaisir à observer tant les deux acteurs sont complices. Sherlock Holmes est ici un brillant génie qui vit un peu trop au-dessus des autres, souffrant lui-même de son égo et de son esprit assez tordu, lui donnant du fil à retordre avec certains. Watson est un homme qui a donné suffisamment pour sa patrie et pour Holmes, et qui décide pour une fois de se faire plaisir en épousant la belle Mary (Kelly Reilly). Ces deux collègues illustrent parfaitement la notion de « bromance » que l'on peut retrouver dans les comédies de Judd Apatow. Ils se complètent mais se chamaillent tout le temps, ont leurs moments de solitude et de complicité mais préfèrent le montrer à travers des débats et autres chamailleries. Deux grands gamins à qui l'on confie une enquête très importante : la disparition du criminel Lord Blackwood.

Ce qui rend le récit unique et réellement intéressant est de voir à quel point Guy Ritchie a voulu s'intéresser à l'esprit de Holmes et son analyse des situations. A travers des montages, des séquences flash-back et des explications à foison, Holmes trouve sa propre logique et n'apparaît jamais trop génial ou trop peu intelligent face à sa réputation. Il étudie chaque personne, chaque situation avec un sens unique de la déduction, ce qui le rend implacable. Parmi les géniales révélations de son esprit, on se délectera de ses méthodes de combat (il imagine ses coups à venir pour déterminer s'il mettra la victime à terre au ralenti - avant de l'exécuter en quelques secondes), de son sens du détail hors-norme (devinant le passé de personnes à qui il parle pour la première fois), ou encore ses explications énormes qui reviennent en arrière sans jamais perdre le spectateur.

 

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Le film ne perd jamais aussi de vue le fait que nous accompagnons un détective, rationnel et efficace, qui combat un homme utilisant la magie noire. Cette opposition entre le rationnel et l'irrationnel ne sera pas l'enjeu véritable du film mais offrira un bel affrontement final où Holmes finit (comme à son habitude) par exposer les plans de ses ennemies et les déjouer. Tout ce que fait Blackwood sera finalement expliqué, ne laissant aucune place au doute ou à la supposition. Même le plus simple des détails que le scénario semble oublier (comme la sortie de Blackwood hors de son cercueil au début du métrage) sera expliqué un peu plus tard, nous permettant ainsi de voir à quel point Holmes peut se mettre à l'intérieur de l'esprit criminel. L'ironie veut qu'il ferait un meilleur criminel que détective, si il y mettait toute sa concentration. Jamais cheap et jamais ennuyant, Sherlock Holmes offre bien ses moments d'action, parfois de façon classique (la grosse séquence de combat sur un chantier de bateau, démesurée mais amusante) et parfois de façon totalement unique (Ritchie filme l'une des meilleures explosions jamais vues au cinéma - une longue série de plans au ralenti montrant Holmes manquant de se faire tuer à plusieurs reprises).

Bien interprété, avec des seconds couteaux essentiels (une Rachel McAdams un peu en retrait mais au potentiel très riche) et un bad-guy puissant (parfait Mark Strong, qui était aussi le tueur hilarant de Revolver et l'homme de main de Rock'n'rolla pour Ritchie), Sherlock Holmes ne semble souffrir d'aucun défaut. En tout cas, aucun qui pourrait le faire passer pour autre chose qu'un film complètement honnête et jouissif à souhait. Il se met également deux atouts de taille à ses côtés : l'introduction du légendaire Moriarty (Brad Pitt ?) pour la suite, et la meilleure partition de Hans Zimmer en solo depuis très longtemps. On ne peut qu'apprécier ce premier volet d'une saga que l'on espère florissante. Qui aurait cru que Sherlock Holmes pouvait être aussi cool à nouveau ?


Thibault TURCAS, correspondant Excessif.com à Los Angeles

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