Sur le papier,
Shoot’em up a de quoi intriguer : un titre évoquant un genre de jeux vidéo bien bourrin et logiquement inadaptable, un réalisateur qui officie depuis plus de 10 ans sans avoir fait ses preuves et un couple de stars que l’on n’attendait pas ici. La bande-annonce nous avait quelque peu mis l’eau à la bouche, le film nous a simplement renversé.
SHOOT'EM UPUn film de Michael Davis
Avec Clive Owen, Monica Bellucci, Paul Giamatti, Greg Bryk
Durée : 1h30
Sortie : 19 Septembre 2007Un justicier solitaire au mauvais endroit au mauvais moment, un bébé que tout le monde veut tuer, une prostituée fétichiste et des centaines de tueurs à leurs trousses…que la tuerie commence !Shoot’ em up synthétise de façon brillante tous les codes du film d’action musclé créé depuis les années 80. Il est en effet impossible de regarder ce film sans penser à l’ancienne référence en la matière,
Commando de Mark Lester. Mais il plane également au dessus du film de Michael Davis un soupçon de
Die Hard et de
Hyper Tension. En effet les aventures de Mr. Smith revêtent la forme d’un film non-stop action survitaminé. A l’instar de
Die Hard 4, l’action commence dès la séquence d’ouverture et se poursuit sans faiblir jusqu’au générique de fin. Sans respiration et sans le fameux ventre-mou du second acte, le film aurait pu provoquer un effet de lassitude (le fameux syndrome
Van Helsing). Mais au moyen d’une narration intelligente s’inscrivant au fil des fusillades et d’enjeux sans cesse renouvelés,
Shoot’em up permet de participer à un grand-huit cinématographique incroyablement jouissif.
La principale force du film est de rendre attachant tous ses personnages hauts en couleurs. Du héros solitaire mangeur de carottes (dont il se sert également d’arme), un bébé adepte de heavy-metal en passant par la prostituée fétichiste servant de son lait à ses clients, tous les protagonistes surprennent et réussissent à s’éloigner des stéréotypes du genre. Une mention toute particulière revient au méchant de l’histoire - Paul Giamatti – qui campe ici un tueur à gage/profiler particulièrement déviant. Cette galerie de personnages permet de nous faire adhérer immédiatement à une histoire délirante sans avoir à passer par la case exposition.
Le film ne se contente pas d’enfiler d’innombrables scènes d’action, il EST une scène d’action sur plusieurs niveaux. A l’instar d’un jeu vidéo (le titre est d’ailleurs loin d’être usurpé), il nous propulse de façon fluide à travers différentes séquences, toutes plus démesurées les unes que les autres. La redondance est écartée au moyen de trouvailles à chaque nouvel affrontement. Tout l’arsenal traditionnel (du scalpel au fusil à pompe) est passé en revue et l’on apprend également comment tuer avec une carotte, comment créer une armée virtuelle avec trois bouts de ficelle et que de ne pas attacher sa ceinture en voiture peut être salvateur. Le ton est lâché dès la séquence d’ouverture : une carotte transperce la trachée du premier bad guy présent et enclenche un petit massacre qui dénombre plus de morts que n’importe quel film d’action classique – le tout en moins de cinq minutes. Les anciens gros bras d’Hollywood peuvent aller réviser leurs classiques.
Shoot’em up tire son énergie de ses excès et s’alimente au fil des centaines de cadavres qu’il laisse dans son sillon.
La violence graphique, bien maîtrisée, permet d’insérer une densité incroyable de gore sans choquer. Ainsi, les membres arrachés ou les explosions crâniennes qui rythment les aventures de Mr. Smith s’intègrent parfaitement à la grammaire du film. Du coté excessif de l’ensemble naît un humour graphique omniprésent qui arrive régulièrement à nous surprendre.
Shoot’em up constitue au final une excellente nouvelle pour le cinéma de genre en donnant à la surenchère un goût particulièrement divin. Le film n’est d’ailleurs pas très éloigné des meilleures productions HK du genre (d’avant la rétrocession). La collaboration de Peter Pau (directeur de la photo sur
The Killer de John Woo et de nombreux Tsui Hark) n’y est peut-être pas totalement étrangère.
Philip Dowland