, la vie en entreprise n'est pas aussi rose et excitante qu'on pourrait le croire au vu des nombreux films et séries américaines mettant en scène des cadres dynamiques confortablement installés dans de larges bureaux ensoleillés. Les murs y sont gris, les pièces sombres et exiguës, les salles de réunions tristes et sans fenêtres. C'est dans cette ambiance pour le moins sordide que le courageux Ramírez va tenter de motiver les troupes en proposant à ses collègues désabusés de le suivre dans sa tentative de résistance à l'autorité toute puissante des patrons américains invisibles. Tout ce qu'il veut obtenir, c'est la réaffectation d'un minuscule local afin que les rares – une vingtaine – fumeurs de l'établissement ne soient pas contraints de se geler dehors à chaque cigarette. Tout ceci n'est que le prétexte de départ de ce film original dont le but n'est pas, on s'en doute, de débattre sur l'interdiction ou non de fumer en entreprise.

Le cœur de
Smoking Room consiste en effet en ces longues conversations entre Ramírez et les autres salariés ou réunissant simplement les employés entre eux, destinées à nous exposer par le menu les petits maux de chacun. Or les quelques individus interrogés ne s'avèrent pas tous si reluisants que cela. Ramírez va ainsi se heurter à la lâcheté des uns et des autres qui tremblent rien qu'à l'idée de voir leur nom mentionné sur une pétition, document pourtant anodin a priori puisque né de l'initiative d'une personne aussi isolée qu'eux. On comprend certes les craintes de certains. Rubio, par exemple, confesse à mots couverts à Ramírez qu'il préfère ne pas signer car il travaille depuis de nombreuses années à son éventuelle promotion en tant que directeur des ressources humaines et qu'il serait dommage de tout gâcher. Soit. Mais que dire du personnage d'Enrique qui refuse immédiatement de signer sous prétexte qu'il subit trop de pression de la part de la direction qui le force à rédiger des rapports en pleine nuit, au point que sa femme l'a viré de chez lui car elle le soupçonne de le tromper… à juste titre ! Et que penser du responsable de Ramírez qui le menace indirectement de le faire licencier s'il n'arrête pas de solliciter ces signatures apparemment hautement gênantes… Ramírez passe progressivement du statut de confident privilégié à celui de véritable paria, au cours d'un crescendo habilement orchestré.
On est donc tenté de s'identifier à ce personnage qui se bat seul contre tous sans jamais rencontrer aucun soutien nulle part. Pire encore,
Smoking Room assène une vision bien triste de l'entreprise moderne où personne n'est solidaire de personne et où aucun recours n'est possible lorsqu'une décision tombe d'en haut. La réalisation claustrophobique de Roger Gual et Julio D. Wallovitz participe activement à donner l'impression qu'aucune échappatoire n'est possible. Multipliant les très gros plans sur les acteurs où le moindre clignement d'œil prend soudain un sens démesuré, jouant sur des éclairages glauques et contrastés sans qu'aucune musique ne vienne nous détourner de cette lourde atmosphère, les deux réalisateurs font preuve d'une exigence certaine pour leur premier film, aidés en cela par une pléiade d'acteurs tous excellents.

Apre et pessimiste sur les relations humaines,
Smoking Room est malgré tout traversé d'éclairs de drôlerie imprévisibles qui jaillissent des propos parfois décalés des protagonistes. Un film à découvrir.