L'HISTOIRE : Au tout début des années 1860, une maladie ravage les élevages européens de vers à soie. Même les oeufs de provenance aussi lointaine que l'Inde et l'Afrique sont infectés, et le commerce entier de la soie en Europe semble condamné. Hervé Joncour, un jeune officier marié à une femme dévouée, Hélène, est chargé par les éleveurs de Lavilledieu d'une périlleuse mission : il doit se rendre en secret au Japon, l'île fermée aux étrangers, qui produit la plus belle soie du monde pour y acheter des oeufs sains...
Une adaptation décevante du lumineux roman d'Alessandro Baricco
Aussi à l'aise au théâtre qu'à la télévision, François Girard connaît une renommée internationale surtout grâce au Septième Art. La plupart de ses oeuvres ont en effet rapporté moult récompenses de par le monde. Son plus grand succès, intitulé Le violon rouge, a d'ailleurs été déclaré « Meilleur Film Canadien», et a reçu près d'une vingtaine de récompenses, dont l'Oscar de la Meilleure Musique à Hollywood.

Soie fait partie de ces films que l'on pensait aimer avant même de l'avoir vu. Un cinéaste prestigieux, ici François Girard, adaptant un roman à succès (Soie, d'après Alessandro Baricco, paru en 1997, ndr), avec l'aide de deux comédiens parmi les plus brillants de leur génération, Michael Pitt et Keira Knightley. En somme, tout s'annonçait pour le mieux. Les premières séquences nous le confirment d'ailleurs rapidement, à travers des images extrêmement léchées mettant en scène une jeune femme d'origine japonaise qui se baigne au beau milieu de la nature, derrière un fin rideau brumeux. Le réalisateur joue alors avec nos sens, tels que la vue, l'ouïe (le moindre clapotis d'eau s'apparenterait presque à une note musicale) et le toucher. Sa caméra prend le temps de montrer chaque détail, aussi anodin soit-il, d'une personne, d'un objet, ou du décor environnant. Le résultat est d'abord saisissant, d'une beauté remarquable, digne des plus grands maîtres picturaux. Malheureusement, François Girard semble s'en contenter et délaisse de ce fait l'essentiel de son long-métrage, à savoir l'histoire et ses personnages. Basé en grande partie sur l'esthétique, Soie donne alors l'impression de durer une éternité dans le simple but de nous en mettre plein les yeux, si bien qu'à la fin on ne comprend plus vraiment où l'on nous emmène.
Les héros du film deviennent très vite et successivement de vulgaires seconds rôles, presque inexistants. Le personnage interprété par Keira Knightley en est un parfait exemple. La comédienne se trouve dans un premier temps au coeur de l'intrigue, car désirée par Michael Pitt, avant que celui-ci ne tombe finalement amoureux d'une autre. Knightley apparaît alors comme la « nunuche » de service, expédiée en deux temps trois mouvements par une maladie. Quant à Michael Pitt, l'évolution de ses sentiments manque cruellement d'explications, pour ne pas dire de logique. Marié depuis peu, il trouve néanmoins le courage de s'absenter de longs moments à l'autre bout du monde pour une autre femme qu'il connaît à peine, et rencontrée sur place. Belle à l'écriture, l'histoire d'Amour perd ici tout son charme ainsi que sa crédibilité.

Pourtant fidèle au livre, l'oeuvre cinématographique déçoit. Plutôt que d'offrir une construction originale, fruit d'une adaptation travaillée, Soie se perd dans les confins de la banalité la plus extrême. Sa linéarité énerve, et l'on regrette alors que de telles « pratiques » d'écriture puissent encore exister. Dommage, surtout quand on a la chance de diriger deux acteurs du nom de Michael Pitt et de Keira Knightley. Ils sauvent à peine le film d'un ennui profond, aux côtés d'Alfred Molina, dans le rôle de Baldibiou. En ce qui le concerne, si l'on peut regretter une participation répétitive, et, une fois encore, peu approfondie, on applaudit devant la légèreté et l'humour qu'il véhicule. Adepte du billard, chacune de ses apparitions, ou presque, le montre en train de jouer et de tenter des coups aussi incroyables les uns que les autres, mais qui se soldent généralement par de piteuses démonstrations, sans que cela ne l'offusque pour autant.
Soie devrait donc certainement plaire aux puristes, ainsi qu'aux inconditionnels du livre écrit par Alessandro Baricco, ravis de voir cette histoire portée sur grand écran, et ce, malgré son manque d'originalité. Les autres, en revanche, risquent de s'ennuyer ferme, à moins de se contenter de très belles images...