L'HISTOIRE : Un documentaire supplémentaire qui sonne l'alerte sur l'agriculture actuelle, le film s'offre comme un manuel de résistance face à la globalisation des politiques agraires largement soutenues par les grands groupes pétrochimiques. Là où la rentabilité, l'agriculture intense et l'utilisation des produits chimiques rendent peu à peu nos terres inexploitables, certains ont choisi d'emprunter un autre chemin vers la répartition des richesses, l'écoute de la nature et une autonomie qui n'est pas du goût de tout le monde.
le combat inégal entre David, les agriculteurs du monde entier, et Goliath, les multinationales
Entre le Brésil, l'Inde et la France, la réalisatrice Coline Serreau pose sa caméra pour interroger les militants et les spécialistes d'une agriculture alternative devenue nécessaire à l'heure où la plupart des richesses sont possédées par quelques uns au détriment du plus grand nombre. Tout en dénonçant une industrie agro-alimentaire verrouillée par les brevets et les lois absurdes qui interdisent les paysans de nombreux pays à cultiver leurs terres de façon naturelle débarrassée de l'utilisation des produits chimiques, le documentaire s'attarde surtout sur les solutions que certains militants apportent pour échapper à une économie de marché défavorable aux plus pauvres. Au-delà de l'agriculture, c'est tout un système de santé et de préoccupations écologiques qu'il faut repenser. Là où les grands groupes pétrochimiques essayent d'imposer leurs vues, certains se battent pour un partage des savoirs et des techniques qui permette la démocratisation de la nourriture.

Dans la lignée des documentaires tels que Food Inc., We feed the world, Nos enfants nous accuseront ou encore Le temps des grâces, Solutions locales pour un désordre global pointe du doigt les dérives de la globalisation et des lois qui régissent le commerce international et les industries agricoles du monde entier. Alors que l'agriculture intensive s'impose comme le seul modèle valable aux yeux des industriels, cette pratique agressive appauvrit les sols et nécessite l'utilisation lourde des engrais et des pesticides rendant les terres, à long termes, inutilisables ou au pire stériles. Autre phénomène dénoncé par le film, le recours à la génétique pour breveter le vivant. Là où depuis des milliers d'années les hommes sélectionnent et utilisent leurs semences d'une année à l'autre, l'industrie agroalimentaire a réussi à imposer des lois qui obligent les agriculteurs a payer pour ces semences chaque année, semences rendues stériles pour interdire l'autonomie des agriculteurs. On le voit, les grands groupes industriels mettent en place une stratégie qui ne sert que leurs intérêts voraces aux dépens d'une pratique agraire plus naturelle et respectueuse des cycles naturels.
En interrogeant des spécialistes, la cinéaste soulève plusieurs problématiques et apporte des précisions sur les solutions possibles. Ingénieurs agronomes, économistes, physiciens, microbiologistes, agriculteurs et militants d'association pour une agriculture écologique et organique, se succèdent pour dénoncer mais surtout pour éclairer le profane sur les solutions à apporter tant dans les pratiques de culture que celles de la consommation à proprement parler. De certains choix de consommation découleront en effet une certaine prise de conscience et des modifications des politiques agricoles. Sans donner dans le catastrophisme primaire, Solutions locales pour un désordre global sensibilise le spectateur à la nécessité d'une agriculture repensée vers la qualité des pratiques plutôt que vers la rentabilité économique. Car se nourrir est un acte vital et si l'humanité peut se passer de certains biens de consommation, la culture des aliments doit se placer au centre des préoccupations actuelles. L'agriculture intensive moderne est un leurre et les pouvoirs publics doivent désormais changer de cap. Ces changements ne seront possibles que si une large part de la communauté se mobilise pour obliger les groupes industriels à respecter l'environnement, et en particulier les sols, pour permettre une agriculture souveraine et pérenne.

David A.
Loin d'être un film moralisateur et déprimant, Solutions locales pour un désordre global donne la parole à des spécialistes armés d'un bon sens sans faille et d'un solide sens de l'humour