1. >
  2. >
  3. >Critique Stella

Stella

La critique d'Excessif

4/5
stella135 L'HISTOIRE : 1977. Stella entre en sixième, dans un grand lycée parisien. Stella entre dans le monde... Un nouveau monde, à l'opposé de celui qu'elle connaît. Presque un miracle. Elle, elle vit dans un café, un café d'ouvrier, à la frontière de Paris. Cette rentrée va changer sa vie.
Rien n’aurait pu vraiment nous préparer à rencontrer Stella... Ou si : peut-être bien un poing dans la figure, ou un coup de tête sur un radiateur en fonte. Un choc en somme. Car cette petite gamine de 11 ans, fille d’un couple de tenanciers de bar et débarquant dans un milieu auquel elle n’appartient pas (un collège bourgeois), va vous faire l’effet d’une bombe. Sa fougue, son goût pout le bon mot involontaire et son sourire aussi rare qu’une année bissextile font de ce personnage une figure emblématique de l’enfance au cinéma... Un parcours initiatique potentiellement aussi culte qu’un Zazie dans le métro mais dont le réalisme, allant de pair avec une profonde tendresse, tente de tracer un portrait aussi percutant qu’émouvant d’une fillette un peu paumée. Une superbe réussite !

STELLA
Un film de Sylvie Verheyde
Avec Karole Rocher, Benjamin Biolay, Léora Barbara, Guillaume Depardieu, Jeannick Gravelines
Durée : 1h40
Date de sortie : 12 Novembre 2008

1977. Stella entre en sixième, dans un grand lycée parisien. Stella entre dans le monde...Un nouveau monde, à l'opposé de celui qu'elle connaît. Presque un miracle. Elle, elle vit dans un café, un café d'ouvrier, à la frontière de Paris. Cette rentrée va changer sa vie.

Stella est un petit morceau de nous tous, ce moment dans notre vie où tout bascule sans qu’on ait rien demandé, cet instant où on emmerde tout le monde sous le seul prétexte qu’il nous emmerde... tout ce monde. Et puis on grandit. Sylvie Verheyde, réalisatrice des intriguants Un frère et Princesses, retrace ici son entrée dans la cour des grands à travers le récit d’une petite gamine dont elle ne peut s’éloigner. Que ce soit sur le papier ou avec sa caméra. Stella, c’est elle. Pas besoin de chercher bien loin, le personnage sent l’authenticité à plein nez, le vrai jusque dans la sape vintage et les posters de Delon sur les murs. Alors forcément, dès les premières secondes, on est transporté nous aussi sur cette ligne 6, départ quai de la gare direction le 16ème arrondissement. Gros plan sur le visage de Stella, sur lequel l’appréhension du premier jour de cours est à peine visible. Mais Stella ne montre pas ses émotions, ou si peu, elle les vit de manière si profonde que l’oeil humain ne peut les déceler. Il faut une clé, plusieurs même, et tout au long du film la réalisatrice va constituer un véritable trousseau nous permettant de mieux connaître Stella, de l’entendre, l’apercevoir, la comprendre et surtout l’aimer. Comme une petite soeur à protéger. C’est toute la force du film, de constituer un personnage enfantin plus complexe que n’importe quel adulte et de la serrer fort contre la caméra pour mieux appréhender le trouble qui se cache derrière un flegme mensonger. Sa violence peut déborder à n’importe quel instant et témoigne de l’étonnant et délicat imbroglio qui constitue la personnalité de Stella...

Ainsi le film ne pourrait être ce qu’il est sans l’incroyable prestation de la jeune Léora Barbara, distante et bouleversante, qui offre au rôle de Stella une grande consistance malgré la retenue de son jeu et l’absence totale de malice dont l’enfant au cinéma est trop souvent affublé. Ici sa maturité se ressent instantanément. Les courbettes, la flatterie et l’inclination, Stella ne connaît pas. Stella ne connaît pas non plus Balzac, Cocteau et galère en anglais. Elle maîtrise les rêgles de la belotte, les paroles des chansons de Gérard Lenorman et le dosage du Ricard. Bref, Stella est hors norme. A 11 ans, elle a une vie déglinguée de couche-tard mais n’en veut pas à ses parents. Nous non plus. Elle joue aux cartes avec Alain-Bernard et semble être aussi (plus) évoluée que les habitués du bar de ses parents, qui font des batailles d’eau et se battent pour une poule. Impossible de lui en vouloir quand elle traite une camarade de « grosse pute » en cours d’EPS, on se dit qu’elle a bien dû le chercher puis peu à peu on comprend que sa répartie, son bon mot et son esprit de synthèse (même si elle ne sait pas ce que cela signifie) évoquent un esprit d’une grande sincérité, d’une belle ouverture et surtout d’une profonde intelligence.


Loin de Sylvie Verheyde l’idée de produire un auto-portrait où l’égotisme serait maître, il s’agit là d’un instantané dans le parcours d’une vie... Avec toux ceux qui y participent. Stella n’est donc pas aussi seule qu’il n’y paraît. D’abord il y a ses parents, magistralement interprétés par le duo Rocher-Biolay et dont l’apparition final est tout simplement poignante, puis Alain Bernard, campé par un Guillaume Depardieu esseulé, heureux d’avoir rencontré une fillette qu’il voit peu à peu disparaître au profit d’une jeune femme. Il y a aussi les profs, Loïc, Geneviève et enfin Gladys, sa nouvelle amie. Sa seule vraie amie... Une tête de classe qui va la pousser à se surpasser et sur laquelle Stella va pouvoir compter. Elle pensait être seule, elle ne le sera plus !

Maîtrisé de bout en bout, Stella porte un regard aussi tendre que cruel sur la vie de cette gamine, ne tombe jamais dans les raccourcis et évite le sempiternel conflit parent-enfant pour se concentrer sur une relation plus intime, mettant en jeu de vrais problèmes familiaux et l’instabilité du milieu de l’enfant. Mais l’attachement aux personnages est tel, la manière de faire si authentique, ironique, réaliste et drôle (l’arrivée chez la grand-mère commentée par la gamine est à hurler de rire) que le film est tout autant un vrai divertissement qu’une superbe réflexion sur l’enfance, le passage à l’âge adulte et le droit à l’éducation pour tous... Bref, Stella est un vrai film populaire, marqué au fer rouge par son époque mais qui retrace avec finesse toute les possibilités que cette année 77 va offrir à Stella. Et notre bonheur de savoir qu’elle va continuer à s’épanouir, et notre tristesse, de la voir déjà partir...

Kevin Dutot

Mag : plus d'actu sur Stella

  • stella_haut
    Dossier Interview
    Interview : Sylvie Verheyde (stella)11 novembre 2008 - 0 commentaires

    Rien n'aurait pu vraiment nous préparer à rencontrer Stella... Ou si : peut-être bien un poing dans la figure, ou un coup de tête sur un radiateur en fonte. Un choc en somme. Car cette petite gamine ...

Le verdict des internautes

Total des votes : 0

Les notes des internautes

  •  
    Scénario
  •  
    Réalisation
  •  
    Acteurs
  •  
    Musique

Les meilleures critiques

logAudience