L'HISTOIRE : Jen vit seule avec sa mère Sarah, elle a à peine seize ans. Ian entre dans leur vie. Le regard, la voix, tout lui rappelle son père disparu. Jen l'aime d'un amour d'enfant, puis un peu plus - une chose précieuse, qu'elle veut partager, qu'elle veut donner, un jour. Et que Ian va lui voler, avant de s'enfuir. Commence alors une chasse à l'homme, sans pitié ...
De fulgurants moments de cinéma.

L’action de Story of Jen se déroule dans un no man’s land où les personnages s’expriment à la fois en anglais (pour le contact avec le monde extérieur) et en français (pour le lien entre la mère et la fille). Le mélange entre les deux ressemble à un de ces sabirs étranges que l’on utilise uniquement dans les rêves. A défaut d’étayer une thèse sur le déterminisme, François Rotger a construit son intrigue selon un principe proche de l’écriture inconsciente et en a tiré un dream-like (repères spatio-temporels indéterminés, fantômes qui reviennent de loin, texture fantastique, rythme languissant, enchaînement aérien des situations) dans un climat de purgatoire, beau comme un rêve et cruel comme un réveil. Dans ce havre, des âmes déchues viennent se perdre. Parmi elles, il y a cette mère, tombée enceinte trop jeune, qui veille à ce que sa fille ne reproduise pas le même schéma qu'elle. Il y a cette fille, en quête d’échappatoire, qui crapote pour se donner une contenance, noue des amitiés éphémères avec des reines de cours de récré conscientes que le temps les rattrapera elles aussi et regarde les garçons du coin de l’œil. Avec une sourde violence, sans protection ni explication, les événements s’imposent à elle et provoquent sa mutation intérieure.


Les sentiments les plus refoulés trouvent une résonance dans des étendues vallonnées et verdoyantes. Outre sa texture onirique – tous les personnages, zombies malgré eux, donnent l’impression d’être là sans l’être –, le film rappelle, à la manière de certains tableaux régionalistes, que la vie rurale n’est pas nécessairement idyllique. On le savait déjà dans The Passenger, son premier long métrage : François Rotger fantasme un cinéma de l’altérité, du tumulte, du corps étranger plongé dans un univers sclérosé. En l’occurrence, c’est toujours lui le corps étranger. Cette fois, il y a une volonté de reproduire une texture de cinéma indépendant US ailleurs, de paraître original tout en empruntant un modèle déjà manifeste depuis des années outre-Atlantique (les scènes estudiantines se situent quelque part entre Gus Van Sant et Todd Solondz). C’est son ton, son sillage. Malgré une trop grande rigueur, on ne regrette rien : le talent fou derrière la caméra ose prendre des directions inconnues, compose des plans méticuleusement dépouillés de tout élément parasite et propose, lorsqu’il trouve l’alchimie, de fulgurants moments de cinéma.
Romain LE VERN
Des clips de Madonna à Hustler White, Tony Ward a beaucoup évolué. Aujourd'hui, on le retrouve, revenu de tout, au cinéma dans Story of Jen, de François Rotger. La californien Tony Ward a ...