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Sunshine

La critique d'Excessif

4/5
sunshine_tmp L'HISTOIRE : 2057. Le Soleil est en train de mourir peu à peu, condamnant à plus ou moins long terme l’existence des êtres humains. Afin de relancer l’activité de l’astre moribond, le vaisseau Icarus II est chargé de s’y rendre et d’y faire exploser une gigantesque bombe nucléaire. Mais, tandis que le vaisseau se rapproche du Soleil, la communication radio avec la Terre s’interrompt et l’équipage capte un message de détresse d’Icarus I, le vaisseau qui les a précédés sept ans auparavant et qui avait disparu sans laisser de traces…
Une fois de plus écrit par son compère Alex Garland, le nouveau film de Danny Boyle arrive bientôt sur nos écrans. Entaché par quelques défauts, Sunshine n’en est pas moins un vrai film de SF réjouissant et prenant, avec à la clé quelques séquences particulièrement réussies. A vouloir marcher sur les traces de Kubrick, Danny Boyle, encore embarrassé par quelques scrupules, n’a pas révolutionné le genre mais il a obtenu des résultats indéniables. Et ça, ce n’est pas rien.

SUNSHINE
Un film de Danny Boyle
Avec Chris Evans, Cillian Murphy, Rose Byrne, Michelle Yeoh, Troy Garity, Cliff Curtis, Hiroyuki Sanada…
Durée : 1h40
Date de sortie : 11 avril 2007



2057. Le Soleil est en train de mourir peu à peu, condamnant à plus ou moins long terme l’existence des êtres humains. Afin de relancer l’activité de l’astre moribond, le vaisseau Icarus II est chargé de s’y rendre et d’y faire exploser une gigantesque bombe nucléaire. Mais, tandis que le vaisseau se rapproche du Soleil, la communication radio avec la Terre s’interrompt et l’équipage capte un message de détresse d’Icarus I, le vaisseau qui les a précédés sept ans auparavant et qui avait disparu sans laisser de traces…

Il est maintenant évident que depuis 28 jours plus tard, Danny Boyle semble avoir amorcé un nouveau virage dans sa carrière de cinéaste. S’il s’imposa durant les années 90 avec des hits branchouilles qui se la jouaient antisocial mais qui ne parvenaient qu’à servir la soupe au cynisme bon teint de l’époque (Petits meurtres entre amis, Trainspotting, Une vie moins ordinaire, La Plage), le p’tit gars de Manchester a depuis mis de l’eau dans sa bière et décidé apparemment de laisser de côté les ovnis événementiels vendus comme tels pour se colleter au cinéma de genre. Pour résumer, il a abandonné la flambe pour la fiction, la pose pour l’implication, et il s’est tout bêtement mué en conteur d’histoire.



Ce qui est certes moins égocentrique et moins gratifiant, mais qui est a contrario plus honnête et surtout plus difficile, contrairement à ce que pense la plupart de nos contemporains. Donc, après un film de zombies et une comédie dramatique familiale, Boyle est de retour avec cette fois-ci un film de science-fiction. Et pas un petit trip existentialiste bien ronflant à la Soderbergh, non, un vrai film de SF avec des vaisseaux gigantesques, un environnement spatial hostile et des mystères insondables.


Car ce qui réjouit l’œil, dans Sunshine, c’est de prime abord sa capacité à assumer et à traiter sans détours toute une batterie de codes inhérents au genre (le message enregistré à destination de la famille restée sur Terre, la confrontation brutale avec le vide sidéral, la mission de réparation extérieure qui vire au suspense haletant…). Boyle a une bonne histoire à raconter et il le fait sans rechigner, déployant des effets spéciaux plus que convaincants, un casting réellement concerné (d’où se dégagent aisément Cillian Murphy et Chris Evans – et c’est une vraie surprise pour le second, jusqu’ici cantonné aux rôles de bellâtres californiens crétinoïdes) et un sens du spectacle indéniable. Bref, des qualités peut-être pas révolutionnaires mais qui, pour X raisons, manquent cruellement à la plupart des films de science-fiction actuels et qui témoignent d’une certaine humilité contrastant furieusement avec la démarche suffisante du Boyle des années 90.



Ainsi, le cinéaste suit ses personnages avec intérêt, nous décrit leurs relations à l’intérieur du vaisseau de façon particulièrement efficace (les traits de caractère des différents protagonistes apparaissent vite et bien) et axe principalement son récit autour du point de vue d’un héros neutre qui agit surtout en tant qu’observateur (Capa/Cillian Murphy, qui porte à dessein le nom d’un grand reporter photographe). De plus, à travers la relation que les astronautes entretiennent avec le but de leur mission, Boyle traite une fois de plus du thème de l’addiction, montrant à de nombreuses reprises ses personnages en proie à une fascination proche de l’autodestruction pour cet astre dévorant vers lequel ils se dirigent et qui semble les attirer inexorablement.

Evidemment, toute cette thématique explicite rattachée au mythe d’Icare confère à Sunshine l’aspect d’un grand film de SF réflexif, dans la droite filiation d’un genre initié par le séminal 2001 de Kubrick. Mais cette approche, intégrée à l’action, ne nuit pas au rythme du film et arrive à lui donner de la profondeur sans flatter inutilement l’intelligence du spectateur. En fait, le défaut principal du métrage vient de l’aspect le plus B de son script, intervenant dans la dernière partie. Sans le dévoiler, puisqu’il repose sur un personnage voulu comme une surprise, on constate que cet élément, appuyant un peu plus la thématique de l’addiction, est assez représentatif de l’ancien Danny Boyle, qui a du mal à assumer ce genre d’outrances propres au genre.



S’il s’en était bien sorti sur 28 jours plus tard en trouvant une parade convaincante (ses zombies n’étaient pas des zombies mais des humains contaminés par un virus), ici, l’élément horrifique, pourtant traité de manière payante lorsqu’il n’est qu’à l’état de menace (voir la scène où l’ordinateur de bord apprend à Capa qu’il y a un passager de plus à bord du vaisseau), devient particulièrement fragile, voire maladroit, lorsqu’il s’incarne à l’écran. Ça, plus quelques scories supplémentaires, comme des coupes franches au montage qui ont abîmé la structure de l’ensemble (voir l’abordage du Icarus I, qui s’effectue en cinq secondes) ou cette façon assez inélégante de traiter un personnage de lâche en lui administrant un châtiment bien senti, montrent sans doute que Danny Boyle n’a pas totalement achevé sa transformation en ce qu’il essaie de devenir depuis quelques années. Mais, à la vue de ce Sunshine certes imparfait mais réussi, on peut dire que le bonhomme est sur la bonne voie. Hang on Danny !

Arnaud Bordas

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