Sans prétendre à autre chose que nous rendre un peu le sourire en ces temps moroses, cette douce comédie américaine fait dans la simplicité et tire sur quelques cordes sensibles avec délicatesse... Pas besoin de sortir les violons ou sombrer dans le triste constat social pour nous faire aimer cette famille moyenne US un peu ratée et blessée dans laquelle néanmoins l’imagination, la cusirosité et l’intelligence priment face à la bêtise environnante. Tenue par un duo de jeunes comédiennes remarquable composé d’Amy Adams et Emily Blunt, deux étoiles montantes du cinéma américain,
Sunshine Cleaning est une microscopique incursion dans le petit monde des petites gens du pays de l’Oncle Sam... Mais les modestes voyages font parfois les plus belles émotions.
SUNSHINE CLEANINGUn film de Christine Jeffs
Avec Amy Adams, Emily Blunt, Alan Arkin, Mary Lynn Rajskub, Eric Christian Olsen, Jason Spevack, Kevin Chapman, Richard Barela, Christine Begay, Josh Berry, Chris Browning
Durée : 1h42
Rose Lorkowski est une mère célibataire qui travaille comme femme de ménage. Afin de payer l'inscription de son fils dans une école privée, elle décide de créer avec sa soeur une entreprise spécialisée dans le nettoyage des scènes de crimes.Sunshine Cleaning est le fruit du travail des mêmes producteurs que Little Miss Sunhine, c’est annoncé sur l’affiche et le titre y fait presque référence... Mais Big Beach Productions, c’est aussi le petit miracle
Tout est illuminé de Liev Schreiber, le premier film, très attendu, de Philip Seymour Hoffman réalisateur,
Jack goes Boating et la prochaine réalisation « indé » de Sam Mendes,
Away we go, avec John Krasinski et Maya Rudolph ! C’est une petite boîte indépendante qui continue dans sa lancée de petits films fauchés mais bourrés de lumière où des scénarios a priori anecdotique sont souvent transcendés par de remarquables interprétations et un amour du travail simple mais honnête... Il n’y a qu’à voir la bande-annonce du prochain Sam Mendes pour vous en convaincre. Et
Sunshine Cleaning, première incursion américaine le la réalisatrice néo-zéalandaise Christine Jeffs, n’échappe pas à la règle et recèle en son coeur une multitude de petits rayons de soleil venus réchauffer nos coeurs le temps d’une courte projection. Le scénario tient sur un ticket de métro mais d’une manière inattendue, avec un regard des plus tendres, le travail de Megan Holley nous emmène doucement mais sûrement vers une émotion authentique sur des thèmes universels : l’amour filial, les difficultés de s’assumer, les pertes de repères sociaux...

Privilégiant une approche raisonnée des situations s’exposant à ses personnages plutôt qu’une avalanche de bons sentiments censés résoudre tous les problèmes, la réalisatrice signe ici une comédie familiale profondément touchante qui sait s’attaquer à ceux qui ont peur de l’intelligence et de la différence. A l’instar de la gamine dans
Little Miss Sunshine qui étincelait par son contraste avec la petite fille modèle américaine, ici il s’agit de personnages appartenant également à la classe moyenne mais qui n’ont pas peur de se fier à leurs jugements plutôt qu’à ceux des plus « éclairés » qui se permettent de trouver des solutions à leurs difficultés ! Menant leur propre révolution à leur petite échelle, dans le but de payer une école digne de ce nom à un petit génie traité comme un attardé dans son école, la fine équipe « maintenue » par le patriarche (excellent Allan Arkin) se met en tête de monter une entreprise de nettoyage de scènes de crimes ou accidents... Avant tout, cela rapporte plus mais l’expérience, au final, va s’avérer bien plus enrichissante que prévue. Sur un autre plan...
Ici il s’agit donc d’aller à l’encontre des préjugés, des attentes, du silence voulu de ces classes moyennes qui s’en sortent avec trois bouts de ficelle mais qui ne dérogent pas à cette règle unique : la curiosité est maître, l’intelligence son disciple. Et c’est certainement ce qui caractérise ce petit film qui ne paye pas de mine mais semble ne jamais céder aux sirènes d’Hollywood... La réalisatrice prend donc tout son temps pour introduire ses personnages, poser le cadre de son film, pour ensuite creuser délicatement cette relation complexe entre deux soeurs. L’une est meurtrie, recluse dans le silence et la désinvolture depuis la mort de la mère mais semble désormais prête à s’envoler, et explose littéralement lors d’une superbe séquence où la comédienne Emily Blunt se faufile sous un pont ferroviaire au passage d’un train... Subitement, là, au contact des étincelles et à l’écoute du métal maltraité par les roues, elle se sent vivre... et nous aussi. L’autre soeur, Amy Adams, que l’on a pu récemment apprécier dans Il était une fois…,
Doute ou
Miss Pettigrew, est parfaite en tête de cortège, bien décidée à ne pas se laisser aller et confrontée aux regards de ses anciennes camarades de lycée...
Sunshine Cleaning est donc une jolie surprise, un récit chaleureux, exigeant et simple à la fois qui devrait certainement être apprecié des spectateurs... S’il ne faut pas s’attendre au même succès que
Little Miss Sunshine, on espère néanmoins que cette histoire de soeurs aussi émouvante qu’éveillée vienne éclairer les salles obscures avec cet acharnement qui caractérise les personnages. Avec un peu de chance, ces petits rayons de soleil balayeront ces lourdes comédies en tête du box-office qui resssemblent à d’énormes nuages de pollution...
Kevin Dutot