La projection de
Superman Returns à la presse a eu lieu ce matin. Evidemment toute la rédaction de Excessif/DVDrama s'y était donné rendez-vous, pour ce premier grand évènement de l'été cinéma. Attendu depuis des années, mis en projet plusieurs fois (Tim Burton entre autres s'y était intéressé), c'est finalement Bryan Singer (
Usual Suspects,
X-Men 1 et
2) qui en signe la réalisation.
A l'issue de la projection, les avis s'avèrent très partagés...
SUPERMAN RETURNS
Un film de Bryan Singer
Avec Brandon Routh, Kevin Spacey, Kate Bosworth, James Marsden, Parker Posey, Marlon Brando
Durée : 2h34
Sortie : 12 Juillet 2006
Au lieu de se contenter de jouer sur les bases posées par le film de Donner, Bryan Singer prend avec ce
Superman Returns une direction nouvelle en développant des personnages tourmentés et attachants. Sans jamais prendre le pas sur un récit dans l'ensemble bien équilibré, les scènes d'action offrent des moments réellement spectaculaires qui bénéficient d'effets spéciaux réussis et d'une esthétique extrêmement léchée – la direction de la photographie est à ce titre sublime. Si Brandon Routh endosse très honorablement le costume du superhéros, parvenant même à lui donner une certaine profondeur malgré un jeu d'acteur presque monolithique, Kate Bosworth déçoit en revanche énormément en faisant de Loïs Lane une femme ennuyeuse, qui n'a plus rien à voir avec la Loïs pétillante que l'on connaissait. Dommage car la romance est l'un des aspects majeurs de ce film qui reste avant tout centré sur ses enjeux humains. Heureusement, Kevin Spacey incarne un Lex Luthor drôle et cynique à souhait, amenant ce qu'il faut de désordre dans un film que l'on pourra par ailleurs trouver un peu lisse et surtout trop prêcheur.
Loin d'égaler un
Spider-Man (Sam Raimi) mais autrement plus abouti qu'un
Batman Begins (Christopher Nolan), ce
Superman Returns manque peut-être un peu d'intensité, de flamme. Mais Bryan Singer s'en tire très honorablement en nous livrant un film visuellement très beau et dont la dimension humaine pourrait prendre de la valeur sur la durée.
Note : 7/10
Si nous pleurons encore l'abandon de
X-Men 3 par Bryan Singer au profit de Brett Ratner (signant un horrible navet... mais son meilleur film quand même !), nous ne pouvions que nous réjouire de le voir s'atteler au dépoussiérage de Superman. Avec
Superman Returns donc, Singer ose un mise en place de l'histoire et des personnages à la fois référentielle au premier film de Richard Donner (le générique, la musique, ...) sans le calquer (le flashback sur son enfance dure une minute) et le renouvelant. Le réalisateur prend alors son temps pour mettre en place l'univers, une petite merveille d'écriture scénaristique sur 1h30, ponctuée par une scène époustouflante (l'avion), ce qu'il faut d'humour et de romance, et à la réalisation magnifique sentant le bon cinéma et prouvant que Singer n'est pas n'importe qui.
Mais le film dure 2h30 et si pendant 1h30 se dégage de l'écran l'impression d'assister à l'adaptation ultime du comics, la dernière heure vient la balayer. Une fois toute cette mise en place de l'histoire terminée, vient le vif du sujet : Lex Luthor – super méchant super obligatoire dans Superman - et son plan diabolique. Mais avec son projet de construction immobilière alien sous forme d'île au milieu de l'océan (?) ressemblant étrangement à un brownie flottant dont on ne comprend pas l'intérêt, l'histoire s'enlise dans ce décor laid et fait fi de tout enjeu intéressant (même les acolytes de Luthor jouent aux cartes pour tuer le temps). Pire encore, la réalisation devient carrée, l'esthétique contraste par sa banalité avec la première partie ultra léchée, les personnages font du sur-place et deviennent inintéressants. Ce qui durant 1/2h aurait dû être le climax du film est tout simplement inexistant. La demi-heure restante laisse alors la place à un interminable épilogue, long, chiant et lourd, un calvaire pour le spectateur qui ne cesse de tortiller dans son siège.
Sur 2h30
Superman Returns étale donc un contraste déconcertant : exceptionnel durant 1h30, la dernière très longue heure du film est un énorme pas en arrière dans le conformisme que Singer avait su jusque là déjouer. Là où
X-Men 2 souffrait du même défaut sur 1/4h avant de rebondir pour un final dantesque,
Superman Returns s'enfonce inexorablement dans un seppuku désespérant et incompréhensible. Un constat d'autant plus triste qu'il reste largement plus fréquentable que la moyenne des blockbusters sortis ce premier semestre au cinéma. Dommage.
Note : 6/10
A la fois suite et remake libre du film original,
Superman Returns cumule les idées de génie au service d'une intrigue suffisamment adulte et surtout narrativement bien entretenue pour que Bryan Singer impose une fois de plus sa vision comme il avait si bien su le faire sur ses deux opus de
X-men. Evitant les redondances propres au film, mais surtout au mythe général qu'il ne fera pas l'affront de reprendre depuis les premières origines, ce Superman s'attrape finalement au vol pour ne laisser aucun temps mort à sa première heure et demi. Qu'il s'agisse de la spectaculaire séquence de l'avion en perdition ou de l'intrigante introduction d'un Lex Luthor au chevet d'une femme mourante, le réalisateur trompera sans cesse avec malice les faits les plus établis de la légende au point de piéger les puristes qui penseront deviner à l'avance ce qu'il retourne des points les plus importants. Surprenant donc, mais également très drôle puisque les fameux deux premiers tiers du film n'en restent pas moins généreux en second degré, avec en premier lieu un duo Kevin Spacey/Parker Posey réellement efficace mais surtout une grosse dose de sadisme sur la gente canine, bien mal aimée. Un vrai plaisir de cinéma qui perdra pourtant pied dans son interminable dernière partie – une bonne heure – où Singer s'embrouille entre longueurs et précipitations tous azimut pour ne jamais redécoller mais surtout pour baigner dans un pathos abusif aux frontières du biblique. Il faut l'admettre, cet ultime ventre mou entraîne dans son sillage une partie du plaisir pour faire de ce Superman nouveau un film malheureusement imparfait. Chose d'autant plus dommage tant l'univers visuel du film, lui, tiens ses toutes ses promesses…
Note : 6/10

Passons le mythe et le film de Richard Donner pour lesquels Bryan Singer affiche un respect incontestable, ne serait-ce que dans un générique de début qui en impose. Mais si quelques scènes sont magiques, on est loin du film originel qui en comparaison paraît presque plus moderne et démesuré dans ses ambitions. Certains pourront toujours rechigner sur la dimension archétypale du superhéros, les symboles religieux, la parabole d’une Amérique post-11 septembre. Oui, mais voilà: ce sont des éléments inhérents au genre. La raison pour laquelle ce blockbuster se démarque du tout-venant vient paradoxalement de ses faiblesses. La volonté de tourner certains éléments à la sauce parodique comme le personnage de Lex Luthor (Kevin Spacey) ou intimiste (les scènes initiales étrangement distendues) ne va pas avec la dramaturgie drastiquement rangée dans les us et coutumes, voire pesamment convenue et chiche en idées audacieuses. Accessoirement, c’est d’une durée que rien ne justifie. Les deux premiers tiers du film remplissent haut la main le cahier des charges avec des qualités de narration et de mise en scène indéniables. Les effets spéciaux, impressionnants, sont au service de séquences plus ou moins enthousiasmantes. Hélas, passé l’excitation de certaines scènes, le résultat fonctionne de guingois, retombe dans les conventions du genre sans posséder un vrai climax. D’où un problème : on est plus ébloui par la virtuosité formelle que le risque et le danger provoqués par certaines situations périlleuses. Contrepoint accessoire qui n’entache que partiellement ce blockbuster plutôt fréquentable.
Note : 6/10
It's a bird, it's a plane, it's a lift ! L’approche de Singer pour marquer le retour de l’homme en bleu ne manque pas de charme...sur le papier. Malheureusement, en dévoilant le coté humain au quotidien du super héros et en renonçant à la surenchère d’action et de super vilain, il invente le concept d’action verticale. L’homme en collant se transforme alors en simple ascenseur humain : un avion par-ci, une voiture par là en passant par une grosse boule et un bateau : tout ce qui doit s’écraser ne s’écrasera pas, un point c’est tout. Restent quelque dialogues légèrement cyniques et une belle mise en image pour un film joliment inintéressant et métronomiquement redondant.
Note : 4/10
Après la déception
X-Men 3 imputé au départ de Singer,
Superman Returns avait intérêt à être sacrément bon pour justifier le sacrifice de la franchise X-men. Résultat,
Superman entre directement dans le top 3 des plus mauvaises surprises de cette année. Plastiquement sublime, mais possédant un fond aussi vide qu'un tonneau de bière de supporter allemand,
Superman Returns enchaîne les poncifs les plus éculés, les idéologies christiques douteuses, les problèmes de structure ou autres incohérences que l'on renonce rapidement à relever. On suit une succession de scènes sans grand intérêt où Superman passe son temps à porter des objets plus ou moins grands, où Lex Luthor tente tant bien que mal de nous faire comprendre le pourquoi de son plan diaboliquement stupide, où Loïs trimballe son bambin partout avec elle et où les scénaristes ne cherchent même pas à créer un quelconque enjeu ou une quelconque tension dramatique. On se retrouve donc à subir après seulement 30 minutes de film, temps nécessaire pour que la beauté plastique ne fasse plus effet, les deux heures suivantes devenant un sacerdoce tant l'on se force à ne pas céder à la tentation de ne pas sombrer dans un sommeil profond et réparateur. On espère donc que
Pirate des Caraïbes 2 va enfin relever le niveau d'un été 2006 pour l'instant catastrophique pour les blockbusters (
X-Men 3,
Poseidon,
Da Vinci Code...).
Note : 3/10