Très attendue car longtemps repoussée, la version cinéma moderne de l'histoire de l'Homme d'Acier devrait faire partie des blockbusters incontournables de l'été 2006. Après avoir fait ses gammes dans le genre du film de superhéros avec
X-Men et
X-Men 2, le réalisateur Bryan Singer livre sa vision personnelle du héros créé en 1933 par Jerry Siegel et Joe Shuster. Sans s'imposer comme une réussite totale du fait de quelques parti-pris contestables,
Superman Returns est une très bonne surprise à bien des égards.
SUPERMAN RETURNSUn film de Bryan Singer
Avec Brandon Routh, Kate Bosworth, Kevin Spacey, James Marsden, Parker Posey, Frank Langella, Eva Marie Saint, Sam Huntington.
Durée : 2h34
Sortie le : 12 juillet 2006Né sur Krypton, une lointaine planète détruite par un cataclysme, Kal-El a été recueilli par les Kent, un couple de fermiers du Kansas. Rebaptisé Clark, il révèle très tôt des pouvoirs surhumains dont il décide de se servir pour la bonne cause sous l'identité de Superman, tout en exerçant une activité de journaliste au Daily Planet à Metropolis. Un jour, désireux de retrouver ses racines, il s'absente durant cinq longues années, abandonnant la ville et ses habitants à une criminalité galopante. Revenu sur Terre, Clark/Superman va de déception en déception : non seulement le dangereux Lex Luthor, qu'il avait contribué à faire mettre en prison, a été libéré et semble disposé à sévir de nouveau, mais son grand amour, Lois Lane, est fiancée et mère d'un petit garçon. Plus grave, elle exprime son ressentiment à l'égard de Superman qu'elle perçoit comme un traître…Résumant les origines de Superman à l'aide d'un texte d'introduction succinct mais percutant,
Superman Returns revendique d'emblée sa parenté avec le mythique film de Richard Donner, à l'occasion d'un générique d'ouverture très similaire dans son lettrage et dont la musique n'est autre que la réorchestration par John Ottman du thème créé par John Williams il y a près de trente ans. Aux antipodes des resucées récentes de l'ouverture de
Spider-man que l'on croyait désormais inévitables, ce générique
old-fashioned exhale un délicieux parfum de nostalgie qui ne nous quittera plus durant tout le film, tant celui-ci multiplie les clins d'œil malicieux à son aîné. Ainsi, l'atterrissage catastrophique de Superman (Brandon Routh) devant la ferme de Matha Kent (Eva Marie Saint) au début de
Superman Returns renvoie immédiatement à son arrivée sur Terre dans le
Superman de Richard Donner, à ceci près que ce n'est pas un petit garçon innocent qui surgit des décombres mais un homme adulte, qui semble alors revenir à la case départ. Déconnecté des proches de Clark comme des admirateurs de Superman, il devra effectivement tout reconstruire.
Loin d'alourdir le propos, les références au film de Donner font office de tremplin vers des bases nouvelles permettant de réactualiser le mythe. Car l'Amérique a évolué depuis 1978 et le premier
Superman. Mais ce que nous suggère le film de Bryan Singer, c'est qu'elle a aussi et surtout considérablement changé durant les quelque cinq années que Superman passe à errer dans l'espace à la recherche des dernières traces laissées par sa défunte planète. Si les allusions à la tragédie du 11 Septembre 2001 se font discrètes, elles existent bel et bien en filigrane (l'accident d'avion du début du film, l'attaque frappant la tour qui abrite le Daily Planet) et participent à justifier, s'il en était besoin, la portée christique de la mission de Superman, plus que jamais érigé en sauveur de l'humanité. L'article "Pourquoi le monde n'a pas besoin de Superman", écrit par une Lois Lane désabusée et avec lequel elle remporte ironiquement le prix Pulitzer, résume à lui seul cette thématique. Ces envolées prêcheuses inévitables, encore plus appuyées que dans le film de Richard Donner, constituent de toute évidence l'une des principales faiblesses de
Superman Returns – mis à part peut-être dans cette très belle scène où notre superhéros se laisse tomber du ciel en silence, les bras en croix, après s'être sacrifié pour la cause des mortels. Cela étant, ces messages un brin pompeux demeurent suffisamment sporadiques pour ne pas entamer le plaisir d'un film heureusement plus soucieux de la petite histoire que de la grande.
Force est de constater que les états d'âme de Superman intéressent davantage Bryan Singer que ceux du timide Clark Kent. La romance occupe une grande part du film mais elle n'est pas développée sous l'angle que l'on attendait. Car contrairement aux deux premiers
Superman ou encore à la série
Lois et Clark : les nouvelles aventures de Superman,
Superman Returns ne tourne pas autour du triangle amoureux Clark/Lois/Superman. De manière surprenante, Clark et Lois (Kate Bosworth) ne semblent pas avoir plus d'affinités que cela, malgré leur collaboration passée au Daily Planet. Lois ayant eu un enfant avec le neveu de Perry White (Frank Langella), les frustrations amoureuses que l'on avait pour habitude d'attribuer à Clark se déplacent sur le pauvre Richard White (James Marsden) puisque c'est lui qui est jaloux de Superman, et non Clark. Ce parti-pris donne lieu à des scènes dramatiquement réussies vers la fin du film bien qu'il gomme du même coup toute la dimension schizophrène du personnage de Clark/Superman. Ce que l'on perd d'un côté, on le gagne malgré tout de l'autre, le valeureux superhéros révélant à plus d'une reprise une part égoïste qu'on ne lui connaissait pas. Conscient d'incarner un fantasme pour la jeune femme, il n'hésite pas à vanter sa supériorité par rapport au simple mortel qu'est Richard lors de la fameuse scène du vol amoureux au-dessus des buildings de Metropolis (en référence directe à celle du film de Donner). L'idée est extrêmement plaisante et aurait pu être poussée plus avant si le personnage de Lois avait bénéficié d'un traitement adéquat.

Ce n'est pas tant en fait l'écriture du personnage de Lois Lane qui prête à controverse que le choix de son interprète. Nul doute que Kate Bosworth est une bonne comédienne, elle le prouve d'ailleurs plus d'une fois au cours du film. Pourtant, sa Lois fait pâle figure lorsqu'on la compare à celles de Margot Kidder ou de Teri Hatcher, toutes deux rigolotes, pétillantes, impulsives et attendrissantes. Dans
Superman Returns, Kate Bosworth campe au contraire une Lois revenue de tout, elle se montre si terne et ennuyeuse qu'elle peine à renvoyer la balle à son partenaire. Bien que les enjeux qui motivent l'élue de Superman aient un intérêt en soi, le fait est que ce personnage peu fantaisiste n'est pas Lois Lane et contribue à fragiliser l'équilibre des interactions entre les personnages. Le reste du casting de
Superman Returns se montre heureusement plus enthousiasmant et permet au film de déployer un second degré efficace.
Le très cinégénique Brandon Routh, dont c'est le premier rôle au cinéma, rend dignement hommage à l'ombre écrasante de Christopher Reeve : charmant en Clark, impressionnant en Superman, il apporte une touche d'innocence bienvenue au personnage. Quant à Kevin Spacey, il enterre sans mal la prestation de Gene Hackman en imprimant à Lex Luthor un cynisme et un humour ravageurs, sans jamais céder à la cabotinerie horripilante. Plus discret, James Marsden fait beaucoup pour le personnage du malheureux Richard White, de même que Parker Posey dans le rôle de Kitty, en compagne de Lex Luthor (qui rappelle la Miss Tessmacher des deux premiers
Superman, en un chouia plus futée).
Sur un rythme posé qui laisse amplement aux personnages le temps d'exister,
Superman Returns livre son quota de scènes catastrophes, dont la plupart impliquent bien entendu Lex Luthor. Le millionnaire mégalomane ne trouve rien de mieux à faire que de chercher à engloutir l'Amérique pour la remplacer par un nouveau continent dont il serait le maître absolu (et peut-être l'unique habitant ?). Rehaussés d'effets spéciaux impeccables (mention à la scène de l'avion en détresse, particulièrement efficace), ces passages obligés ne livrent peut-être pas de véritable scène d'anthologie mais demeurent très divertissants. De même, Superman vole dans les airs avec le plus grand naturel, la plupart du temps au milieu de décors magnifiques. Tourné entièrement en numérique,
Superman Returns bénéficie en l'occurrence d'un soin plastique stupéfiant qui s'accorde avec la réalisation fluide et élégante de Bryan Singer. A l'inverse du
Batman Begins de Christopher Nolan, on ne relèvera ici aucun plan illisible, dans les scènes de jeu comme dans les scènes d'action.
Devant tant de perfection esthétique, on ne peut que regretter que le film tire un peu trop en longueur dans sa dernière demi-heure. Un reproche à relativiser toutefois, puisque le spectacle est bel et bien au rendez-vous et que les personnages, à l'exception de celui de Lois, emportent pleinement l'adhésion. Au final,
Superman Returns n'est certes pas aussi intense et poignant qu'un
Spider-man 2 mais reste un divertissement très attachant, un de ceux qui ne s'oublient pas sitôt la projection terminée.