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Surfwise

La critique d'Excessif

3/5
surfwise_vignok L'HISTOIRE :

Dorian « Doc » Paskowitz est le centre du documentaire. C'est le père de famille, c'est lui qui a décidé de lâcher sa situation de médecin pour l'océan, de trouver un équilibre physique et mental sur les vagues, dans la nature, loin de toute contrainte sociale. Il choisit sa femme et embarque ses neuf enfants dans son camping-car de 8 m² dans une philosophie de vie parfois difficile à assumer.

Pray embrasse son sujet, le touche du doigt et adopte sa forme.

D’un Hype !, documentaire sur l’explosion de la scène grunge dans les années 1990, à son portrait de l’Amérique à travers les sillons de conducteurs de camions dans Big Rig, Doug Pray n’a cessé d’explorer l’homme américain par ses cultures populaires. Surfwise est un nouveau voyage, une immersion dans le milieu du surf à travers la saga d’une famille peu ordinaire.

 

 

Surfwise n’est pas un film sur le surf. C’est un documentaire sur une famille bien particulière au cœur de la culture du surf. Dans Surfwise, la sagesse en question est incarnée par Dorian Paskowitz, aujourd’hui un vieil homme, dont le documentaire de Doug Pray s’attache bien à montrer l’aspect légendaire. Dès les premières images, nous sommes prêts à suivre une saga familiale, alors que les personnages se présentent un à un sur fond de pellicule ciné, à la façon de héros dont nous suivrons les aventures à travers le temps. Cette famille soudée, main dans la main, évoluant entre les vagues et les rayons de soleil, nous sera exposée et mise en lumière jusqu’à la fascination.

Le documentaire se présente sous forme d’interviews ; le réalisateur s’efface au profit des membres de la famille qui racontent. Parfois des témoignages extérieurs étayent le discours. Les mots et visages contemporains accompagnent les nombreuses images d’archive. Car les Paskowitz ont beaucoup vécu sous l’œil des caméras. Le film donne le sentiment d’une fascination nationale pour ses nomades du surf vivant presque littéralement d’amour et d’eau salée. Tout le monde les connaît, ceux qui en parlent, amis ou professionnel de la discipline, ont le regard brillant, amusés et envieux. La légende, Dorian Paskowitz, y participe, donnant à son mode de vie l’ampleur d’une philosophie voire d’une religion, liant surf et judaïsme, amenant ce sport en Israël, où il s’est rendu « comme Jésus Christ et tout un tas d’autres tarés », et enfin, rédigeant un livre dont il assure la promotion pour ses vieux jours. Une « légende », certes, mais Doug Pray va au-delà de ce qui doit être lu, fouille son héros hors du commun, le dévoile autant qu’il l’aime.

Pray plonge son spectateur dans la vague qu’il filme. Il embrasse son sujet, le touche du doigt, adopte sa forme, c’est la meilleure façon de nous y faire participer. Ainsi, il filme Dorian de très près, dans sa plus grande intimité dès le début du documentaire, toujours avec respect, parties intimes cachées. S’il expose ainsi son sujet, c’est pour être tout à fait dans la lignée du personnage, cet homme qui se livre nu, sincèrement, sans fausse pudeur. Pray tente de filmer son sujet en adoptant certaines de ses caractéristiques : sa volonté de toucher à l’essentiel se passer du superflu et de l’hypocrisie (image peu travaillée ou embellie, personnages filmés sans artifice), sa malice (dans le montage qui crée des associations d’idées amusantes). Remarquable plongeon au sein de la planète surf, dans l’univers Paskowicz : Pray nous laisse à peine le temps de reprendre notre souffle, le spectateur est régulièrement embarqué dans une salve d’images étourdissantes, un tourbillon qui ressemble bien au tube dans lequel se meuvent les protagonistes. Tournis qui ne nous laisse pas sur le bas côté, nous suivons le discours du vieux sages et, dans une infime proportion, nous partageons peut-être avec lui certaines sensations.

Au delà ce cette extraordinaire odyssée familiale, nous sommes fascinés par le récit des splendeurs et misères de l’idéologie Parskowicz. Dorian, l’ancien médecin, a l’âme d’un cynique antique. Puisque ce n’est pas le modèle du chien, ce sera celui du gorille dont les habitudes sont suivies comme des prescriptions. A la façon d’un récent Alex Supertramp dans Into the Wild ou du jeune Goldmund de Herman Hesse, le héros s’éloigne de la civilisation, de l’argent considéré comme l’origine du Mal, des conventions sociales : « Nous n’étions plus du tout attachés au monde physique ».

Les Parskowicz ne vivent pas dans un tonneau. Non. « neuf enfants dans un camping-car de 8 m² ». Plus étroit qu’une cellule de prison. Pray n’établit pas un parallèle dictatorial avec la pensée cynique, il choisit comme transition le nazisme qui touche Dorian dans les tréfonds de sa conscience juive. Il est pourtant le dictateur de sa grande famille, il impose sa pensée, dirige, les mots « lavages de cerveaux » sont employés par les enfants. Ils ont pris conscience de certains maux restés ancrés en eux, de vrais traumatismes. Au delà de l’idylle, le choc de meurtrissures. On est reconnaissant au documentaire de cette incursion en profondeur, sans diabolisation ; ce sont des précisions nécessaires, émouvantes, qui ne doivent rien ôter à la grandeur de cette vie choisie.
Pensons juste à cette scène où le plus grand fils chante une chanson de sa composition pleine de ressentiments envers son père. On pourrait verser dans le pathos le plus lourd ; on est surtout incroyablement dérangé par ce plan séquence et ce regard où brille un éclair de folie déjà soupçonnée.

Pray est un habitué des récompenses pour ses nombreux documentaires. Il montre une fois de plus son habileté à nous faire découvrir un sujet, partager des émotions, à provoquer des questionnements, dans un cinéma profondément humaniste.

Le verdict des internautes

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Les notes des internautes

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