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Synecdoche, New York

La critique d'Excessif

3/5
synecdoque_cineus L'HISTOIRE : L'histoire de Caden; un dramaturge angoissé, et des relations qu'il entretient avec plusieurs femmes qui traversent sa vie : Claire, son épouse, Adèle, son ex, Maria, la meilleure amie de celle-ci, Olive, sa fille ou encore Madeline, sa psy...
A moins d’y être préparé, l’exercice peut laisser perplexe.
On attendait beaucoup du passage derrière la caméra du scénariste Charlie Kaufman, responsable entre autres de Eternal sunshine of the spotless mind (Michel Gondry, 2004) et Dans la peau de John Malkovich (Spike Jonze, 1999). Présenté en compétition au dernier festival de Cannes, Synecdoche, New York, son premier long-métrage, a pourtant été l’une de plus cruelles déroutes de la sélection, entre ceux qui attendaient un renouvellement thématique et ceux qui ont trouvé la progression dramatique volontariste. Au moins, cet objet arty a le mérite de poser une question de cinéma passionnante : est-ce qu’un bon scénariste fait nécessairement un bon cinéaste ?


 

 

Si Charlie Kaufman refuse de s’appuyer sur des bases classiques, c’est moins par amour du défi que par nécessité. Dans Synecdoche, New York, où les défauts sont plus évidents parce qu’il se débrouille tout seul comme un grand, le cinéaste avance sur un territoire a priori familier étant donné qu’il entreprend une nouvelle fois de reconstituer le douloureux processus de la création. Avec la précision maniaque qui le caractérise, il adopte le point de vue de Caden (Philip Seymour Hoffman), son double fictionnel, un metteur en scène hypocondriaque qui essaye de monter une pièce de théâtre. Le scénario superpose plusieurs mises en abyme où l’auteur décortique ses obsessions et accouche à l’écran de ses névroses. Le résultat est acrobatique, teinté d’ironie et d’amertume, brillamment interprété par des acteurs ravis de l’occasion, d’autant qu’on les voit trop peu (Jennifer Jason Leigh ou Emily Watson). Le revers de la médaille, c’est que les spectateurs risquent de se perdre dans son imbroglio lyrique où, après avoir confondu la réalité et la fiction, l’auteur finit par tordre la première pour faire fonctionner la seconde.
 
 

 

 

 

 

Au fur et à mesure que l’intrigue avance, la narration devient plus labyrinthique que linéaire en atteignant un niveau de pessimisme encore jamais atteint chez Kaufman. Ce n’est pas étonnant s’il décrit Synecdoche, New York comme un "film d’horreur psychologique" : il n’y a plus rien d’expiatoire. Au lieu de progresser, l’intrigue revient sans arrêt sur les circonstances de la création plutôt que sur l’histoire elle-même. La première partie qui correspond à la descente aux enfers de Caden en pleine dépression est la plus stimulante, non seulement pour ce qu’elle dépeint (une caricature du milieu artistique branchouille) mais aussi pour ce qu’elle évoque (le cinéma de Woody Allen tendance "ma femme, ma fille, mes ex et ma psy"). Avec un talent certain, il enchaîne une série de micro-descriptions (névroses, doutes, pauses, impuissance, paternité, tentations, lâcheté…) qui semblent arrachées au réel et font la vraie substance du film. Ensuite, il traduit l’isolement de son double à partir du moment où il décide de reconstituer dans un entrepôt de New York le décor de la ville et de façonner un univers mental dévasté par des souvenirs épars. Un peu à la manière de Depardieu dans Rêve de singe, de Marco Ferreri.


Soudain, le film devient un work-in-progress absurde qui justifie son titre (la "synecdoque" étant une figure stylistique qui prend la partie pour résumer le tout). Ici, le théâtre devient un lieu où il est possible de recréer le monde de manière subjective : c’est Caden qui tire les ficelles de ses mémoires, dirige ses comédiens et c’est pour cette raison que les personnages secondaires ressemblent à des écorces voire des fantômes proustiens. Dans ce jeu de miroirs, Kaufman en profite pour jeter un éclairage neuf sur la vieille idée selon laquelle l’exigence artistique va de pair avec la difficulté des relations sociales. Sans que l’on s’en rende compte, on passe d’une tonalité à une autre sur un terrain très glissant. Là où c’est encore plus déconcertant, c’est que la dernière partie du film accélère le processus de création vers l’abstraction expérimentale et accentue imperceptiblement le temps qui passe, avec toute l’amertume qui peut en découler : modification de l’environnement (sa femme et sa fille l’ont abandonné), transformations et maux du corps (menace de la maladie).
 

 

 

 

 

A l’arrivée, le récit s’étend sur cinquante ans avec des personnages interprétés par trois voire quatre acteurs différents. A moins d’y être préparé, l’exercice peut laisser perplexe. S’il échappe aux ornières théoriques, Synecdoche, New York prend le risque d’englober trop d’idées et d’intuitions pour son propre bien avec une tendance au symbolisme (les incendies chez la maîtresse) qui faisait déjà la faiblesse de Adaptation. Contrairement à ce qui se produisait avant lorsqu’il n’était que scénariste pour Spike Jonze et Michel Gondry, il exploite son système jusqu’à l’épuisement. Il lui manque surtout une identité visuelle (malgré la photo de Frederick Elmes, habitué de Lynch, Solondz et Jarmusch) et le regard externe d’un cinéaste aussi dingue que lui qui aurait pu rendre cet univers schizophrène moins hermétique. C’est un peu le serpent qui se mord la queue. Mais, dans ses meilleurs moments, le film recèle une poésie entropique et une radicalité anarchique, synonyme de suicide artistique, qui forcent le respect.

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Le verdict des internautes

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Les notes des internautes

  •  
    Scénario
  •  
    Réalisation
  •  
    Acteurs
  •  
    Musique

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