La critique d'Excessif

3/5
syrianacinefr L'HISTOIRE : Bennett Holiday est avocat d’affaires, chargé d’entériner une fusion qui fera de son groupe un des plus gros consortiums pétroliers du monde. En concluant l’affaire, il s’aperçoit que la compagnie est en relation directe avec le gouvernement qui tente de protéger les intérêts américains au Moyen-orient. Ceux-ci sont d’ailleurs directement menacés par le prince Nasir prétendant à la succession d’une pétromonarchie d’importance. Bob Barnes, agent de la CIA, est alors renvoyé sur le théâtre d’opération pour assassiner le jeune prince.
Encensé par les critiques et récompensé par un oscar pour Traffic, le scénariste Stephen Gaghan nous propose avec Syriana son second film en tant que réalisateur. Adapté du livre de Robert Baer La chute de la CIA, Syriana ambitionne au travers d’une galerie de personnages d’éclaircir les causes et conséquences des politiques pétrolières occidentales, loin des codes du brûlot agressif mais avec une louable volonté d’investigation.



SYRIANA
Un film de Stephen Gaghan
Avec George Clooney, Matt Damon, Jeffrey Wright, Chris Cooper, William Hurt, Amanda Peet
Durée : 2h08min
Sortie cinéma : 22 février 2006
Bennett Holiday est avocat d’affaires, chargé d’entériner une fusion qui fera de son groupe un des plus gros consortiums pétroliers du monde. En concluant l’affaire, il s’aperçoit que la compagnie est en relation directe avec le gouvernement qui tente de protéger les intérêts américains au Moyen-orient. Ceux-ci sont d’ailleurs directement menacés par le prince Nasir prétendant à la succession d’une pétromonarchie d’importance. Bob Barnes, agent de la CIA, est alors renvoyé sur le théâtre d’opération pour assassiner le jeune prince.



L’Hollywood actuel n’en finit plus de faire de la politique. Après les moulinets provocateurs de Michael Moore, ou les piques savamment distribuées par George Clooney dans Good Night, and Good Luck, c’est au tour de Stephen Gaghan, déjà bien au fait de la manœuvre, de s’attaquer de front à un des fondements de nos sociétés modernes : l’énergie. Le sujet est vaste et c’est justement par l’élaboration à outrance des situations et des enjeux que Stephen Gaghan construit son film. Une ambition dévorante qu’on avait déjà pu remarquer dans le scénario de Traffic et qu’ici le jeune réalisateur ne fait que confirmer. La sauce est la même : une myriade de personnages aux horizons différents (un agent secret, de puissants pétroliers, un expert en énergie, un émir, un jeune pakistanais) qui par leurs actions, leurs évolutions et leurs interactions feront avancer l’histoire et éclairciront les thèses du film. Une structure massive qui demanda aux réalisateurs de nombreux mois de préparation avant de débuter les premières ébauches du script. Ainsi construit sur un assemblement de facettes multiples, chaque personnage possède un impact détonnant à l’écran. Pas de second rôle mais une multitude de premiers qui tous possèdent une des clés de l’énigme. Le casting suit bien évidemment la même logique. Sur un projet aussi complet Stephen Gaghan aura su s’entourer des meilleurs ; mention spéciale à l’excellente prestation de Jeffrey Wright et bien sûr George Clooney qui vient de remporter un Golden globe pour son interprétation.




Dans Syriana, chaque personnage est une entité d’éclaircissement et possède sa fonction propre dont la finalité ne sera révélée qu’après immixtion avec les autres. Un habile jeu de vases communiquant, qui permet au film de se livrer pas à pas et de garder le suspens intact. Syriana est ainsi construit comme un cercle vicieux implacable, les décisions politiques sont influencées par les besoins pétroliers (personnage de Tim Blake), les marchands d’hydrocarbures sont de mèche avec les gouvernements (Jeffrey Wright et Chris Cooper) et ces derniers usent d’agents secrets sur le terrain pour pénétrer agressivement les marchés (George Clooney) en influant sur le sort des puissants locaux (Alexander Siddig). La résonance des décisions est visible dans le malheur des populations moyen-orientales qui ne touchent que très partiellement les dividendes de la manne pétrolière, et qui trouvent refuge dans la haine et le terrorisme qui frappent les pays occidentaux. Stephen Gaghan s’emploie donc à exposer les réalités complexes d’un monde construit sur des paradoxes. Un stupide serpent qui se mord inlassablement la queue, que le réalisateur regarde non pas avec le cynisme narquois d’Andrew Niccol sur Lord of War, mais d’un œil pessimiste qui laisse la douloureuse impression d’avoir touché à la vérité ou du moins à ce qui semblait le plus s’en approcher. Un film qui donne à réfléchir sur la géopolitique actuelle : c’est rare de nos jours donc précieux.



En évitant l’écueil périlleux après avoir montré du doigt les méchants pétroliers d'encenser les gentils pauvres qui souffrent, Stephen Gaghan choisit l’intelligente option de ne montrer que des humains. Empêtrés dans leurs doutes ou confortés dans leurs stupides certitudes, manipulés ou manipulateurs, versatiles et surtout aveugles à moyen et long termes à propos des répercussions de leurs décisions. Ainsi l’avarice de l’homme d’affaires ne trouve écho que dans la décision destructrice du jeune pakistanais de s’engager dans la voie sanglante du terrorisme. Pas de victime mais seulement des responsables c’est la triste réalité que le réalisateur nous invite à partager. Le manichéisme facile n’aura pas droit de citer et c’est tant mieux, seule ici prévaut la dure loi de l’intérêt qui est finalement la seule que l’homme comprenne.



La réalisation est notablement influencée par la collaboration de Gaghan avec Steven Soderbergh et fait de suite penser à Traffic notamment par la profusion de focales longues et une esthétique générale poussée. Stephen Gaghan n’a vraisemblablement pas encore trouvé ses marques en tant que metteur en images, imputant à la singularité du scénario des séquences trop influencées.

Néanmoins, le réalisateur, qui n’en est qu’à son second film après Abandon, réussit ici un essai concluant sur un véritable terrain miné. Syriana est un film documenté, une sorte d’enquête menée aux portes de la fiction avec un souci du détail et un perfectionnisme qui ne peuvent qu’être salués, même si le film souffre d’être trop éparpillé, parfois même illisible. Péché de jeunesse d’un ambitieux qui veut tout dire et tout expliquer en 2 heures de pellicules. Difficile à suivre, parfois même laborieux, Syriana n’en reste pas moins passionnant pour ceux qui s’intéressent aux grandes questions politiques de notre temps, ou plus simplement ceux qui aiment quand le cinéma informe.

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