Paris, cité aux milles lumières et une des plus belles villes du monde. C’est sans doute cette image qui proémine dans l’esprit des touristes venant visiter la capitale, entre fromages, tour Eiffel, champagne et nouvelles collections de grand couturiers. Mais là ou luxe et richesse foisonnent, se développent la misère et les trafics les plus innommables, comme le savent bien les mercenaires paranos américains. Et ce n’est pas Luc Besson qui va leur donner tort.
TAKEN
Un film de Pierre Morel
Avec Liam Neeson, Maggie Grace, Famke Janssen, Katie Cassidy, Olivier Rabourdin
Date de Sortie : 27 Février 2008Ancien mercenaire au service des forces armées américaines, Bryan a raccroché afin de pouvoir enfin se rapprocher de sa fille Kim, la mère de cette dernière s’étant remariée avec un riche industriel. Consciencieux à la limite de la paranoïa, Bryan ne laisse généralement rien au hasard mais cède au chantage sentimental et accepte à contre cœur de laisser partir sa progéniture en Europe. Manque de chance, à peine une heure après l’atterrissage, Kim et son amie Amanda sont kidnappées par de mystérieux agresseurs, Bryan assistant à la scène par téléphone interposé. Fort de son expérience, il mettra à profit les maigres informations recueillies pour mettre la capitale française sans dessus dessous avant que sa chair et son sang ne devienne plus qu’un lointain souvenir.
Après avoir servi de directeur photo sur des oeuvres aussi variées que
Taxi 2, Le Transporteur 1 & 2,
Before Sunset ou encore le
Dreamers de Bertolucci, Pierre Morel, déjà réalisateur d’un
Banlieue 13 à l’action fauve, mais au scénario bien symptomatique des productions Europa Corp, revient ici avec un second long métrage qui, au vu de ses origines, faisait craindre le pire. Encore une fois produit et scénarisé par Luc Besson, Taken (rien à voir ni avec la série de Spielberg, ni avec le jeu vidéo de Sony dont il ne partage que la phonétique) avait tout pour aller se loger au coté des Taxis et autres Baiser mortel du dragon. Mais surprise, au delà de quelques travers scénaristiques oubliables, le film se révèle jouissif à bien des égards. Premier point fort de l’entreprise, ceui-ci se dote d’un solide casting américain composé de têtes aussi connues que respectables : On retrouve ainsi Liam Neeson (La Liste de Schindler, Batman Begin, Star Wars episode 1) dans le rôle du mercenaire inébranlable, Famke Jansen (Golden Eye, la série des X-Men) servant ici de mère fragile sous des atours blasés ou encore Leland Orser (Alien Resurrection, Se7en) en soutient logistique, tous trois étant accompagnés d’une longue liste d’acteurs de séries à la mode tels que Maggie Grace (autrement plus belle que dans Lost), Katie Cassidy (actuellement dans Supernatural), Holly Valance (Prison Break) ou encore Xander Berkeley, bien loin en beau-père friqué de son rôle dans les premières saisons de 24 heures chrono.
Co-écrit par Luc Besson et Robert Mark Kamen (
Karate kid,
Bandidas,
Danny the Dog), le film ne fait, lui, pas dans la dentelle alors que la majorité des protagonistes rencontrés par Bryan, menant son enquête dans les quartiers de Paris les plus divers (Clichy, les beaux quartiers), s’imposent comme autant d’obstacles à torturer ou dézinguer. Qu’il s’agisse de l’administration française (tous pourris) ou des personnages d’origine étrangères (les immigrants des pays de l’est sont soit des prostituées, soit des mafieux, quand aux arabes, ils font eux aussi dans le trafic de femme blanche à grand coups de pétrodollars), tout le monde en prend pour son grade sans distinction et le métrage prend parfois les atours d’une B des années 80, avec une logique toute américaine : le héros principal fier de son appartenance au pays de l’oncle Sam, considère à juste titre tout autre pays comme un potentiel lieu de crime et traverse le métrage en laissant derrière lui une trainée de cadavres pour lesquels personne ne viendra lui demander de comptes. Mais c’est justement grâce à ce parti pris que le métrage décolle sous nos yeux, proposant un spectacle de tous les instants dés que les bases sont lancées.
Filmé avec un sérieux inébranlable, magnifiquement photographié (de sublimes plans de nuits) et doté d’un script jusqu’auboutiste des plus énergiques, Taken enchaine alors avec une constance qui force le respect, nombre de séquences d’action brutes de décoffrage aussi nombreuses que variées, taquinant la Trilogie Bourne dans leur traitement (principalement les épisodes tournés pas Paul Greengrass), et mâtinés d’un soupçon de morale nihiliste à la Snake Plisken (le personnage de Liam Neeson ne cherchera à sauver ou épargner personne qui ne lui soit utile). On passe ainsi du combat à main nues abrupte (du CQC direct et violent) aux fusillades sans prisonniers et autres courses poursuites effrénées et destructrices des plus jouissives en pleine capitale, certaines séquences étant par ailleurs empreintes d’une ambiance morbide et désespérée (dont une vente d’esclaves saisissante) qui était déjà palpable en filigrane dans le Baiser mortel du dragon, la musique tonitruante en moins.
Rappelant par instants les meilleurs polars des années 70, Taken est une véritable surprise et permet de confirmer le talent de son réalisateur pour les scènes d’action crues plongeant son spectateur en apnée et les ambiances pesantes et électriques. S’éloignant sensiblement des productions habituelles d’Europa Corp., ces dernières ayant généralement les atours d’un grand huit joyeusement festif et hautement racoleur, cette course haletante foncièrement adulte en forme de polar frontal pourrait d’ailleurs, malgré quelques atours douteux qui ne manqueront pas de titiller la fibre libérale de certains, bien faire fureur outre atlantique tant elle n’a rien à envier aux productions locales. Et le réalisateur de s’offrir sans aucun doute un ticket bien mérité vers le tout Hollywood. On attend le prochain avec impatience.
Note : 7/10