L'HISTOIRE : Une petite île au large de la Sicile, à proximité de l'Afrique.
Filippo, sa mère et son grand-père, n'arrivent plus à vivre de l'activité traditionnelle de la pêche. L'été arrivant, ils décident de louer leur maison aux touristes, qui arrivent de plus en plus nombreux chaque année. Jusqu'au jour où Filippo et son grand-père sauvent des eaux un groupe de clandestins africains malgré l'interdiction des autorités locales.
Les familles de pêcheurs, jeunes et anciens, se confrontent alors sur l'attitude à tenir : faut-il les dénoncer aux autorités pour la quiétude des touristes ou respecter les valeurs morales de solidarité héritées du travail de la mer ?
Une fable qui respire le cinéma et la liberté.
Terraferma, c'est avant tout le plaisir de retrouver l'île de Lampedusa, petit bout de paradis sur laquel Valeria Golino nous avait envoûtés il y a neuf ans avec Respiro. Les plus cinéphiles reconnaîtront d'ailleurs Filippo Pucillo, acteur malgré lui et qui a aujourd'hui vingt ans. Emanuele Crialese a donc décidé de revenir en terre connue pour parler de son pays à travers un film qui respire le cinéma et la liberté.
Entre les immigrés africains et l'arrivée des touristes des grandes métropoles, Terraferma est un jeu de décalage et de constraste. Il oppose deux styles de vie (les pêcheurs luttant pour leur survie et les vacanciers en mode détente), confronte deux peuples et délimite les frontières entre deux générations. Au final, tous sont empêtrés dans les mêmes fêlures humaines et les choix cornéliens. Le long-métrage est autant un constat d'échec qu'un message d'espoir. En une décennie, le réalisateur fait le point sur le temps qui a passé et sur la transformation de l'île. Le vent balaie toujours les paysages désertiques mais le goût du sable n'est plus le même. Le cinéaste n'évite pas tout le temps les clichés mais ses acteurs sonnent juste (mention spéciale à la sublime Donatella Finocchiaro) et la maîtrise visuelle du cinéaste reste imparable.
Avec la même exigence formelle, Emanuele Crialese retrouve ce qui a fait la réussite esthétique de Respiro et Golden Door. Traversé par des élans contemplatifs et des ellipses sous-marines élégiaques, Terraferma est un nouvel hymne à la liberté, à l'ailleurs et à l'océan. Si les immigrés africains veulent toucher la terre ferme, le film n'est jamais aussi beau que lorsque le cinéaste filme les personnages pris par des vagues mélancoliques ou meurtris par l'écume de la nostalgie. Jusqu'à preuve du contraire, ce n'est pas l'homme qui prend la mer, c'est la mer qui prend l'homme.
Par NS
Le dernier film d'Emanuele Crialese, Terraferma, sera projeté en avant-première à Paris le 16 février prochain, soit un mois avant sa sortie.