S'il fallait décerner un prix au réalisateur le plus courageux du moment, Simon West remporterait assurément la palme. D'une part parce qu'en bon poulain de l'écurie Bruckheimer - le garçon nous avait offert un délirant
Ailes de l'enfer avec les qualités de son cousin germain Bay mais sans ses défauts – il préfère bon gré mal gré se retourner vers quelque chose de moins tape à l'œil, mais surtout parce qu'il touche à une pièce maîtresse du thriller. Il y a désormais presque 30 ans,
When a Stranger Calls posait les premières bases du slasher pervers, fieffé titilleur des peurs primaires chez des victimes toujours plus angoissées par l'éventuelle attaque d'un dangereux adepte du canular. Fascinant car original, le concept s'est depuis étiré à toutes les sauces, chez
Scream en particulier comme dans tous ses ersatz et autres parodies, à l'instar de ses répliques phares (dont une spoliant purement et simplement le dénouement de l'intrigue) que l'on aime à répéter une lampe torche braquée sous le menton pour jouer à se faire peur entre copains. Faire le remake d'un classique ne surprend plus en soi, on est suffisamment servi, mais l'audace de repasser par la case ultra minimaliste à une époque où les scénaristes cherchent toujours l'intrigue la plus biscornue possible, frise le respect. En tous cas la sympathie.
TERREUR SUR LA LIGNEDe : Simon West
Avec : Camilla Belle, Brian Geraghty, Katie Cassidy, Clark Gregg
Durée : 1h30 environ
Sortie le 5 juillet 2006
Trop dure la vie de Jill ! Pour rembourser son énorme dépassement de forfait - parce que collée près de 800 minutes à son Sagem pour engueuler son chéri qui embrasse sa meilleure amie en cachette – la jeune fille va devoir faire la baby-sitter un soir de fête. Soirée tranquille en perspective dans une grande maison de verre avec téléphones sans fils en pagaille, si ce n'est que le détraqué local a décidé de donner les foies à la jeune fille en lui susurrant quelques halètements dans le creux de l'oreille. Et si le bougre était près de la maison ?Aussi épais qu'une feuille d'OCB, le script de
Terreur sur la ligne ne pourra pas se vanter de bénéficier d'un travail d'écriture approfondi, mais Simon West et Camilla Belle (respectivement derrière et devant la caméra) se décarcassent comme rarement pour faire du film autre chose qu'un sous
Scream. Incontournable comparaison pourtant puisque au-delà du "
Tu es seule dans la maison ?", "
Je vais te tuer !" et autres "
Attends, j'te rappelle…" (comprenne qui voudra), l'aventure bimboèsque de cette lointaine cousine brune de Kim Bauer sent nécessairement le réchauffé puisqu'elle s'impose même comme la première cuisson d'un style qui surprend de moins en moins. Tout y est : l'ado jouée par une fille de 5 ans plus vieille, la copine pimbêche, le téléphone qui marche mal, les fusibles qui sautent… Autant de clichés aussi exaspérants que prévisibles dont l'étonnante simplicité finira même par surprendre.

Il a beau être tout aussi difficile de disserter sur le film, que pour ses créateurs de lui donner vie, puisque rien ou presque n'impose un relief quelconque dans l'ensemble. C'est donc l'audace générale qui prédomine ici. Si West se donne un mal de chien pour élever l'univers visuel à grands coups de décors et photographie soignés, il conserve toute l'épuration du scénario sans jamais chercher à la renouveler ou lui infliger un effet de mode quelconque. On a certes parfois l'impression d'être devant un film de paresseux, puisque réglé comme du papier à musique, sans coup de théâtre ni surprise, mais on a surtout l'impression d'avoir fait un bond de quelques 30 ans en arrière. Et quelques tics MTVièsques en plus.
Reste tout de même à savoir si, oui ou non, il faut débourser un ticket de cinéma pour redécouvrir ce qu'on appelle communément une légende urbaine que l'on a tous entendu au moins une fois. Et qui plus est dénaturée par un montage qui s'égare parfois en longueur – parce que une heure et demi sur un simple coup de fil, c'est pas évident – comme en vulgaires jump-cuts (imbuvable générique de départ) qui cherchent parfois vainement le sursaut. On serait presque tenté de dire non, parce que sans surprise, ni nostalgie. Mais pourtant, en bon produit vidéo qu'il est,
Terreur sur la ligne demeure un chouette film d'été pour les dernières programmations de samedi soir, propre à amuser les joyeux drilles amateurs de burlesque, et connaisseurs de ce genre si particulier.

Parce qu'il pète parfois un câble en laissant mistigri déplumer sauvagement le piaf familial, parce que ses enfants jouent littéralement comme des pieds jusqu'à nous en faire éclater la rate – en plus d'être trop petits pour atteindre le verrou – parce qu'il nourrit un suspens déjà maigre pourri par sa propre bande-annonce, mais surtout parce qu'il nous laisse pantois de minimalisme,
est assurément le film qui parvient à confondre consternation et fascination sans vraiment choisir son rang. S'il avait joué à fond la carte de l'ambiance 70's, West aurait assurément décroché le jackpot, mais il ne se contente que d'amuser en jouant avec des clichés indéfectiblement installés dans leurs carcans. Après tout, certaines règles sont faites pour être respectées.