Expérience cinématographique originale pétrie de bonne intentions,
Tête d’or est un OFNI dans le cinéma français. Le concept est unique, il s’agit de faire jouer aux détenus de la prison de Ploemeur le texte de
Tête d’Or de Paul Claudel. Accompagnés de la comédienne Béatrtice Dalle, ces acteurs amateurs tentent tant bien que mal de déclamer une poésie subtile et délicate difficilement énonçable sans une véritable expérience du métier... Le film en lui-même joue sur deux tableaux et perd trop facilement son spectateur déjà déconcerté par ce pari ambitieux mais très (trop ?) risqué.
TETE D’ORUn film de Gilles Blanchard
Avec Béatrice Dalle, Guenaël, Guillaume, Denis
Durée : 1h36
Date de sortie : 07 novembre 2007Simon Agnel, jeune idéaliste, rentre au pays après avoir parcouru le monde en vain. Il y retrouve Cébès qui lui déclare sa foi en l'homme fort qu'il est devenu. Simon réalise alors qu'il n'y a d'issue que d'explorer sans limites cette force en lui. Régicide, il devient Tête d'Or en conquérant le trône, impose un pouvoir absolu et meurt en voulant conquérir le monde...Il est important de défendre une oeuvre comme
Tête d’or car le modèle carcéral français est aujourd’hui un univers emmuré, quasiment hermétique à toute communication avec le monde extérieur. Les prisons sont surchargées et peu de révolutions viennent actuellement améliorer la vie des détenus. Dans une profonde volonté de démocratisation de la culture (et le terme n’est pas galvaudé), le film
Tête d’or est né. L’intention est louable, le principe particulièrement ingénieux et les moyens mis en oeuvre mesurés... Le résultat, cependant, peine à convaincre. En effet, si Béatrice Dalle s’en sort avec les honneurs en récitant sans failles un texte complexe et semble à l’aise dans les couloirs du centre pénitencier, les comédiens détenus manquent cruellement d’entraînement et peinent à offrir à Claudel toute la dimension pyschologique qu’il méritait.
Dans une autre mesure, nous noterons avec décéption que Gilles Blanchard n’ait pu choisir entre la fiction et le documentaire. Il est regrettable d’assiter à un étrange mélange entre des séquences de théatre filmé et d’images de making-of. Le spectateur étant dès le départ troublé par une interprétation quelque peu bancale, il est d’autant plus difficile de se plonger dans l’histoire de
Tête d’or lorsque celle-ci est entrecoupée de scènes de répétitions et de lectures avec les détenus. Il est donc malheureux de devoir regarder les bonus du film avant qu’il ne soit terminé.
Diction maladroite, jeu d’acteur peu maîtrisé et construction malhabile ternissent donc ce long-métrage qui aurait certainement mérité une maturation lui permettant de dépasser le simple stade de film conceptuel. Difficile d’éprouver une émotion devant un film qui montre ses propres coulisses. Si le cadre tend à dramatiser le récit,
Tête d’or ne décolle jamais et reste une bonne idée n’ayant pas eu le temps de se développer. On attend avec impatience un projet de plus grande envergure avec les mêmes ambitions...
Kevin DutotRetrouvez la galerie photos page suivante...