La critique d'Excessif

3/5
Affiche du film Tête de turc L'HISTOIRE :

Bora a 14 ans, il vit dans une cité avec sa mère et son petit frère. C'est lui qui a jeté un cocktail « molotov » sur la voiture d'un médecin urgentiste maintenant plongé dans le coma, et personne ne le sait. C'est lui aussi qui a tiré le médecin hors de sa voiture quand elle prenait feu et la ville veut lui remettre une médaille. Autour de lui, tournent les destins d'un flic obsédé par son enquête, d'une mère qui se bat pour l'avenir de ses enfants, d'un homme entre la vie et la mort après le décès de sa femme.

Un premier film bien mené, réaliste et foisonnant, avec un casting impressionnant

Jusqu'à présent, Pascal Elbé officiait surtout devant la caméra ou bien en amont du tournage, comme scénariste. S'il avait laissé la réalisation de Père et Fils, Mauvaise Foi et 3 Amis à Michel Boujenah et Roschdy Zem, c'est pour une histoire bien plus sombre qu'il prend la caméra. Le coup d'essai est très honorable puisqu'Elbé propose un thriller très bien ficelé incarné par des gueules du cinéma francophone.
 
Refuser le cliché
C'est le compositeur des Choristes, Bruno Coulais, qui a mis en musique ce thriller en banlieue. Certes, Bruno Coulais est aussi le compositeur d'Agathe Cléry, Coraline et Lucky Luke. Mais l'idée est qu'on peut filmer des cités sans mettre du rap en fond musical. Pascal Elbé a choisi d'avant tout s'éloigner de caricatures sans intérêt, il a notamment fait relire son scénario par le patron de la Brigade Criminelle pour éviter les erreurs après s'être renseigné sur place et auprès d'intervenants. La crédibilité de son univers est un préalable à la force de son histoire qui lie des destinées dans la violence d'un geste adolescent guidé par une pseudo logique de bande décérébrée. Pascal Elbé n'orchestre pas une tragédie mais il parvient à mettre en scène un engrenage, une pesanteur sensible dès les premières scènes. Dans cette cité, l'assistance publique ne vient plus parce que les tours font dix étages et que quand l'ascenseur est en panne, ce sont dix étages à pied. Un homme appelle désespérément le médecin urgentiste qui pourrait sauver sa femme mais qui n'arrivera jamais, attaqué par une bande de jeunes pleins de rage. L'homme voit sa femme mourir sous ses yeux, impuissant. Son idée fixe sera désormais de retrouver le médecin, pour qu'il s'explique, pour qu'il se venge. Les décisions pèsent, les douleurs aussi, Pascal Elbé construit un monde conséquent et c'est toute sa force.

 

Tête de turc de Pascal Elbé

 
Cinéma de gueule
Tête de Turc n'est pas exempt de défauts. Le montage qui adopte la violence du propos fatigue parfois par son aspect maniéré et systématiquement rapide. Et on regrette que le personnage de veuf meurtri de Simon Abkarian apparaisse surtout en définitive comme un artifice scénaristique. Bien peu pour un tel acteur. Cependant, ce qui fait partie des gros atouts du film, c'est que Pascal Elbé a choisi dans des rôles secondaires des acteurs impressionnants. Evidemment, Ronit Elkabetz (Mon Trésor, Prendre Femme...) est magnifique en mère courage, ayant avant tout à cœur l'intérêt de ses fils. Florence Thomassin est une autre mère, désespérée, découragée pour son propre fils emprisonné. Le jeune Samir Makhlouf, qui incarne le héros, trouve une parfaite sobriété dans son malaise. Bref, Tête de Turc construit aussi son âme avec ces gueules de cinéma, avec ces acteurs brillants que Pascal Elbé filme avec un véritable amour et du respect pour ses personnages. Une des principales références du réalisateur est James Gray, et si on ne comparerait pas évidemment son film au superbe La Nuit nous appartient, il est remarquable qu'Elbé ne subisse pas ses maîtres comme des modèles trop grands pour lui mais plutôt comme une partie de son univers.
 
Pour ce premier long-métrage à la réalisation, Pascal Elbé ne peut sans doute pas avoir l'audace ni la maîtrise de ses maîtres avoués, Scorsese ou Gray. Mais en laissant cela de côté, il faut saluer un thriller très bien mené, au casting superbe et qui a au moins en commun avec les grands de soulever beaucoup de sujets parallèles comme les liens familiaux, la culpabilité et la trahison. C'est finalement en ancrant son intrigue en banlieue que Pascal Elbé a pu pointer de telles thématiques et en faire des sujets sensibles.

 

 

Lucie PEDROLA
 

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Le verdict des internautes

Total des votes : 30

Les notes des internautes

  •  
    Scénario
  •  
    Réalisation
  •  
    Acteurs
  •  
    Musique

Les meilleures critiques

nany89 01/03/2010 à 23h31
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