Présenté au Festival du Film Américain de Deauville 2005,
The Ballad of Jack and Rose est le troisième long métrage de Rebecca Miller, fille du dramaturge Arthur Miller. Après
Angela et
Personal Velocity, la réalisatrice explore cette fois la relation trouble qui unit un père et sa fille à travers une histoire à la fois fascinante et profondément dérangeante.
THE BALLAD OF JACK AND ROSEUn film de Rebecca Miller
Avec Daniel Day-Lewis, Camilla Belle, Catherine Keener, Ryan MacDonald, Jena Malone
Durée : 1h42
Sortie le 15 février 2006
Jack (Daniel Day-Lewis) et sa fille de 16 ans, Rose (Camille Belle), vivent sur une île abandonnée, isolés du monde, et entretiennent une relation trouble. Atteint d'une grave maladie, Jack s'inquiète cependant pour l'avenir de sa fille et craint qu'elle ne veuille le suivre dans la mort. En désespoir de cause, il décide d'inviter sa petite amie Kathleen (Catherine Keener) à venir vivre dans sa maison avec ses deux fils. Mais Rose se sent trahie…Les premières scènes de
The Ballad of Jack and Rose nous projettent dans un décor champêtre qui pourraient tout aussi bien appartenir à un autre siècle. Nous sommes en réalité près de la côte Est des Etats-Unis, au vingt-et-unième siècle. Autre élément de surprise, la communion intérieure que semblent partager les deux personnages principaux du film, un père et sa fille adolescente, comme si le temps n'avait pas de prise sur eux, comme si rien n'avait le pouvoir de briser leur intimité. Ancien Hippie, Jack a choisi d'élever Rose en complète autarcie, à l'écart de la civilisation moderne qu'il juge pernicieuse. Il avait cependant oublié un détail : Rose n'allait pas rester enfant toute sa vie. Sans jamais suggérer de jugement ni sur le style de vie de ses personnages ni sur leur relation,
The Ballad of Jack and Rose nous invite à découvrir comment ce père possessif, peut-être trop aimant, va voir ses convictions mises à mal par la brusque prise de conscience du besoin d’émancipation de sa fille. Si le rythme lent du film et la mise en scène sans esbroufe de Rebecca Miller pourront paraître arides au premier abord, la réalisatrice entretient avec ses personnages une intimité brute, porteuse d'une réelle force émotionnelle. Chaque plan transpire les doutes et les dilemmes qui rongent cet homme et cette adolescente portés par un sentiment d'urgence, celui que suscite l'annonce d'une mort prochaine. Le film dresse aussi le portrait bouleversant d'une adolescente à la fois pure et inquiétante, tourmentée par des sentiments absolus, une jeune fille dont les pulsions parfois meurtrières semblent en réalité suscitées par un instinct de survie proche de celui d'un animal qui se sent menacé par des éléments dont il ignore tout.

Véritable révélation du film, Camilla Belle incarne Rose avec une étonnante sincérité, dans ses moments d'innocence comme dans ses poussées de perversion.
The Ballad of Jack and Rose est aussi l'occasion de retrouver le trop rare Daniel Day-Lewis, que l'on n'avait pas vu depuis
Gangs of New York et qui nous livre ici une prestation magistrale, stupéfiante d'intensité et de sensibilité.
Dérangeant, malsain, émouvant,
The Ballad of Jack and Rose est une oeuvre psychologiquement éprouvante, impressionnante par la fascination qu'elle exerce et par l'émotion diffuse mais puissante qu'elle dégage.