Primé au festival de Cannes 2001 pour sa mise en scène (ex-aequo avec
Mullholand Drive de David Lynch),
The Barber des frères Coen sort enfin en salles. Après deux films situés dans un esprit très bande dessiné (
The Big Lebowski et
O’Brother), ils reviennent au genre qui a fait leur renommé : le polar, et qui plus est en noir et blanc.
THE BARBER : L'HOMME QUI N'ETAIT PAS LAAnnée : 2001
Réalisateur : Joel Coen
Acteurs : Billy Bob Thornton, Frances McDormand, James Gandolfini, Michael Badalucco, Adam Alexi-Malle, Katherine Borowitz
Durée : 1 h 56
Sortie : 7 Novembre 2001
Ed Crane est coiffeur. Il rase, il coiffe, il rase, il coiffe, … et à défaut de vivre la sienne, il écoute ses clients raconter leur tout aussi inintéressante vie. Soupçonnant sa femme de le faire cocu, il met en place un petit chantage dont les conséquences vont très vite le dépasser…La première chose qui interpelle, c’est le titre,
L’homme qui n’était pas là. Pourquoi un tel titre ? Pour la simple et bonne raison que oui, le héros « n’est pas là ». Ed Crane, qui à sa conversation fait figure de personnage directement sorti d’un film muet, met en place silencieusement sa petite combine pour se faire de l’argent, pour pouvoir enfin faire bouger sa vie. Pour la première fois, Ed fait enfin quelque chose dans sa vie pourrait-on dire. Et c’est cette vie là et tout ses personnages qui l’entourent qui vont tout à coup s’effondrer comme un château de carte ; d’un simple souffle.
Et c’est d’ailleurs là que l’humour très noir des frères Coen explose à l’écran : chaque personnage va accuser n’importe qui ou n’importe quoi, mais sûrement pas Ed. Non, lui, il est trop insignifiant. Il n’est vraiment pas là aux yeux des autres. Il est du genre qui pourrait presque tuer quelqu’un dans la rue devant une foule complète, et personne ne penserait à l’accuser. Dingue non ? Ed reste ainsi constamment… spectateur impuissant et pourtant responsable…
C’est principalement en cela que les frères Coen font mouche : qui n’a jamais eu un jour cette sensation de faire un truc qui change tout sans que personne ne s’en rende compte… qui n’a jamais eu un jour cette impression de « ne pas être là » aux yeux des autres ?!
C’est heureusement ce qui fait que le spectateur de
The Barber s’identifiera au personnage d’Ed Crane, pourtant à priori antipathique.
On pourra reprocher aux frères Coen de faire un peu trop traîner l’histoire par moments, mais c’est bien pour montrer à quel point Ed se laisse aller dans la vie, pour mieux souligner le contraste entre les moments où il ferme sa gueule et ceux où il bouge un doigt (et donc où tout fout le camp).
Le scénario en apparence léger, s’avère très intelligent et beaucoup plus psychologique qu’il peut le laisser croire. On saluera une fois n’est pas coutume la superbe mise en scène, splendide hommage aux films noirs des années 40 (sans transcender le genre) et constamment mise en valeur par une bande-son de premier choix (piano). Quant aux acteurs, ils sont, comme toujours chez les Coen, plus vrais que natures (Billy Bob Thornton méconnaissable, Frances McDormand qui peut paraître sous-employée mais qui tient néanmoins son rôle en sachant nous convaincre, James Gandolfini surprenant, et l’extraordinaire Tony Shaloub).
The Barber est un film aux deux visages : directement attrayant au travers d’une mise en scène virtuose et assez hermétique au regard de ses personnages et principalement de son héros. Pourtant, à tête reposée, il n’est pas sûr que le charme du film ne finisse pas par provenir justement de ces étranges personnages, aux comportements et aux destins totalement décalés par rapport à ce que le cinéma actuel nous offre. Finalement, c’est bien ici que l’on retrouve la touche des Coen dans leur volonté presque maladive de constamment vouloir transcender le genre dans lequel ils opèrent.