La critique d'Excessif

4/5
the_box_kelly_vign23 L'HISTOIRE :

Une femme et son époux découvrent une mystérieuse boîte déposée un matin devant leur domicile par un homme énigmatique. Ce dernier révèle qu'en appuyant sur le bouton rouge de la boîte, ils recevront un million de dollars mais que cela entraînera la mort d'un inconnu dans le monde. En plein dilemme, le couple préfère dans un premier temps ne pas avoir recours au pouvoir de la boîte. Mais pour un temps seulement...

Une réussite totale.
Richard Kelly avait besoin de se racheter une conduite après l’échec de Southland Tales, bulle pop qui prenait le pouls d’une époque paranoïaque entre politique bling-bling et porno chic. L’intrigue était construite à la manière dont sont décryptés les grands complots – ce qui prend en général plusieurs années pour les résoudre – et fourmillait de détails, d’enjeux, de promesses et d’intuitions, à tel point qu’elle pouvait facilement devenir absconse et décourager ceux qui voulaient tenter l’expérience. Le cinéaste revient avec The Box, présenté comme un film de commande, où il développe une nouvelle écrite par Richard Matheson. Une femme et son époux découvrent une mystérieuse boîte déposée un matin devant leur domicile par un homme énigmatique. Ce dernier révèle qu’en appuyant sur le bouton rouge de la boîte, ils recevront un million de dollars mais que cela entraînera la mort d’un inconnu. En réduisant la densité narrative, en évitant l'esbroufe et en se concentrant sur un cas de conscience, Richard Kelly revient vers un cinéma à l'ancienne : beau, complexe et compréhensible par tous.


Dans Donnie Darko et Southland Tales qui s’intéressaient à une peur adolescente (la fin du monde), Richard Kelly auscultait les mystères de l'existence à travers des personnages qui avaient en eux une part mythologique sans nécessairement la soupçonner. Donnie Darko (Jake Gyllenhaal) était un super-héros et Jericho Cane (The Rock) arborait les stigmates du Christ. Ils avaient les moyens de modifier leur destin. Des accidents traumatiques étaient à l'origine de leur force et c'était précisément dans le malheur que l'action positive se réveillait. En dépit d’une tentative de science-fiction à la fois ésotérique et commerciale, The Box ne fait pas exception à la règle à travers un couple qui a la possibilité d’évoluer grâce à un événement extraordinaire. Une nouvelle fois, Kelly joue avec la perception du spectateur (s’agit-il du rêve, de la réalité ou du fantasme ?) comme dans un long épisode de La quatrième dimension. Il suffit d’avoir vu ses deux précédents longs métrages pour comprendre que la «faille temporelle» constitue une composante essentielle de son cinéma : Donnie Darko se déroule dans les années 80, Southland Tales dans un futur à l’imparfait et The Box dans les années 70. Ses films sont développés en fonction des sentiments qu'il éprouvait à ces différentes époques : le doute pour le premier, le cynisme pour le second et l’innocence pour le dernier.

Proche de La patte de singe, de W. W. Jacobs, la nouvelle de Richard Matheson s’avère trop courte pour nourrir un film de deux heures, d’autant qu’elle s’intéressait plus aux implications psychologiques qu’à la situation fantastique. La série La Cinquième Dimension (The New Twilight Zone) s’en était déjà inspirée pour un épisode réalisé par Peter Medak, avec Brad Davis et Mare Winningham. Richard Kelly, qui s’est chargé de l’adaptation, l’utilise comme point de départ pour plonger le couple dans les limbes en réunissant deux accidentés de la vie : la femme souffre d’une malformation physique et l’homme, sous-payé à la NASA, déploie des efforts surhumains pour la réparer et lui donner une apparence normale. Avec plus d’argent, ils pensent pouvoir élever leur enfant dans de meilleures conditions, quitter la ville et commencer une nouvelle vie. La boîte contient un cadeau empoisonné. Faisant un lien avec ses propres parents (son père a travaillé à la NASA), Kelly trouve presque des circonstances atténuantes à cette cupidité, tout en donnant à réfléchir sur le sentiment de culpabilité et la conséquence des actes: appuyer sur le bouton revient à donner la mort à une personne que l’on ne connaît pas. Toute la philosophie de Richard Kelly est contenue dans cette approche: chaque événement, bon ou mauvais, est un signe du destin qu'il faut savoir interpréter. La face claire correspond à l'amour et la face sombre, à la peur qui doit mettre à l'épreuve et donc tester tout ce qui est positif.



Cet univers est nourri de références cinématographiques qui tiennent autant du fantastique des années 70/80 (La Malédiction, de Richard Donner ; L'autre, de Robert Mulligan ; Shining, de Stanley Kubrick ; L'invasion des profanateurs de sépultures, de Don Siegel) que du film noir des années 50 (Kiss me deadly, de Robert Aldrich). Les influences littéraires viennent de Huis-clos de Jean-Paul Sartre, du Veston ensorcelé de Dino Buzzati et de Au cœur des ténèbres de Joseph Conrad où des anges guident chaque individu sur le seul chemin qui lui est destiné. Ce qui est intéressant, c’est de voir comment, au même titre que la pop-culture, Richard Kelly se les approprie. Comme toujours chez lui, les comédiens sont impeccablement dirigés. Cameron Diaz a la classe de Catriona MacColl dans L'au-delà et de Jessica Harper dans Suspiria. James Marsden véhicule la mélancolie, Frank Langella est suave comme le diable et Holmes Osborne sert de fil conducteur. Le travail sur les axes de caméra, le hors-champ, la musique et le son est ce qui tient lieu d'effets spéciaux. C'est là-dessus que Kelly compte en grande partie pour faire voyager le spectateur comme dans un vortex en distillant une atmosphère anxiogène de mort collective où chaque événement est un symptôme et chaque séquence, un nouvel accomplissement. Visuellement, il compose ses plans en cadrant au centre, de telle manière que la position du sujet par rapport à la caméra devient essentielle. Cette science ne donne plus lieu à des effets déjà vus dans Donnie Darko et Southland tales (le plan-séquence où un personnage introduit un univers inconnu) mais à une vraie montée de l’angoisse dans des scènes orchestrées avec une virtuosité étourdissante (l’anniversaire, l’accident de voiture, le mariage, la conclusion). Avec The Box, Richard Kelly relève prodigieusement la barre en rassurant ceux qui avaient été déçus par Southland Tales tout en confirmant aux autres tous les espoirs placés en lui depuis Donnie Darko.

 

Romain LE VERN

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Les notes des internautes

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    Scénario
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    Réalisation
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    Acteurs
  •  
    Musique

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skyliiine 22/11/2009 à 15h04
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