Attendu fébrilement par tous les fans de fantastique et d'imagesdérangeantes ayant déliré sur l'impressionnante bande-annonce qui circuledepuis six mois sur le net, The Cell nous propose de voyager àl'intérieur de l'esprit d'un sérial-killer. Une ballade de santé !
THE CELL
2000
Réalisation de : TarsemSingh
Acteurs : Jennifer Lopez, Vince Vaughn, Vincent D'Onofrio,Marianne Jean-Baptiste, Jake Weber, Dylan Baker
Durée :1h43
Sortie le : 18 octobre 2000
La pédo-psychiatre Catherine Deane (Jennifer Lopez) expérimente une nouvelle méthode thérapeutique destinée à soigner des patients ayant sombré dans le coma, qui lui permet de pénétrer directement dans leur inconscient et de trouver la cause du traumatisme. Le FBI lui demande d'utiliser son invention sur un sérial killer tombé dans le coma avant d'avoir pu révéler où il a caché sa dernière victime, laquelle n'a plus que 48 heures à vivre avant de périr noyée, piégée dans une machine infernale pré-programmée. Catherine va ainsi devoir se frayer un chemin dans l'inconscient du meurtrier, désormais totalement contrôlé par ses pires fantasmes...
The Cell remet au goût du jour le très classique problème de la poule et de l'oeuf.... Qui a précédé quoi ? Le concept d'exploration du subconscient d'un sérial-killer ou l'envie de mettre en scène des visions baroques et expressionnistes issues des classiques de la peinture torturée, Jerôme Boch et Francis Bacon en tête ? Le handicap majeur de TheCell est effectivement ce recours systématique à une imagerie grandioseet ultra-graphique qui n'est jamais justifiée par un sujet qu'il finit pardesservir.
Si le concept a bien précédé l'attachement du réalisateur de pubs et de clips Tarsem Singh au projet, alors il faut bien reconnaître que sontraitement est d'une grande pauvreté, au point qu'on se demande en quoi lerésultat final diffère de l'intention initiale du scénariste. On a du mal àcroire qu'un sujet aussi vaste et ambitieux que la matérialisation d'ununivers intérieur et surtout son interaction avec des intrus puisse ne serésumer qu'à ce très vain cortège d'images uniquement choisies en vertu deleurs qualités esthétiques, le spectateur se creusant souvent le ciboulotpour comprendre en quoi elles peuvent bien servir le propos du film. Pourtout dire, c'est davantage les obsessions du ''designer'' que nous explorons iciplutôt que celles d'un terrible tueur en série. Pour la visualisationvraiment crédible des angoisses intimes, on conseillera plutôt auxpossesseurs de PC de jouer au terrifiant Sanitarium qui manie àmerveille l'onirisme et la psychologie, dépaysement assuré !
Pour l'heure, on atteint ici rapidement des cîmes de manichéisme, les décors se partageant entre des bas-fonds dantesques et un jardin paradisiaque. Après ça, on est plus circomspect lorsque le réalisateur parle de son intérêt pour la psychanalyse en général et pour Freud en particulier. N'aurait-il pas plutôt séché les cours de psycho pour se remater Star Wars en boucle ?
Attardons-nous un instant sur le sens de cette histoire. En gros, lemédecin fait une radicale distinction entre le Moi innocent du tueur ensérie et la facette de sa personnalité qui le pousse au crime. Si c'esteffectivement le principe (schématique à l'extrême, alors !) de laschyzophrénie, il est impensable que le film ne creuse jamais le thèmede la culpabilité et de la complexe construction d'une personnalité aussitourmentée. Résultat : comme signalé plus haut, le même individu contient enlui à la fois Anakin Skywalker (un adorable bambin) et Dark Vador (unpotentat au look d'eunuque à paillette). En conséquence de cette lectureblanc/noir de l'inconscient qui tire un trait sur 100 ans de science del'esprit, la pédiatre revêt elle-même deux visages, en tout et pour tout : lamaman-câlin caricaturée en Vierge Marie, et la mère sévère qui punit, dôtéede la panoplie de Carrie-Ann Moss dans Matrix. C'est un peu léger!
Projet bâtard qui n'assume pas réellement ses propres ambitions, TheCell se résume à un collage hasardeux d'éléménts épars autour d'une idéepas si forte que ça. Il n'est donc pas surprenant qu'une dizaine de titresnous revienne en mémoire au fur et à mesure que l'action progresse: LeSilence des Agneaux et Dirty Harry pour la course contre lamontre, Face Off pour le recours à la science afin de déjouer lesplans d'un criminel dans le coma, Le Cobaye et Nirvana pourl'exploration d'un univers fictif, les films de Clive Barker pour l'inventaire de visions hallucinées et gothiques, Cabal en tête...
Si il possède malgré tout d'indéniables qualités visuelles et quelques adroites trouvailles dramaturgiques, The Cell souffre trop de sa naïveté et d'une volonté évidente d'épater la galerie pour être autre chose qu'un triste gâchis. Plus proche de Labyrinth que du Ubik de Philip K. Dick, ce n'est qu'un film de technicien, soigné mais sans âme.
Note : 5