La critique d'Excessif

2/5
thechaser_vign2 L'HISTOIRE :

Joong-ho, ancien flic devenu proxénète, reprend du service lorsqu'il se rend compte que ses filles disparaissent les unes après les autres. Très vite, il réalise qu'elles avaient toutes rencontré le même client, identifié par les derniers chiffres de son numéro de portable.
Joong-ho se lance alors dans une chasse à l'homme, persuadé qu'il peut encore sauver Mi-jin, la dernière victime du tueur.

Un excellent polar coréen à l'atmosphère éprouvante.
Parmi tous les récents thrillers coréens qui s’affirment en Occident, The Chaser, réalisé par Na Hong-Jin, est clairement le plus impressionnant. Les américains ne se sont pas trompés puisqu’un remake scénarisé par William Monathan (Les infiltrés) est déjà en cours avec Léonardo DiCaprio dans le rôle du flic-proxénète tenu dans l'original par Kim Yoon-Seok.

 

 

 

Un ancien flic viré pour corruption (Kim Yoon-Seok, acteur habitué à jouer les seconds couteaux), s’occupe désormais d’un salon de massage. En réalité, il utilise cette reconversion pour gérer un trafic de call-girls. Sans explication, les filles de son réseau disparaissent une à une, non sans laisser quelques dettes derrière elles. Le proxénète, pas content de s’être fait avoir, mène l’enquête et se rend compte, au gré de son investigation, que les filles ont été kidnappées par le même tueur (Ha Jung-Woo, vu dans Time de Kim Ki-Duk). La police s’en mêle avec un oeil discret mais rame sec. Un soir, le kidnappeur se fait pincer, passe aux aveux, confesse les avoir toutes assassinées. Mais la réalité va rapidement dépasser l’entendement: il reste une call-girl toujours vivante, toujours introuvable. The Chaser est une course contre la montre au rythme désabusé, essentiellement parce que tous les événements sont perçus du point de vue de celui qui mène l’enquête (un ancien flic devenu proxénète) et que, a priori, il est plus motivé par l’argent que par l’humain.

 

 

 

C’est du moins ce que l’on croit au début avant de se rendre compte que le film aime à varier les pistes narratives toutes les vingt minutes avec des fausses pistes, des montées d’adrénalines, des flottements anxiogènes. La scène d’introduction est révélatrice des intentions du réalisateur Na Hong-Jin en annonçant d’emblée l’identité du tueur et en avertissant le spectateur que l’enjeu dramatique se situe ailleurs : plus dans la peinture d’une société corrompue à tous les niveaux. Le personnage principal qui est passé de représentant de la loi à voyou sans scrupule est le réceptacle de ce désordre social où la frontière entre le bien et le mal s'avère ténue. En utilisant des méthodes cradingues, seul contre tous, il va pourtant trouver la rédemption. A la manière du Bad Lieutenant, de Abel Ferrara (sans la dimension religieuse ni même la profondeur psychologique), le personnage devient le reflet de son environnement, parcouru par une culpabilité latente pour se sentir aussi minable et manifestant un mépris envers tout ce qui représente l’autorité.


La violence du film tient autant d’une volonté de plonger le spectateur dans un univers malsain (le sens de l'atmosphère est éprouvant) que d’hypertrophier le réalisme (l’intrigue s’inspire d’une histoire vraie). La photographie joue sur des couleurs peu saturées afin d’amplifier le glauque et la bande-son s’inspire des bruits inquiétants du quotidien au lieu de composer des morceaux. C’est aussi dans cette violence que le film trouve sa poésie et sa singularité en captant le mystère glaçant des nuits noires, ruisselantes et assassines. La tension paranoïaque place chaque personnage dans un état de stupeur et de tremblement comme si la menace rôdait à chaque coin de rue. Pour toutes ces raisons, une lecture superficielle peut laisser penser que The Chaser n’est rien de moins qu’une réunion de différentes mouvances polardeuses, un peu comme s’il croisait les univers de Kim Jee-Woon, Park Chan-Wook, Bong Joon-Ho et les polars HK Milkyway en un concentré pour le cinéphile occidental. Mais ce n’est pas de l’opportunisme. En fait, Na Hong-Jin vise plus une force iconoclaste héritée de Samuel Fuller et une radicalité propre aux meilleurs films de Kinji Fukasaku.

 

 

 

Ce serait à côté de la plaque si le résultat n’était pas aussi solide. Le cinéaste sud-coréen affirme une maîtrise technique assez sidérante pour un premier long métrage que ce soit au niveau des cadres, du montage et du son. Sa qualité, c’est de ne pas tomber dans la frime gratuite et de ne pas composer des mouvements de caméra par pure coquetterie. L’ironie et le cynisme, qui ressortent des instants grotesques de The Chaser et la prédilection pour le burlesque du cinéaste (les flics sans boussole) ne viennent jamais remettre en cause la dynamique en ligne droite du récit. Les quelques faiblesses résident en revanche dans le scénario qui malgré ses chausse-trappes brillantes se révèle plus intéressant lorsqu’il brasse des émotions contradictoires dans une même scène ou essaye de s’attaquer avec virulence aux forces de l’ordre préférant venir en aide aux puissants au détriment des faibles. La conclusion est également un point faible, alourdie par une tentation mélodramatique alors jusque là démentie par quelques touches à la fois ironiques, cruelles et noires, liées de manière cohérente avec la psychologie du personnage principal. Rien d’inédit au pays du matin calme donc, mais il règne dans The Chaser une énergie irrésistible qui mérite votre attention. En ce qui concerne Na Hong-Jin, la nuit lui appartient. Son avenir plein de promesses, aussi.

Mag : plus d'actu sur The Chaser

Le verdict des internautes

Total des votes : 6

Les notes des internautes

  •  
    Scénario
  •  
    Réalisation
  •  
    Acteurs
  •  
    Musique

Les meilleures critiques

jujulcactus 01/04/2010 à 18h32
jujulcactus 01/04/2010 à 18h31
logAudience