L'HISTOIRE : Bobby Walker est l'incarnation même du rêve américain : il a un très bon job, une merveilleuse famille, et une Porsche toute neuve dans son garage. Mais lorsque la société qui l'emploie réduit ses effectifs, Bobby se retrouve au chômage, tout comme ses collègues Phil Woodward et Gene McClary. Les trois hommes sont alors confrontés à une profonde remise en cause de leur vie d'hommes, de maris et de pères de famille.Un film de scénariste, rehaussé par (presque) tous ses interprètes
Ce n'est pas nouveau : les crises économiques ont toujours inspiré le cinéma. The Company Men annonce la volonté de renouer avec l'esprit des fables humanistes de Capra : on y retrouve l'ambition un peu démesurée de pointer du doigt une réalité sociale (les plans sociaux dans des compagnies soucieuses de maximiser leur valeur boursière) et l'envie de consoler une Amérique déshumanisée (moins de noirceur pour plus d'espoir). Sans pour autant démériter, ce film-à-thèse n'est pas à la hauteur de ses modèles. Dans un premier temps, le réalisateur John Wells montre les répercussions de la crise sur des cols blancs, licenciés et confrontés aux limites du marché actuel : soit leurs revendications salariales sont trop élevées; soit il n'y a plus d'emploi à pourvoir. C'est la peinture d'un rêve américain devenu un cauchemar prompt à toucher toutes les catégories sociales. Mais, très vite, ce cas d'école ne fait que réciter les clichés d'un cinéma indépendant US (crises dans des environnements neutres, humains trop humains, morale positivante) où chaque production semble formatée et donc interchangeable.

Pas de doute : Wells y a mis beaucoup de volonté, beaucoup de vécu (il s'est inspiré de la déchéance d'un proche pour étayer ce revers de médaille). Peut-être aurait-il dû se contenter d'être scénariste. Autrement, le sujet est universel mais trop dense. On passe d'un personnage à l'autre sans qu'à aucun moment une audace scénaristique vienne entraver cette structure démonstrative empruntée aux chroniques polyphoniques faisandées (le syndrome Collision). Il n'y a qu'à voir la manière dont le personnage principal est lourdement caractérisé, par ailleurs desservi par le jeu de Ben Affleck, incapable de générer la moindre empathie. Heureusement, il est bien entouré : Tommy Lee Jones a la gueule de l'emploi et n'a pas besoin de forcer la note pour être émouvant, Kevin Costner fait un étonnant come-back dans une tentative louable de contre-emploi et, surtout, Chris Cooper bénéficie d'un rôle poignant - le meilleur depuis sa composition de facho refoulé dans American Beauty.
Romain LE VERN
Nos étoiles sur les films dans les salles : Sucker Punch, The Company Men, Easy Money...