On avait laissé Tarsem Singh avec
The Cell, thriller horrifique où Jennifer Lopez se baladait dans l’inconscient d’un tueur en série et croisait des tonnes de choses bizarres (enfant perdu dans son cauchemar, cheval fragmenté etc.). Une horreur sympathique quoique très référencée. Le cinéaste revient avec
The Fall, une histoire naïve, plus mélo qu’hémoglo, qui raconte l’amitié entre un
stuntman alité et une fillette désoeuvrée dans un hospice. Pour passer le temps, il lui relate une histoire épique nourrie de personnages proches de la ligue des gentlemen extraordinaires (en réalité, un film bulgare des années 20).
AVIS A CHAUD
THE FALLUn film de Tarsem Singh
Idéalement, Singh alterne deux mondes (le réel et l’imaginaire) de la même façon qu’il confrontait le monde réel et l’univers intérieur du psychopathe dans
The Cell et n’hésite pas à les faire se croiser pour montrer l’implication des deux protagonistes qui oublient leur rude quotidien hospitalier dans un ailleurs romanesque (métaphore du cinéma). Belle idée. Mais Tarsem Singh qui pense trouver ici un bon prétexte à créer de belles images dépaysantes donne le bâton à ses détracteurs pour se faire battre. La plupart du temps, ça se révèle aussi exotique qu’une pub pour Esquimau et compile l’ensemble des tics du règne de l’image. Dès les premières images, on sent l’envie de créer un monde à la Del Toro période
L’échine du diable et
Le labyrinthe de Pan. Puis viennent les scènes dites «imaginaires» où sous couvert de créer une atmosphère bizarroïde et décalée, Singh pompe intégralement des plans de
La montagne sacrée de Alejandro Jodorowsky et surtout de
Baraka, de Ron Fricke. Et ce ne sont pas que des emprunts vu que ça revient d’un bout à l’autre.
Le cinéaste utilise cette imagerie comme s’il réalisait un clip de Marilyn Manson: ses images sont esthétisantes mais dépourvues de substance. D’autant que le récit contient quelques facilités d’écriture et sa force sur nous s’en trouve amoindrie. On n’aime pas voir les "trucs" de petits roublards. Bref, il manque une distance vis-à-vis de ce qui est montré qui aiderait le film à sortir de son discours convenu, englué dans les bons sentiments. Enfermé dans une esthétique publicitaire, le réalisateur achève son récit avec une bonne louche de sensiblerie et un hommage au pouvoir des images (et donc au cinéma). C’est trop light pour faire passer la pilule, ce malgré les efforts des deux interprètes principaux, émotionnels et impeccables: la jeune révélation Catinca Untaru, visage étrange débarrassée de tics Dakota-Fanningiens et le faussement robuste et vraiment touchant Lee Pace, repéré dans
Scandaleusement célèbre. Ces deux-là se sont visiblement entendus dans une relation intense. Si on veut trouver de la conviction et de l'émotion au film, c'est dans leurs regards qu'il faut chercher. Et pas ailleurs.