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The Fountain

La critique d'Excessif

5/5
fountain_teaserus L'HISTOIRE :

The Fountain raconte le combat à travers les âges d'un homme pour sauver la femme qu'il aime.
Espagne, XVIe siècle. Le conquistador Tomas part en quête de la légendaire Fontaine de jouvence, censée offrir l'immortalité.
Aujourd'hui. Un scientifique nommé Tommy Creo cherche désespérément le traitement capable de guérir le cancer qui ronge son épouse, Izzi.
Au XXVIe siècle, Tom, un astronaute, voyage à travers l'espace et prend peu à peu conscience des mystères qui le hantent depuis un millénaire.
Les trois histoires convergent vers une seule et même vérité, quand les Thomas des trois époques - le guerrier, le scientifique et l'explorateur - parviennent enfin à trouver la paix face à la vie, l'amour, la mort et la renaissance.

Rassurons les plus inquiets: The Fountain n’est pas un blockbuster mais un film indépendant cérébral, unique et superbe qui tourne autour d'une légende Maya selon laquelle les âmes des morts se retrouvent à "Xibalba" pour renaître.


 
Pendant une heure et demi, on voit une plume trempée dans de l’encre noire, un anneau qui disparaît, des poussières d’étoiles qui cachent des âmes brisées, des larmes qui trouvent refuge dans le creux des joues, des lettres d’un livre qui s’accélèrent, des regards déchirants, des mains qui s’effleurent, des personnages qui se consument d’amour, des conquistadores qui cherchent la conclusion de leurs pérégrinations dans un roman inachevé, des sourires tragiques, des caresses et des bras qui s’ouvrent, des visages en contre-jour, un soleil qui transperce la neige, un oiseau qui s’envole d’un tableau, deux personnages qui s’étreignent dans une baignoire pour conjurer le sort. Avec cette histoire d’amour atemporelle, il aurait été tellement facile de faire un précipité tire-larmes avec une prise d’otage émotionnelle mais il n’en est rien. Ici, la musique, douce et émolliente, se contente d’accompagner ce requiem pour un rêve; la mise en scène, miraculeuse, d’une renversante pureté, réfute les effets clippesques ou le montage ultra serré pour atteindre les cieux et filmer une quête du graal suprême. Par amour pour sa femme, un homme doit franchir des frontières spatio-temporelles, user de son imagination, faire couler l’encre de son sang pour poursuivre les efforts abandonnés.



The Fountain, projet maudit de Darren Aronofsky pourrait se résumer à des larmes de chagrin, des mots cruels pour traduire la détresse, des mouvements de caméra uniques, des acteurs au bord de l’évanouissement. Mais c’est tellement plus: c’est un de ces films qui peuvent prétendre marquer votre parcours de cinéphile, à transcender les attentes, à bouleverser le regard et le cœur. Le terme «chef-d’œuvre» ne veut plus rien dire parce qu’il est souvent galvaudé et rime à plus grand-chose. Darren Aronofsky, dont on attendait le troisième long métrage depuis les deux coups de foudre Pi et Requiem for a dream, n’est pas Dieu, mais il ne faut pas lui enlever le fait qu’il vient de réaliser une sorte de miracle qui s’est pourtant construit dans les contraintes et la douleur.


Dans une interview d’Hubert Selby donnée par Ellen Burstyn (disponible sur le zone 2 de Requiem for a dream), l’écrivain dit que lorsqu’on prend conscience de quoi que ce soit intérieurement, on le perçoit aussi extérieurement sans doute parce que le mot «œil» vient d’un mot sanskrit qui signifie «fontaine»: ce n’est donc pas un organe qui reçoit des vibrations du monde extérieur et qui les interprète mais un projecteur du monde dans lequel on erre. C’est certainement cette définition personnelle du monde qui a poussé Darren Aronofsky à baptiser ainsi son troisième long métrage qui suit le parcours d’un homme qui effectue des recherches pour sauver sa femme et finit par se perdre par amour.



Contrairement à Requiem for a dream qui aspirait le spectateur dans son malaise et montrait dans sa splendeur éclatée une descente aux enfers tétanisante, The Fountain permet non seulement au réalisateur de renouveler son style et surtout d’assurer que ses effets de mise en scène n’ont rien de gratuit et ne servent qu’à retranscrire la puissance du propos. Ici, il s’agit de filmer la transcendance de l’amour dans un grain bain d’irrationnel afin d’opposer le scientifique à des événements qui le dépassent. De manière moins abstraite, il tente de poser des mots sur un amour incurable mais esquive les effets ostentatoires pour éviter de déranger. L’idée serait de capter avec minutie les moindres affects, les choses métaphysiques qui retranscrivent l’état amoureux au sens pur. Il ne pouvait pas le faire dans Pi puisque l’histoire s’articulait autour d’un seul homme rongé par la paranoïa qui cherchait l’apaisement et Dieu à travers les chiffres. Il l’avait tenté dans Requiem for a dream lorsque les deux personnages étaient séparés par un split-screen pour appuyer leur isolement progressif. Il l’exploite à fond dans The Fountain en montrant des personnages qui font ce qu’ils peuvent pour consolider leur amour, sans doute parce qu’ils savent que la fin est prochaine. Intérieurement, tout se brouille: une même scène où l’homme ne veut pas satisfaire le désir de sa femme revient de manière obsessionnelle pour montrer le poids de la culpabilité qui l’atteint progressivement. Et c’est surtout à ce moment que l’on comprend que tout le voyage sera intérieur.



De la même façon, des regards tristes s’échangent avant que le pire ne s’abatte et des personnages sont filmés en clair-obscur pour sonder les tourments de leur âme. The Fountain devient une course contre la montre: le sentiment de culpabilité qui ravage la raison se mue en combat pour sauver la personne aimée qu’Aronofsky ne retranscrit pas par des dialogues lourdement explicites mais des silences ou des discussions inachevées où les personnages fondent en larme sans pouvoir finir leur phrase. C’est là que le boulot d’Aronofsky intervient dans son absence de jugement (certains ont réduit Requiem for a dream à l’aspect moralisateur comme pour nier le choc et la virtuosité qui résultaient de l’expérience), sa direction d’acteurs (Hugh Jackman), sa mise en image qui foudroie le regard sans montage cut parce qu’il ne se justifie pas présentement.


Ce qui a lieu dans le passé (l’histoire d’un conquistador qui part à la recherche d’une légendaire Fontaine de jouvence censée offrir l’immortalité) est le fruit d’un roman initié par la femme. Les scènes de batailles épiques sont limitées par le rétrécissement de budget mais Aronofsky ne cherche pas à faire son Herzog et s’en accommode magistralement. A l’inverse de 2046 où un écrivain en proie à une mélancolie Proustienne s’inspirait de son présent pour construire un récit futuriste et presque Tarkovskien où les fantômes d’étreintes musardent et des amours passées se trouvent désincarnées, The Fountain montre des personnages actuels qui brouillent les repères temporels pour pénétrer dans une histoire et donner un achèvement apaisé. C’est à travers l’art que les personnages transcendent leur détresse et leur amour parce que l’œuvre d’art demeure et que la vie s’arrête. Aronofsky illustre son projet très ambitieux et très casse-gueule avec une maestria ahurissante et une froideur apparente qui explose dans une dernière demi-heure dont le choc visuel et émotionnel est comparable à celui de Requiem for a dream.



Si dans son film précédent, Aronofsky cherchait à générer la révolte et la colère du spectateur démuni face à ce tableau sombre de l’humanité, ici, il accentue un vertige, celui d’une abnégation qui donne des ailes au propre comme au figuré. La bande-son de Clint Mansell, élément désormais inhérent au cinéma d’Aronofsky (la musique donnait l’impression de diriger le film dans Requiem for a dream et collait à la subjectivité du personnage pour refléter sa psychologie tordue dans Pi), ne fonctionne pas de la même façon.

Respectant la construction dramatique, le thème principal fonctionne crescendo et revient de manière lancinante pour prendre de l’ampleur lors de scènes finales qui laissent groggy. Ici, la musique ne cherche pas à amplifier un impact mais étreint des corps et relaie les battements du coeur. Le travail sur le son trouve la même cohérence dans sa détermination à retranscrire un univers mental. A un moment, Tommy (Hugh Jackman) erre dans la rue sous la pluie et on entend que ses bruits de pas. Lorsqu’il manque de se faire renverser par une voiture, le vacarme urbain revient de nouveau pour renforcer le décalage entre ce qu’il vit intérieurement et un monde extérieur déshumanisé. On retrouvait le même effet dans Requiem for a dream où le personnage de Sarah Goldfarb marchait à contresens des quidams dans la rue et ne réalisait pas qu’elle était devenue une loque. On retrouve le même rapport à la religion que dans Pi et les mêmes élans mystiques où l’arbre de vie pourrait bien être celui que le mathématicien voyait assis sur un banc après ses crises de délire. Certains éléments se correspondent discrètement sans qu’à aucun moment, il n’y ait une impression de redite.



On découvre chaque Aronofsky comme une expérience – nouvelle ou renouvelée – de cinéma. Que ce soit de manière tapageuse dans Requiem for a dream ou plus contenue comme ici, l’effet coup de poing reste identique. The Fountain n’est pas un grand bain d’expérimentation technique orchestré par un petit malin poseur ; juste une histoire d’amour sublime d’amants du cercle polaire qui célèbre la force de sentiments immortels sur la tragédie de la vie et dans laquelle le corps n’est plus la prison de l’âme. On en sort dévasté, en lambeaux.
 
Romain LE VERN

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Les notes des internautes

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    Scénario
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    Réalisation
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    Acteurs
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    Musique

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