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The Good German

La critique d'Excessif

3/5
the_good_german_cine L'HISTOIRE : 1945, l'Allemagne Nazie vient tout juste de capituler. Correspondant de guerre américain, Jake Geismer (George Clooney) est chargé de couvrir la conférence de Postdam, au cours de laquelle les Alliés devront discuter de l'avenir du pays vaincu et du continent européen. Son chauffeur, Tully (Tobey Maguire), s'avère être l'un de ces profiteurs de guerre dont le seul but est de s'enrichir sur le dos des autres. Mais à la grande surprise de Geismer, la petite amie de Tully n'est autre que Lena (Cate Blanchett), une femme avec laquelle il avait eu une liaison quelques années plus tôt. A l'époque, Geismer avait engagé Lena comme enquêtrice pour le compte de son agence de presse située à Berlin. Mais avec la guerre, Lena a bien changé, à tel point qu'elle paraît indifférente à son propre sort, restant avec Tully en dépit de la manière déplorable dont celui-ci la traite. Geismer ne porte guère Tully en sympathie mais lorsque celui-ci est retrouvé mort dans le secteur russe, le journaliste reste perplexe devant la réaction des Américains et des Russes qui semblent vouloir classer l'affaire au plus vite. Geismer décide alors de mener l'enquête, en même temps qu'il tente de se rapprocher de Lena, dont il est toujours amoureux.
L'après-guerre et ses lourdes conséquences, sur un pays comme sur ses habitants, tel sont les thèmes de The Good German. Le nouveau film de Steven Soderbergh nous plonge dans l'ambiance et le contexte de l'Allemagne de 1945, en s'appuyant toutefois sur les connaissances historiques d'aujourd'hui. Amateur d'expérimentations, le réalisateur du tortueux Traffic et du sympathique Ocean's Eleven s'essaie à un nouveau registre et à un nouveau style visuel en s'inspirant de l'esthétique et des codes du film noir, tout en adoptant sur ses personnages un regard résolument moderne. L'entreprise était risquée et n'aboutit que partiellement. Intéressant dans le fond comme dans la forme, The Good German ne parvient pas à susciter réellement l'émotion, et cela en dépit d'un sujet fort soutenu par un casting haut de gamme dont on retiendra surtout la superbe prestation de Cate Blanchett.

THE GOOD GERMAN
Un film de Steven Soderbergh
Avec George Clooney, Cate Blanchett, Tobey Maguire, Ravil Isyanov, Beau Bridges, Tony Curran
Durée : 1h46
Date de sortie : 14 février 2007



1945, l'Allemagne Nazie vient tout juste de capituler. Correspondant de guerre américain, Jake Geismer (George Clooney) est chargé de couvrir la conférence de Postdam, au cours de laquelle les Alliés devront discuter de l'avenir du pays vaincu et du continent européen. Son chauffeur, Tully (Tobey Maguire), s'avère être l'un de ces profiteurs de guerre dont le seul but est de s'enrichir sur le dos des autres. Mais à la grande surprise de Geismer, la petite amie de Tully n'est autre que Lena (Cate Blanchett), une femme avec laquelle il avait eu une liaison quelques années plus tôt. A l'époque, Geismer avait engagé Lena comme enquêtrice pour le compte de son agence de presse située à Berlin. Mais avec la guerre, Lena a bien changé, à tel point qu'elle paraît indifférente à son propre sort, restant avec Tully en dépit de la manière déplorable dont celui-ci la traite. Geismer ne porte guère Tully en sympathie mais lorsque celui-ci est retrouvé mort dans le secteur russe, le journaliste reste perplexe devant la réaction des Américains et des Russes qui semblent vouloir classer l'affaire au plus vite. Geismer décide alors de mener l'enquête, en même temps qu'il tente de se rapprocher de Lena, dont il est toujours amoureux.



Plus de soixante années se sont écoulées depuis la capitulation de l'Allemagne face aux Alliés, et l'on peut à présent adopter un regard lucide sur les intentions des forces en présence quant au partage du territoire des vaincus et ses répercussions sur l'ordre du monde. Le film se déroule en plein pendant la conférence de Postdam, au moment même où tout l'avenir de l'Europe se joue. Les enjeux stratégiques sont énormes, surtout lorsque le territoire à partager abrite quelques cerveaux dont les découvertes pourraient bouleverser l'équilibre géopolitique. Inspiré d'un roman de Joseph Kanon, L'Ami Allemand, ce nouveau long métrage de Steven Soderbergh dénonce l'hypocrisie et la manipulation qui gouvernaient l'après-guerre et leur impact sur les êtres humains. Faut-il voir dans The Good German une tentative de parler de l'actualité à travers les événements du passé ? Peut-être bien. L'occupation et le partage de territoires étrangers mais aussi l'émergence de nouvelles armes de guerre sont autant de thèmes d'actualité pour les Américains et les Européens, et si le personnage principal de The Good German est un correspondant de guerre envoyé par la presse, c'est peut-être aussi pour évoquer au passage l'enjeu majeur que représentent aujourd'hui les media. Soderbergh emploie un procédé connu : utiliser le passé pour parler du présent, ou plutôt d'une réalité universelle puisque la manipulation est de mise dans tous les après-guerre. La démarche est subtile, le résultat l'est un peu moins mais fait passer quelques idées fortes.


Le scénario de The Good German repose sur la notion de vérité cachée. De par son métier, le journaliste Geismer est chargé de restituer l'information alors même qu'il n'a qu'une vision partielle de ce qui se déroule autour de lui et que chaque piste qu'il explore le mène à d'autres révélations inattendues. Cette logique de secrets mis au grand jour les uns après les autres ne concerne pas uniquement les enjeux politiques mais aussi les personnages eux-mêmes dont le passé reste le plus souvent obscur. Les institutions politiques ont des choses à cacher, les survivants de la guerre aussi. Dans The Good German, personne n'est clean. Alors que nombre de films abordent l'enjeu de la survie comme un but en soi, le film de Soderbergh s'intéresse à la question du prix à payer et du poids à porter pour avoir eu la vie sauve. Les différents protagonistes de l'histoire sont tous des rescapés de l'enfer, ils ont enduré les pires souffrances, ont vu des proches disparaître ou se faire assassiner. Le film ne dévoilera rien de ces horreurs, si ce n'est le temps de deux brefs flash-back, Steven Soderbergh ayant par ailleurs uniquement recours au pouvoir de la suggestion pour évoquer la misère, les violences et les délations quotidiennes mais aussi le génocide des Juifs. Tout au long du récit plane l'ombre de l'holocauste, et cela même si aucune image d'archives des camps de concentration n'est montrée à l'écran. Le parti pris du film est là : l'horreur reste cachée, elle n'apparaît qu'à travers le pessimisme désabusé de personnages tels que Lena ou à travers le cynisme d'un Tully (Tobey Maguire dans un contre-emploi saisissant).



L'idée de lever progressivement le voile sur la souffrance sans jamais la montrer explicitement était brillante et se voit soutenir par des personnages plutôt bien écrits, à commencer par Lena dont la complexité n'a d'égale que l'élégance. Cependant, l'entreprise n'atteint pas totalement son objectif, le récit souffrant malheureusement d'un manque chronique d'intensité dramatique. Le principal défaut de The Good German réside entre autres dans la manière quelque peu mécanique dont les séquences s'enchaînent les unes après les autres. Le montage très homogène entretient un rythme constant mais n'accorde jamais de place suffisamment significative aux moments qui auraient dû marquer les esprits. D'où l'impression qu'aucune scène frappante n'émerge de l'ensemble, et cela malgré la qualité indéniable de chacune de ces scènes si on les prend séparément. On aurait parfois souhaité voir un échange entre deux personnages bénéficier d'un plus grand développement, ou même voir une ambiance se prolonger. C'est notamment le cas d'une séquence intimiste entre Geismer et Lena, belle amorce romantique qui parvient à faire passer une certaine sensualité en jouant sur les détails, les contrastes et sur l'emploi de gros plans judicieux (George Clooney particulièrement à son avantage). Mais la séquence reste trop courte pour susciter pleinement l'effet souhaité et l'on reste quelque peu sur sa faim. Il en est de même pour les scènes d'action telles que le climax, qui aurait gagné à être plus viscéral.



Comme son ami George Clooney dans son Good Night, and Good Luck, Steven Soderbergh tente avec The Good German de recréer le style visuel des films d'une époque, en l'occurrence ici les films noirs des années 40-50. Le metteur en scène décide cependant d'imprégner son œuvre de nombreuses touches de modernité, ce qui n'est pas forcément pour déplaire, notamment sur le plan humain. Au départ, les personnages principaux semblent avoir été conçus pour respecter les codes du genre. Ainsi, tandis que le héros s'aperçoit qu'il a mis le pied dans une machination qui le dépasse, on retrouve face à lui des hommes cyniques mais aussi le personnage archétypal de la femme fatale manipulatrice dont il tombe irrésistiblement amoureux. La où The Good German se distingue notablement du récent Dahlia Noir de Brian De Palma, adaptation plus que contestable de l'univers de James Ellroy, c'est dans le traitement résolument actuel que Soderbergh fait de ces archétypes. Soderbergh développe notamment différents points de vue à travers un "passage de relai" de la voix off qui donne tour à tour la parole à Geismer, à Tully et à Lena, et qui constitue à la fois la force et la faiblesse du film. L'idée a pour avantage de permettre de connaître plus en profondeur l'état d'esprit et les motivations des personnages, mais elle a aussi pour inconvénient d'entraîner une certaine prise de distance qui confère à l'ensemble une absence de réel point de vue. Ce parti pris brise aussi une partie du mystère qui faisait le charme des personnages marquants des grands films noirs tels que Gilda ou Le Grand Sommeil.


Un personnage parvient cependant à tirer son épingle du jeu. Il s'agit de Lena, la femme fatale dont le passé cache bien des troubles, se dévoilant progressivement pour mener à des révélations imprévisibles. Bien sûr, la composition de Cate Blanchett est comme toujours remarquable, la comédienne parvenant à donner beaucoup de relief à Lena rien qu'avec la profondeur de son regard ou avec les intonations de sa voix grave. A chacune de ses entrées en scène, elle vole en un rien de temps la vedette à un George Clooney pourtant très à l'aise dans son rôle d'homme intègre, courageux, déterminé à trouver la vérité. L'intérêt d'imprimer un traitement moderne aux personnages typiques de l'époque se manifeste tout particulièrement dans le regard porté sur les personnages féminin. Là encore, le fossé qui sépare The Good German avec un film comme Le Dahlia Noir est énorme. Ainsi, plutôt que de livrer une vision figée de la femme manipulatrice et de l'opposer à une autre femme incarnant les idéaux rétrogrades, Soderbergh s'attarde sur les souffrances endurées par Lena pendant la guerre et sur la transformation qui s'est ensuivie chez elle. Et il ne donne aucun contrepoids à la froideur distante de la jeune femme, le seul autre personnage féminin ressortant dans le film s'avérant être sa colocataire, la prostituée Hannelore (Robin Weigert). Au contraire des productions de l'après-guerre, l'aveuglement sur les violences encaissées par les femmes en temps de guerre n'est plus du tout de mise. Dans The Good German, on parle crûment de viols et de la nécessité de se prostituer pour survivre, les femmes sont désabusées et n'ont plus de larmes à verser sur l'épaule de ceux qui tentent de s'imposer comme leurs sauveurs.



Ce mélange de modernité et de respect des codes d'un genre se traduit aussi par les images et les sons. Au lieu de tourner son film directement en noir et blanc, Soderbergh a utilisé une pellicule couleur ultrasensible dont les couleurs ont été ensuite éliminées à la postproduction. Le résultat est une réussite visuelle assez stupéfiante : aucun grain ne vient polluer l'image et la superbe direction de la photographie offre un rendu éclatant et très pur du noir et blanc, une esthétique largement mise au service du récit. Dans les scènes nocturnes, l'image multiplie les zones d'ombre pour mettre en valeur les personnages et ne révéler que ce qui est nécessaire. Les décors majoritairement artificiels, principalement des vieux intérieurs ou des paysages urbains désolés, sont d'ailleurs rarement dévoilés dans leur intégralité, ce qui crée une subtile impression d'enfermement venant faire écho aux pressions qui pèsent sur les principaux protagonistes. Si l'ensemble peut paraître léché, les défauts de pellicule propres aux films des années 40 ont été fidèlement reproduits, ce qui se ressent notamment lors de certaines transitions entre les plans. Si l'on ajoute à cela des images d'archives volontairement intégrées de manière maladroite, le résultat est parfois assez étrange. Outre le regard porté sur les personnages, certaines séquences portent la marque du cinéma d'aujourd'hui, comme la scène du cabaret où une danseuse apparaît les seins nus, ou encore lors des scènes de tabassages qui mettent l'accent sur l'impact des coups qui font mal. Steven Soderbergh semble avoir eu du mal à choisir entre modernité et style rétro, sa mise en scène par ailleurs très sobre rompant avec la tendance actuelle qui est à l'abus des plans resserrés. Le réalisateur se montre économe de gros plans afin de donner à ces derniers un réel impact, ce qui fonctionne plutôt bien. Mais ce choix ne l'empêche pas de faire emploi vers la fin du film d'une contre-plongée vertigineuse sur Cate Blanchett.



Au final, The Good German reste une expérience intéressante mais suscite des sentiments mitigés, ce qui s'explique en partie par l'ambiguïté des choix artistiques, mais pas seulement. Le plus surprenant est que l'œuvre laisse une vague impression de froideur en dépit de la qualité d'écriture des personnages. Les tourments de ces derniers passent de manière intellectuelle, mais ils ne parviennent pas à émouvoir autant qu'ils le devraient compte tenu de la gravité des sujets abordés. Evidemment, on dira qu'il est facile de dire a posteriori que le film aurait pu être grandiose si Monsieur Soderbergh avait su rester cohérent de bout en bout. On imagine aisément à quel point le projet a été difficile à mettre en place et le travail impressionnant réalisé apparaît clairement à l'écran – c'est peut-être d'ailleurs là le principal défaut du film.

Elodie Leroy



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