Frank Darabont revient au cinéma en adaptant une quatrième fois une nouvelle du maître de l’horreur, Stephen King. Cette fois ci le réalisateur délaisse le conte merveilleux pour nous plonger dans un pur récit fantastique emmenant le spectateur aux confins de l’horreur.
THE MISTDe Frank Darabont
Avec Thomas Jane, Marcia Gay Harden, Laurie Holden
Durée : 2 heures
Date de sortie : 27 février 2008Après une nuit de tempête un étrange brouillard s’abat sur une petite ville des Etats-Unis. Un groupe d’habitants s’abrite dans le supermarché local car d’étranges créatures semblent se cacher dans la brume…On peut dire que
The Mist détonne dans la filmographie de Frank Darbont. Fini les adaptations classiques et classieuses oscarisables, le réalisateur de
La ligne Verte change radicalement de style en se lançant dans le film de genre pur et dur. Le film frappe d’abord par le parti pris de mise en scène beaucoup plus brute et vive que ce à quoi nous avait habitué le réalisateur. Ayant réalisé un épisode de The Shield en 2006, Darabont a repris la même équipe que sur la série, séduit par l’énergie et l’approche nouvelle que lui apporte la caméra à l’épaule et l’utilisation des deux caméras lors des scènes. Même si quelques effets de zoom ont tendance à trahir cette influence télévisuelle faisant parfois ressembler
The Mist à un téléfilm (de très haute volée cela dit), et amenuisent très sensiblement l’ampleur du métrage, Darabont s’empare du genre vigoureusement.
Parallèlement à cette nouvelle manière de filmer, Darabont aborde le genre humblement en envisageant son métrage comme un pur film de trouille et de monstres. Approche quasi similaire à l’autre maître de l’horreur que cite Darabont régulièrement : John Carpenter. Même si
The Mist est loin de rivaliser avec les chefs d’œuvre de Carpenter, il est agréable de sentir l’ombre du génie planer sur l’ensemble du métrage, et ce dès la première scène où l’on découvre l’affiche de
The Thing, puis lors de l’arrivée de la fameuse brume emprisonnant les habitants de la ville, rappelant les scènes similaires de
Fog.
Tout comme
Cloverfield,
The Mist est un film de monstres au parfum de fin du monde, tout comme
Cloverfield,
The Mist est avant tout un huis clos étouffant utilisant merveilleusement la brume comme moyen de suggestion de l’horreur. Forcés de cohabiter dans ce Fort Alamo de fortune, les habitants de la ville vont confronter leurs opinions et leurs croyances. Dans un climat de peur sans cesse alimenté par les attaques régulières des créatures, les héros du film se retrouvent dans ce microcosme, confrontés à un danger plus grand venant de l’intérieur : l’homme. Les monstres ne sont pas les plus effrayants comparés au fanatisme religieux gangrenant lentement cette mini Amérique mise sous verre. Une dérive fanatique alimentée par la peur et les tensions entre les citoyens venant exploser dans la dernière partie du film. Des fanatiques religieux lentement convertis prêts au final à sacrifier ceux qui ne sont pas d’accord avec eux pour apaiser une hypothétique divinité qui aurait déclenché cette Apocalypse. Une vision négative de la religion peu fréquente dans un film américain.

Ainsi Darabont déroule tout le long de son film le fameux « l’homme est un loup pour l’homme », et même dans la nature qu’il confère à ses créatures. Ainsi la première attaque laisse presque indifférent (peu aidée par des effets spéciaux plutôt moyens) par rapport aux premiers affrontements entre les « clans » qui composent cette micro-société. De même les créatures se révèlent au final, aussi fantastiques soient elles, des animaux cherchant à se nourrir et à protéger leur descendance. Instincts primitifs similaires à ceux des êtres humains du film qui cèdent à la panique suite à la tempête et viennent se ruer en masse dans le supermarché. Un pessimisme hallucinant pour un film de studio, surtout produit par les frères Weinstein sous la bannière de Dimension Films. On est peu habitué à cela, et encore moins au jusqu’auboutisme dont fait preuve le réalisateur lors des cinq dernières minutes tétanisantes. Comme on dit : l’horreur est humaine…
Stanislas Bernard