Voici donc le nouveau long-métrage tant attendu du réalisateur Richard Eyre. Mais pour reprendre l'un des termes de son précédent long-métrage, on frôle le « scandale ». Adapté d'une nouvelle écrite par l'auteur allemand Bernhard Schlink,
The Other Man se révèle être d'un ennui profond. A la fois scénariste, metteur en scène et producteur du film, Richard Eyre se perd rapidement dans le conventionnel le plus total. Chronique d'une déception inattendue...

Jusqu'à présent, Richard Eyre avait le don de nous surprendre mais aussi de nous émerveiller. Après deux ans d'absence et un léger détour par la case production (l'extraordinaire
Reviens-moi,
ndlr), nous espérions son retour derrière la caméra avec une certaine impatience. A cette occasion, il s'inspire d'une source légèrement connue par le Septième Art puisque son auteur, Bernhard Schlink, est également à l'origine du film
Le liseur avec Kate Winslet et Ralph Fiennes, sous la direction de Stephen Daldry, prochainement sur nos écrans. Avec de telles références,
The Other Man s'annonçait donc très prometteur. Hélas, le résultat se révèle tout autre. Dans un premier temps, l'histoire du film, et plus particulièrement son traitement, nous laisse sur notre faim. Ainsi donc, le début s'oriente vers le thriller haletant, avant de sombrer dans le mélodrame pur et dur sans la moindre justification. Dès lors, les révélations censées créer la surprise n'ont strictement aucun effet, et le caractère des personnages principaux devient rapidement incompréhensible. Qui, en de pareilles circonstances, agirait de la sorte ? Finalement peu crédible, ni passionnant,
The Other Man déçoit autant qu'il ennuie, agrémenté d'une mise en scène répétitive et particulièrement lisse, accumulant les clichés (il serait intéressant mais fastidieux de dénombrer les séquences cinématographiques mettant en scène deux rivaux, face à face lors d'une partie d'échecs).

Devant un tel spectacle, il ne reste généralement qu'une seule issue, le casting. Avec une aussi belle affiche, le spectateur est en droit d'attendre un certain niveau de jeu. Mais là encore, la désolation est à son comble. Liam Neeson, à peine sorti de son rôle dans
Taken, nous ressort exactement les mêmes mimiques, à croire qu'il passait d'un tournage à l'autre sans faire la moindre différence. Sa palette de jeu ne se limite pourtant pas à l'inquiétude et la tristesse. Mais à Hollywood, apparemment, on en doute encore. De son côté, Antonio Banderas reste également fidèle à lui-même, jouant les séducteurs, le sourire ravageur et les cheveux plaqués en arrière. Après un certain nombre de bides (
Mon espion préféré,
Les oubliés de Juarez), nous ne comprenons pas cette obstination à vouloir jouer constamment des rôles identiques. Certes, nous sommes bien loin de contre-performances, mais un minimum de renouvellement nous aurait certainement davantage convaincu. Il nous reste alors la charmante Laura Linney, ici peut-être beaucoup trop en retrait pour se faire une réelle idée de son talent.
Après de grands films tels que
Stage Beauty ou plus récemment encore
Chronique d'un scandale, Richard Eyre s'enlise dans un cinéma hollywoodien dénué de toute âme face auquel nous restons sans voix. Un faux pas que l'on espère unique...