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The Passenger

La critique d'Excessif

3/5
thepassengerfr L'HISTOIRE : Kohji et Hiroko profitent des joies de l'amour lorsqu'ils sont surpris par le père de la jeune fille, lequel est aussi un Yakuza du nom de Naoki Sando. Renié pendant des années suite à cet incident, Kohji est un jour recontacté par Naoki Sando, qui le charge de retrouver son ancien associé, Tanner. Ce dernier lui aurait en effet dérobé une importante somme d'argent, un vol qui le mettrait gravement en difficulté dans le milieu. Cette mission représente peut-être une seconde chance pour Kohji, celle de retrouver une famille et de recommencer une nouvelle vie.
Premier long métrage de François Rotger, The Passenger nous entraîne dans les méandres d'un thriller intimiste dont l'action se déroule entre le Japon et le Canada. L'expérience laisse une vague impression d'inachevé mais le film se détache largement du tout-venant de par sa réalisation inspirée, son atmosphère forte et ses personnages troublants.

THE PASSENGER
Un film de François Rotger
Avec Yusuke Iseya, Gabrielle Lazure, Ryo Kase, Kumi Kaneko, Yosuke Natsuki, François Trottier
Durée : 1h28
Sortie le 12 juillet 2006

Kohji et Hiroko profitent des joies de l'amour lorsqu'ils sont surpris par le père de la jeune fille, lequel est aussi un Yakuza du nom de Naoki Sando. Renié pendant des années suite à cet incident, Kohji est un jour recontacté par Naoki Sando, qui le charge de retrouver son ancien associé, Tanner. Ce dernier lui aurait en effet dérobé une importante somme d'argent, un vol qui le mettrait gravement en difficulté dans le milieu. Cette mission représente peut-être une seconde chance pour Kohji, celle de retrouver une famille et de recommencer une nouvelle vie.


Entre thriller, drame cruel et film de yakuzas, The Passenger ne semble pas destiné à se figer dans un genre précis. En développant en parallèle plusieurs intrigues aussi variées que le parcours d'un jeune prostitué envoyé effectuer les basses tâches d'un règlement de compte entre gangsters, les magouilles entre les clans yakuza, les émois amoureux d'une jeune fille ou encore les angoisses de vieillesse d'une femme approchant la cinquantaine, The Passenger dévoile progressivement son univers complexe. A force d'emprunter des chemins divergents, le scénario ne s'attarde pas toujours suffisamment sur les thématiques qu'il touche inéluctablement et les enjeux qui émergent de ces tranches de vie ne bénéficient pas d'un traitement réellement approfondi. Le récit se révèle d'ailleurs être parsemé de zones d'ombre – ce qui est sans doute volontaire – et se caractérise par une narration multipliant les ellipses et omettant d'expliciter les passages d'un pays à un autre, ce qui induit parfois le doute sur la chronologie des événements et sur le lieu où l'on se trouve. Cependant, au milieu de cette peinture imprécise et mouvante ressortent avec vivacité des personnages intenses qui apparaissent dans toutes leurs contradictions, avec grâce ou avec violence, et confèrent au film une véritable force émotionnelle.



Difficile de ne pas ressentir d'empathie pour ces femmes et ces hommes qui semblent tous murés dans une profonde solitude, à commencer par le jeune Kohji (Yusuke Iseya), qui vivote au jour le jour en vendant son corps, sans que l'on puisse déterminer s'il est réellement malheureux de cette condition. Le jeune homme va se retrouver pris dans le tourbillon de ces destins entremêlées, passant dans la vie des autres protagonistes de l'histoire (d'où le titre The Passenger) pour s'éclipser ensuite sans avoir fondamentalement affecté le cours de leur existence. Créatrice d'une atmosphère forte que l'on doit aussi à la très belle composition musicale de Dan Levy (prix de la meilleure musique au festival des Premiers Plans d'Angers 2006), la mise en scène classieuse de François Rotger repose entièrement sur le procédé de caméra à l'épaule et entretient une sorte d'intimité avec les personnages, qui en deviennent saisissants alors même que les relations qui les unissent ne sont qu'esquissées. L'histoire d'amour entre Hiroko (Kumi Kaneko) et Kohji, par exemple, est développée de manière somme toute très superficielle, mais les quelques moments qu'ils partagent frappent par leur pureté et participent à donner du relief à ces deux personnages.


L'une des qualités majeures de The Passenger est à ce titre sa sensualité. Lorsqu'il filme les scènes de sexe, François Rotger prouve qu'il n'est pas forcément nécessaire de prendre la pose et de miser sur une esthétisation artificielle des corps : la beauté de ces scènes réside avant tout dans leur capacité à faire ressentir la présence physique des acteurs. Ce qui n'empêche pas le réalisateur de sublimer par ailleurs ses comédiens et comédiennes aux moments les plus inattendus, révélant à ce titre un goût raffiné pour les épaules féminines. La sensualité qui imprègne le film côtoie la violence sèche, laquelle surprend par son imprévisibilité et par l'impression de réalité brute que ses intrusions suscitent, qu'il s'agisse du meurtre à coup de pierre d'un jeune homme dans un terrain vague, filmé en grand angle, ou bien du choc d'une tête contre une table en verre, filmé en plan rapproché et prenant une dimension presque charnelle.


Les interprètes semblent tous parfaitement à leur place dans The Passenger. Yusuke Iseya, jeune comédien au registre décidément varié, adopte un jeu intériorisé et révèle une présence captivante qui risque d'étonner ceux qui seraient tentés de baser leur jugement sur l'infâme Casshern (Kazuaki Kiriya). Pour son premier rôle au cinéma, Kumi Kaneko prête ses traits juvéniles à Hiroko, la fille de Sando, le personnage le plus innocent du film. Gabrielle Lazure parvient quant à elle à faire ressentir en peu de scènes toute la complexité de Viv, cette femme victime du jeunisme de la société moderne. On retiendra aussi la prestation de Ryo Kase (The Taste of Tea) dans le rôle dérangeant d'un jeune Yakuza aussi violent que cynique mais qui révèle le temps d'une scène un côté fleur bleue pour le moins inattendu.


Certaines thématiques de The Passenger auraient peut-être gagné à être creusées davantage. Mais François Rotger ne se contente pas de révéler des qualités de metteur en scène, il insuffle réellement une âme à ses personnages et donc à son œuvre. La sensibilité et la vision artistique très personnelles que The Passenger laisse transparaître s'avèrent suffisamment convaincantes pour donner envie de jeter un coup d'œil à ses prochains projets.

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