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The Sky Crawlers

La critique d'Excessif

3/5
the_sky_crawlers L'HISTOIRE : L’action de The Sky Crawlers se déroule dans un espace hors du temps (ou plutôt comme si le temps était suspendu) : une base militaire dépeinte comme un purgatoire entre ciel et terre (synonymes de paradis et enfer). Là bas, errent des anges déchus, enrôlés pour se battre aux commandes d’avions de chasse. En réalité, ce sont des adolescents génétiquement conçus pour ne pas vieillir. Dans ce nouveau film d’animation, il y a autant l’expression d’une utopie (les guerres n’existent plus) que d’un malaise collectif (l’autodestruction contamine tous les personnages); et les angoisses provoquées par cette ambivalence se retrouvaient déjà toutes dans le roman hde Mori Hiroshi.
On avait laissé Mamoru Oshii avec l’expérimental Tachiguishi Retsuden, une curiosité arty dont les audaces formelles et narratives pouvaient laisser dubitatif. Avec The Sky Crawlers, le maître de l’animation nippone renoue avec une veine métaphysique dépressive, proche de Ghost in the Shell, Ghost in the Shell 2 : Innocence et Avalon, et s’interroge une fois encore sur la place de l’homme dans un univers déshumanisé et la manipulation de l’identité.

THE SKY CRAWLERS
Un film de Mamoru Oshii
Avec Rinko Kikuchi, Chiaki Kuriyama, Shosuke Tanihara
Durée : 2h01
Date de sortie : prochainement

Autant prévenir : le nouveau Mamuro Oshii est un objet mineur qui ne possède pas l’envergure de ses meilleurs travaux mais traduit l’évolution d’un artiste en pleine possession de ses moyens. Au minimum. Après, on peut être déçu qu’il n’ait pas eu plus d’ambition pour le spectateur que de répéter des concepts, des notions, des idées et des intuitions éculés. L’action de The Sky Crawlers se déroule dans un espace hors du temps (ou plutôt comme si le temps était suspendu) : une base militaire dépeinte comme un purgatoire entre ciel et terre (synonymes de paradis et enfer). Là bas, errent des anges déchus, enrôlés pour se battre aux commandes d’avions de chasse. En réalité, ce sont des adolescents génétiquement conçus pour ne pas vieillir. Dans ce nouveau film d’animation, il y a autant l’expression d’une utopie (les guerres n’existent plus) que d’un malaise collectif (l’autodestruction contamine tous les personnages); et les angoisses provoquées par cette ambivalence se retrouvaient déjà toutes dans le roman de Mori Hiroshi.

Selon une organisation très stricte, les parents commandent des batailles (les combats aériens se déroulent uniquement pour le spectacle en temps de paix et les ennemis demeurent invisibles) et les enfants, baptisés les Kildrens (réceptacles du massacre qui portent en eux les germes de l’innocence), les exécutent. S’ils sont décrits comme immortels, ces mômes sans âge peuvent néanmoins perdre la vie dans des combats. Parfois, ils ont d’étranges réminiscences, se souviennent de visages sans pouvoir poser de noms dessus et semblent prisonniers de rencontres étranges. Comme dans ses meilleurs films, Oshii crée une atmosphère de cauchemar éveillé et s’attache à des fantômes qui ne ressentent pas, n’éprouvent pas (à l’exception de la séquence de l’enterrement). Des êtres qui ressemblent aux machines de Ghost in the shell, ayant acquis un niveau de conscience tel qu’elles pouvaient s’incarner dans un corps aux cellules humaines. Mais Yuichi, le personnage principal de The Sky Crawlers (un pilote transféré sur la base de Kusanagi après avoir perdu la mémoire) évoque surtout celui d’Ghost in the shell 2 : Innocence, enfant spectral en plein cogito Descartien, issu de cette technologie moderne : son corps entier était fabriqué par des humains bien que des souvenirs évanescents, des réminiscences, des songes lui envoyaient le visage d'une femme.


Dans The Sky Crawlers, l’enjeu est plus obscur, le fil narratif plus sinueux. A l’arrivée, cela évoque plus une parabole dépressive sur une société hantée par ses propres spectres. Dans des décors inertes, les hommes ont besoin de perpétuer les guerres pour se sentir vivre et ressassent des traumatismes et des motifs anciens. Mais lorsqu’il s’agit de représenter des scènes d’action (rares), Oshii montre à quel point la stratosphère n’a plus rien d’exalté ou d’exaltant. En opposition au ciel bleu azur, il utilise pour les moments les plus prosaïques une couleur sépia. Et à travers ses personnages, tient un discours sur la jeunesse actuelle des pays développés qui porte en elle le joug d’un passé sans le comprendre. Leur innocence est corrompue dès le départ par la guerre et en cela, on rejoint une dimension de fable ésotérique sur l’absurdité belliciste que l’on peut rapprocher de Jin Roh (auquel Oshii fait subrepticement allusion).

Paradoxalement, c’est dans ses éléments les plus élémentaires que le film se révèle moins convaincant. Visuellement, ce n’est pas ce qu’Oshii a produit de plus performant et il n’atteint pas les prouesses de Ghost in the shell 1 ou 2 malgré le mélange de prises de vue réelles, de 3D et de dessins sur celluloïd. Sinon, Kenji Kawai remplit le cahier des charges sans provoquer l’envoûtement musical d’Avalon et des Ghost in the Shell. Pourtant, dans le registre de l’existentialisme cyberpunk, Oshii reste au-dessus de ses pairs. Au-delà de la thématique, son film séduit surtout par sa mélancolie durablement installée autour de ses personnages qui selon les termes de son auteur cherche à insuffler de la vie. C’est ainsi qu’il faut traduire le plan final au premier abord hermétique mais dont la simplicité manifeste invite à reconsidérer toute l’histoire que l’on vient de voir. Comme dans les autres Oshii, si le spectateur profane est perdu, il peut se rattacher à Gabriel, le basset d'Oshii, pointe d'humanité dans cet écrin désenchanté et fil conducteur tranquille de tous ses longs métrages.

Romain Le Vern

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