Angleterre, début des années 1980, Thatcher au pouvoir...
This is England trace le portrait d’une jeunesse britannique en mode skinhead, gravement paumée cherchant la rebellion à tout prix afin d’exploser les carcans sociaux. S’inspirant de sa propre expérience, le réalisateur met en scène les frasques d’un groupe de jeunes en Dr.Martens et salopettes d’un oeil distant mais avec un fort attachement aux personnages... Une oeuvre sincère mais trop bancale, la faute à un scénario peu original et une mise en scène bien trop classique pour le sujet.
THIS IS ENGLANDUn film de Shane Meadows
Avec Thomas Turgoose, Stephen Graham, Jo Hartley
Durée : 1h37
Date de sortie : 10 octobre 20071983. Shane, 12 ans, habite dans une ville côtière du nord de l’Angleterre. Il rencontre un jour un groupe de skinheads locaux et va alors découvrir les soirées, les premières amours et les Dr Martens. Devenu le petit protégé de toute la bande, Shane, petit garçon solitaire se sent enfin un peu plus entouré... Mais les choses changent lorsque Combo, un skinhead raciste et plus âgé, sort de prison...On retrouve dans le film de Shane Meadows les mêmes séries de clichés photographiques qui ont révélé au monde entier la culture des jeunes skinheads : des marginaux aux bottes montantes et aux résilles déchirées qui traversaient ces zones industrielles métalliques ou qui zonaient, l’oeil cerné de noir, sur les murets des petites et grandes villes d’Angleterre...
This is England, tout en exploitant cette imagerie familière, tente de rendre hommage à cette génération perdue cherchant ses repères dans d’autres cultures et se tournant vers des critères physiques décalés. Elevant la contre-culture au rang de référence ultime, les skinheads ont, entre autres, popularisé le reggae et établi de nouveaux codes vestimentaires. Si en 1980 le reggae est supplanté par le glam-rock, punk-rock et autre pub-rock dans les cercles de ces jeunes issus de classes populaires, ces derniers ont toujours cherché à s’étendre sur de nouvelles formes artistiques et créer de nouveaux modèles. C’est à travers cette ouverture d’esprit, passant par des actes de rebellions, que Meadows introduit ses personnages. De façon assez habile pour démarrer...

En projetant le jeune Shane dans une communauté lui étant totalement inconnue, le réalisateur invite le spectateur à se démettre de ses aprioris afin de découvrir les personnalités se cachant derrière l’apparat du skinhead. Mais lorsqu’on imagine au départ rencontrer de vrais personnages, consistants et originaux, on se retrouve rapidement avec une bande de jeunes garçons et filles juste paumés comme la plupart des gens de leur âge. Sans grande ambition, Meadows filme simplement un quotidien ennuyeux sans se donner la peine d’offrir au film une dimension sociale et psychologique plus élaborée. De manière assez superficielle, on explore donc l’univers des skinheads sans pour autant comprendre qui ils sont ou ce qu’ils prétendent être.
L’arrivée d’un personnage violent et raciste au milieu du film va alors mettre de côté tout ce que le metteur en scène avait mis en place. Les personnages du début s’effacent jusqu’a disparaître littéralement et c’est finalement le plus brutal des skinheads qui va se tailler la part du lion. C’est évidemment vu des yeux d’un gamin de douze ans, ébahi par l’assurance et le frénétisme de la bête et dans lequel il retrouve l’autorité d’un père qu’il a perdu... Mais le comédien ne convainc pas assez et le film se perd dans une opposition facile et manichéenne. Le scénario s’embarque alors dans des discours politiques trop succincts pour captiver et se conclut sur une séquence terrifiante que le réalisateur semblait faire reculer depuis le début.

Rien de très original dans ce film... Malgré une sincérité notable et appréciable, se retrouvant dans une galerie de personnages attachante mais dont l’interêt globale reste limité, le métrage se contente de dessiner un portrait sommaire de cette communauté de jeunes prolétaires anglais. Une famille d’adoption atypique pour le jeune Shane, qui n’arrive cependant pas à nous montrer le visage du skinhead anglais des années 1980. On est loin de l’oeuvre culte que
This is England ambitionnait...
Kevin DutotRetrouvez la galerie photos page suivante...