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Tombe les filles et tais-toi

La critique d'Excessif

0/5
L'HISTOIRE :

Un cinéphile averti, passionné par les oeuvres et le personnage qu'incarne Humphrey Bogart à l'écran, se consacre entièrement à cet art au point d'en délaisser sa femme Nancy qui demande le divorce et le laisse seul. Désemparé, il erre de psychiatre en psychanalyste. Un couple d'amis décide alors de le prendre en charge et de lui faire rencontrer d'autres femmes. Malgré les conseils techniques de son hallucination permanente, ces relations ne sont guère couronnées de succès. Parviendra-t-il au bout de sa quête amoureuse ?

Ressortant cette semaine à la filmothèque du quartier latin en copie neuve, Tombe les filles et tais-toi est une comédie signée Herbert Ross lourdement imprégnée de la patte Woody Allen... Adaptation fidèle de la pièce de théatre éponyme écrite en 1969 (453 représentations !) par l’auteur de Annie Hall et Manhattan, le film sort en salles en mai 1972 et rencontre un franc succès à travers le monde. Woody Allen, se rapprochant de la quarantaine, y interprète un critique de film névrosé aux tendances obessionnelles et psycotiques. Fortement influencé par sa propre personnalité et ses expériences en matière de conquêtes féminines, Allen imagine ici l’histoire d’Allan, tellement passionné par le cinéma qu’il en oublie sa femme Nancy qui lui demande le divorce. Fasciné par le personnage d’Humphrey Bogart et son flegme légendaire, il se crée un ami imaginaire, une hallucination passagère venant lui prodiguer quelques conseils de séduction... En vain. Et ses séances de psy ne viennent pas l’aider comme il le souhaiterait... Bref, vous l’avez compris, Allan c’est Allen tout craché. Tombe les filles et tais-toi, première oeuvre auto-biographique-thérapeutique du cinéaste américain ? Peut-être bien...

TOMBE LES FILLES ET TAIS-TOI (1972)
Un film de Woody Allen
Avec Woody Allen, Diane Keaton, Tony Roberts
Durée : 1h28

Après avoir réalisé Lily la tigresse, Prends l’oseille et tire-toi et Bananas, des oeuvres aussi différentes que fascinantes dans leur exploration d’un début de carrière, Woody Allen décide de participer à l’élaboration du film tiré de sa pièce. Se forgeant une image déjà bien définie, il s’est d’ores et déjà entouré de Diane Keaton, Tony Roberts et Jerry Lacy (l’équipe de la pièce) pour jouer dans le film. Il fait appel à Herbert Ross, metteur en scène de théatre et cinéaste débutant pour donner vie à cette comédie New-Yorkaise... Tourné à San Francisco en raison d’une grève des techniciens de cinéma de la Grosse Pomme, le film se construit intelligemment autour d’une figure anxieuse et névrosée embarquée dans ses trips cinéphiliques hallucinogènes. Rendant hommage à son idole Humphrey Bogart qu’il rencontre dans son salon, sa salle de bain ou sa cuisine lors de ses rendez-vous arrangés par son couple d’amis, Allen élabore un personnage proche de sa vraie personnalité qu’il réutilisera dans de nombreux films. Humour dévastateur, maladroit dans ses gestes, adroit dans les mots, facilement impressionable et carrément attachant dans son manque de confiance en lui, le personnage d’Allan que l’on retrouvera sous d’autres noms dans Manhattan, Meurtre mystérieux, Tout le monde dit I love you et bien d’autres...

Pour la première fois, il partage l’affiche avec Diane Keaton... Couple à la ville comme à l’écran, les deux comédiens démarrent ici une longue collaboration cinématographique qui se soldera par une multitude de longs métrages : Guerre et Amour, Annie Hall, Intérieurs, Radio Days... pour ne citer qu’eux. Ce premier film qu’est Tombe les filles et tais-toi établit alors, au-delà de la patte nerveuse et psychotique de Woody Allen, une autre donnée dans la carrière du cinéaste : sa passion pour les femmes et ses muses. Comme une oeuvre prophétique annonçant le chaud lapin que sera Woody Allen (il l’est déjà mais le jeune homme n’est pas encore assez connu pour se forger une telle réputation), Allan ne réussira pas forcément à faire tomber les filles du film mais parviendra à se mettre dans la poche la belle Linda qu’il pique à son meilleur ami. Cruel, déjanté, complexé, le Woody Allen qui se présente ici à travers cette première oeuvre personnelle et charmante ne cherche pas toujours à s’embellir. Pire encore, il cherche souvent la petite bête qui pourrait ternir toujours plus son image... Ne sublimant que très peu son personnage, le rangeant au rang de mec paumé un peu trop intello pour profiter pleinement de la vie et des plaisirs simples, Woody Allen entame ici sa longue thérapie qui dure encore aujourd’hui ! Réalisant ici une séance de psy, allongé sur le sofa, face caméra, le cinéaste et auteur trouve les bons mots pour rencontrer le spectateur et tenter de le mettre à l’aise avec cette image difficile d’être cérébral et mentalement atteint qui n’a que pour seule excitation que la masturbation de cervelle. Réalisant lui-même que l’onanisme de l’esprit ne marche que quelques minutes et jusqu’à un certain âge, son oeuvre entière va souvent tourner autour de LA question. Le sexe... Alors oui, Woody Allen tombera les filles mais il ne pourrait se taire. On perdrait alors certainement les meilleures répliques possibles et imaginables du siècle passé sur le thème... Woody Allen joue dans Tombe les filles et tais-toi et si vous ne l’avez pas encore découvert, courez vite prendre votre pied devant cette comédie se terminant, tel Casablanca, sur deux amis quittant l’écran. Vous risqueriez vous aussi d’en ressortir avec un nouveau pote, ce petit être obsédé et compléxé que nous avons tous en tête...

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