1. >
  2. >
  3. >Critique Tony Takitani

Tony Takitani

La critique d'Excessif

4/5
tonytakitanifr L'HISTOIRE : C'est peut-être parce que Tony Takitani a toujours vécu dans la solitude que les sentiments lui paraissent si puérils. Mais un jour, il rencontre Eiko et découvre l'amour. Dès lors, la plus grande peur de Tony Takitani sera de retomber dans la solitude à laquelle il était pourtant habitué depuis l'enfance…
Lauréat du Prix du Jury au Festival de Locarno 2004 et du Prix Fipresci la même année, Tony Takitani est l'adaptation d'une nouvelle de l'auteur japonais Haruki Murakami, à qui l'on doit La Ballade de l'Impossible et Les Amants du Spoutnik. Porté à l'écran par Jun Ichikawa, Tony Takitani est un film sensible, intimiste et surtout une expérience inhabituelle.

TONY TAKITANI
Un film de Jun Ichikawa
Avec Issei Ogata, Rie Miyazawa, Shinohara Takahumi, Hidetoshi Nishijima
Durée : 1h15
Sortie le 25 janvier 2006

C'est peut-être parce que Tony Takitani a toujours vécu dans la solitude que les sentiments lui paraissent si puérils. Mais un jour, il rencontre Eiko et découvre l'amour. Dès lors, la plus grande peur de Tony Takitani sera de retomber dans la solitude à laquelle il était pourtant habitué depuis l'enfance…


Réalisé avec un budget minuscule, Tony Takitani fait non seulement des économies de décors mais aussi de casting. Les deux acteurs principaux, Issei Ogata (Yi Yi) et Rie Miyazawa (Peony Pavillion, The Cabbie), interprètent chacun deux rôles, tous les autres personnages restant anecdotiques. Cet aspect traduit la perception limitée de Tony Takitani, de cet homme seul au monde qui reste enfermé dans son atelier de travail et auquel les émotions sont étrangères. Du moins jusqu'à sa rencontre avec Eiko (Rie Miyazawa), unique visage qui parviendra à le toucher. Leur couple est-il un remède à la solitude de chacun ? Peut-être pas, si l'on en croit l'obsession d'Eiko pour les vêtements qu'elle achète de manière compulsive, sans doute pour combler son propre vide émotionnel et son ennui.


Tony Takitani se détache immédiatement du lot par un style de narration atypique. Introduire une voix-off dans le récit filmique est toujours risqué dans la mesure où elle s'avère souvent redondante avec les images, celles-ci parlant d'elles-mêmes. Dans Tony Takitani, la voix-off est justement omniprésente et prend le pas sur les dialogues. Elle se confond même parfois avec ces derniers puisque les personnages interviennent à plusieurs reprises pour ajouter une précision, s'adressant directement au spectateur comme s'ils se détachaient un instant d'eux-mêmes. Même si elle installe une distance avec les personnages, cette voix-off s'apparente rapidement à une voix intérieure, un effet renforcé par la tonalité confidentielle de la voix du narrateur. D'une savante sobriété, la mise en scène varie peu les angles de vue pour filmer une même pièce, la caméra adoptant parfois la position d'un observateur caché. Si certains plans semblent récurrents, c'est peut-être parce que la vie de Tony Takitani ne lui réserve que peu de surprises. Si les couleurs sont passées, c'est sans doute pour traduire les émotions éthérées qui étreignent doucement les personnages, des émotions contenues dans la prison de leur solitude. Et pourtant, on devine qu'un monde intérieur complexe existe chez Tony Takitani, peintre et illustrateur, et le film se colore dès lors qu'il se plonge dans son art, de même qu'il se colore lorsque Eiko se trouve face à ses vêtements. De l'extrême banalité du quotidien peuvent aussi surgir des instants de vie imprévisibles, comme les larmes subites et insolites de cette jeune femme dans le vestiaire rempli par les vêtements d'Eiko.


Tony Takitani est l'histoire de Tony Takitani, un homme dont la banalité a quelque chose de fascinant. Soutenue par la partition élégante de Ryuichi Sakamoto, ce film étrange de Jun Ichikawa raconte une histoire simple sur l'isolement qui distille avec délicatesse une mélancolie sourde mais irrépressible.

Le verdict des internautes

Total des votes : 0

Les notes des internautes

  •  
    Scénario
  •  
    Réalisation
  •  
    Acteurs
  •  
    Musique

Les meilleures critiques

logAudience