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Tous Les Garcons Aiment Mandy Lane

La critique d'Excessif

3/5
all_the_boys_love_mandy_lane_cineus L'HISTOIRE : Mandy Lane.
Belle.
Pure et innocente.
Une reine lycéenne en attente d’être couronnée.
Depuis le début de l’année scolaire, tous les garçons ont cherché à la conquérir. Certains ont même trouvé la mort dans leur quête désespérée de cet ange texan de 16 ans.
Chloe et Red invitent Mandy à passer le week-end dans un ranch familial. Pour Mandy, c’est une opportunité de se faire de nouveaux amis. Pour les garçons présents, une chance unique de la côtoyer. Sur la route qui mène au ranch, les travaux d’approche commencent. On fume des joints. On chaparde un tonneau de bière. On sniffe des pilules écrasées en poudre. Mandy observe ce manège avec l’intérêt poli d’une touriste étrangère. Et tout le monde l’apprécie précisément pour cela.
Une fois au ranch, chacun tente sa chance, espérant être le premier à conquérir l’inatteignable Mandy Lane.
La nuit tombée, quand l’alcool, les drogues et les hormones mènent la danse, des choses sont dites et des pas franchis sur lesquels on ne pourra plus revenir…
Soudain, la douce Mandy est entraînée dans une lutte sans merci pour sa survie.
Oubliez la lecture,l’écriture et les maths. Au lycée, apprendre à être soi-même et à ne pas succomber à la pression du regard des autres est le test ultime.
Et cet examen-là, Mandy Lane est déterminée à ne pas le louper.
Un coup d’essai passionnant
Mandy Lane est un ange texan de 16 ans : belle, innocente, sexy et vierge. Elle attire tous les regards masculins de son lycée. Deux filles l’invitent à passer quelques jours dans un ranch pour participer à une petite fiesta intime. Pour elle, c’est l’opportunité de se remettre d’un traumatisme (celui que l’on voit dans l’introduction) ; pour les garçons présents, l’occasion de faire plus ample connaissance avec ce beau spécimen. Très vite, la débauche se transforme en gueule de bois cauchemardesque lorsqu’un mystérieux tueur rode et décime les convives éméchées. Est-ce que la belle Mandy sortira indemne de ce week-end meurtrier ? Contrairement aux apparences, All the boys love Mandy Lane, de Jonathan Levine, n’est pas un de ces énièmes films d’horreur comme on en produit à la chaîne mais un faux slasher qui recycle les codes du genre pour faire plaisir aux amateurs (la maison isolée, le maître des lieux ambigu, le groupe de jeunes). En substance, il furète vers d’autres registres (film noir, drame, comédie) pour brouiller les pistes et proposer in fine une peinture sensible de l’adolescence, loin des teenage movie usuels, en captant des sentiments diffus, contrariés.


Si vous aimez lorsqu’un scénario rompu aux lieux communs se bat contre une atmosphère dépressive et lorsque des personnages stéréotypés essayent d’exister par leurs propres moyens pour prouver qu’ils valent mieux que l’image qu’ils renvoient, All the boys love Mandy Lane devrait vous séduire. Le principal, c’est de ne pas le considérer au premier degré et de voir ce qu’il raconte derrière ses images clinquantes de jeunesse dorée. En réalité, la différence avec un produit lambda vient de celui qui est derrière la caméra. Dans d’autres mains (moins bien intentionnées), le résultat aurait sans doute ressemblé à une pauvre accumulation de rebondissements pour remplir le cahier des charges d’un divertissement au demeurant efficace mais terriblement impersonnel. Or, ce serait oublier que Jonathan Levine, ancien assistant de Paul Schrader, court-métragiste de renom (Love Bites, dans lequel il sillonnait les routes pour retrouver des femmes rencontrées sur Internet) et responsable d’un film de fin d’études sur un Dj de Hip-Hop en pleine cure de désintoxication (Shards), s’est imposé aux commandes du projet. Le passage au long lui permet de pervertir le scénario signé Jacob Forman en ajoutant une dimension romantique proche du spleen. La recherche désespérée de la séquence frisson qui glace l’échine, très peu pour lui. Le but consiste moins à filer les jetons qu’à mettre en avant, à travers un style visuel très travaillé, la mélancolie doucereuse d’une époque bâtarde dont il a conservé, selon ses termes, autant de bons que de mauvais souvenirs. Rétrospectivement, il regrette de ne pas en avoir plus profité.


Ce slasher, mené par une âme sensible, révèle dès ses premières images un ton farouchement personnel en commençant par une scène accidentelle qui se déroule des années avant les événements. Toutes proportions gardées, Levine pense le cinéma comme un émule de Don Siegel en appliquant la formule voulant que le spectateur n’ait pas de l’avance sur les personnages et se perde avec eux dans des méandres tordues. Si l’intrigue paraît classique, l’atmosphère prend à contre-pied. Le jeune cinéaste cinéphile isole les genres qu’il préfère pour les mélanger (on pense autant au film noir pour la modernisation de la femme fatale qu’aux vieilles ficelles du suspens Hitchcockien) et fait basculer son exercice de style dans une autre dimension, plus tordue : celle des contes vaguement psychanalytiques où la présence d’un menaçant tueur ne sert à rien, si ce n’est à traduire une métaphore filée sur le passage à l’âge adulte. Peu importe finalement son identité. Ce qui plaide pour le film, c’est qu’on ne sent pas la lourdeur des ambitions. En empruntant le chemin d’une fable initiatique, All the boys love Mandy Lane reste léger dans ce qu’il dépeint et cruel dans ce qu’il raconte (la fin d’une période insouciante). Pour s’assurer qu’on le résume pas à un faiseur, Levine fait également les yeux doux à un certain cinéma indépendant US qui aime, depuis des lustres, à dépeindre des teen plongés dans la dépravation (les cinémas de Larry Clark et Gregg Araki, sans en avoir le nectar provocateur). C’est là où il atteint sa limite : à aucun moment, il ne parvient pas à faire oublier que son histoire a été racontée avant lui.


Présenter le film comme un mélange entre Massacre à la tronçonneuse et Virgin Suicides est une astuce commerciale qui annonce ce que l’on risque de voir à l’écran mais au final, c’est très maladroit, surtout lorsqu’on prend en compte ces deux références écrasantes. Il n’empêche: All the boys love Mandy Lane retient l’attention. Ne serait-ce parce que le résultat, allusif, semble provenir des eighties. Le décalage donne à penser que le film ne s’adresse finalement pas tant à un public jeune friand de la surenchère hardcore actuellement en vigueur dans la tétralogie Saw qu’à un public adulte ayant un peu de vécu pour savourer la force élégiaque de ce regard désenchanté. Il faut par conséquent se méfier de sa naïveté bon enfant. Au premier abord, la caractérisation des personnages archétypaux peut manquer de profondeur, d’autant que les interprètes prennent un malin plaisir à forcer les traits entre le beau-gosse lourdingue et la copine hystérique sosie de Paris Hilton. En fait, ils sont représentatifs d’un échantillon et expriment des frustrations universelles (Mandy Lane cristallise tous les désirs masculins et féminins). Extrêmement froid, ce personnage au centre des obsessions est idéalement interprété par Amber Heard, visage angélique et regard triste, qui incarne la lucidité face à l’immaturité de ses camarades. Face à ces fantômes qu’elle observe sans jamais céder à la familiarité, elle est la seule à laquelle on s’accroche pendant tout le récit.


Le retournement de situation final, que certains risquent de trouver abusé, doit être perçu du point de vue sensible du réalisateur et moins de celui du scénariste conscient de son effet de surprise. Dans cette logique, il devient moins un subterfuge retors pour inviter à des visionnages intempestifs ou combler un manque de substance (ce qui serait vain). Grâce à cette révélation – assez pessimiste – qui nous attend en fin de parcours, Jonathan Levine donne un sens à ses intentions de départ: se méfier des apparences et creuser ce qui se trame derrière les attitudes branchées de ses protagonistes. Pour cette simple raison, il laisse le spectateur dans un état étrangement mélancolique en rappelant sans rien sursignifier que l’adolescence laisse des meurtrissures profondes et que les fantasmes du passé déchantent une fois qu’ils atteignent l’âge adulte. La frivolité n’est qu’un leurre, la joie de vivre, un vernis. Sans en avoir l’air, All the boys love Mandy Lane montre la fin d’une période insouciante et idyllique où avoir l’air cool et éméché est plus important que d’être soi-même. Rien que pour ça (et même s’il n’est pas exempt de défauts), il s’inscrit dans cette mouvance trop rare des films sur l’âge ingrat qui réfléchissent avant de répondre bêtement à des exigences commerciales. On attendra la seconde expertise (le prometteur The Wackness, avec Ben Kingsley et Famke Janssen) pour savoir si Jonathan Levine est l’auteur inspiré d’un coup d’essai passionnant ou un vrai cinéaste en devenir.


Romain LE VERN

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    Musique

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