La critique d'Excessif

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traitor135 L'HISTOIRE : L'agent du FBI Roy Clayton enquête sur un complot international. Tout semble accuser l'ancien officier des opérations spéciales US Samir Horn, personnage mystérieux aux relations inquiétantes. Horn a le don étrange de surgir juste avant qu'une opération n'échoue, et de prendre le large avant qu'on ait pu l'interroger.
La section inter-agences chargée de l'appréhender rencontre le vétéran Carter, un freelance de la vieille école qui loue ses services à la CIA et semble en savoir long, et l'agent du FBI Max Archer. L'équipe croit découvrir la preuve des activités illicites de Horn au Yémen, à Nice et à Londres, mais de nouvelles et surprenantes révélations amènent Clayton à s'interroger sur les motivations de Horn. Est-il un traitre, ou la vérité ne serait-elle pas plus compliquée ?
Déterminé à résoudre cette énigme, Clayton talonne Horn de ville en ville, de pays en pays, l'obligeant à s'enfoncer chaque jour davantage dans un monde ténébreux de secrets et de mensonges ...
Un peu intéressant mais pas totalement !
Samir Horn (Don Cheadle) est un américain d’origine soudanaise qui revend des explosifs pour des terroristes au Yémen. Arrêté lors d’une opération de police, il parvient à s’évader de prison et s’engage dans un groupuscule terroriste, à présent poursuivi par l’agent du FBI Roy Clayton (Guy Pearce). Alors que depuis Marseille, un attentat contre l’ambassade américaine de Nice se prépare, le rôle de Horn devient trouble. Quelles sont réellement les motivations de ce musulman très croyant au discours de sage ?

 

 

 

Scénariste dont les deux précédentes réalisations ne sont pas venues jusqu’en France, Jeffrey Nachmanoff nous plonge dans l’univers du terrorisme et nous offre un film dépassant largement le film d’action auquel nous nous attendions. Il évite les clichés, nous épargne la barbe comme attribut du prêt-à-porter extrémiste, dépasse un discours simplement fanatique en s’intéressant avant tout à l’homme. Certes, on a déjà eu Vol 93 de Paul Greengrass pour nous montrer qu’un terroriste, avant de commettre un attentat suicide, peut ressembler à pas mal de citoyens occidentaux et qu’il est aussi un homme qui tremble devant la mort, malgré ces vierges promises au paradis. Nachmanoff n’a cependant aucune visée type documentaire, ce qui porte son film, c’est son intérêt pour la complexité de la pensée humaine, avec pour modèle le kaléïdoscope -qui apparaît au générique. Cette base est bonne, elle est d’ailleurs celle de grands romanciers -Marcel Proust, par exemple… On ne va pas comparer Nachmanoff à Proust, la marge de progrès et de génie est un peu trop immense. Soulignons juste une bonne idée !

 

 

 

 

L’homme porteur de cette image, c’est Samir Horn, qui dit venir « d’un peu partout », incarné par l’excellent Don Cheadle. C’est sans doute un très bon rôle pour l’acteur d’Hotel Rwanda, et c’est aussi pour cela qu’on peut souhaiter que le public soit curieux. Le jeu n’est pas simple. Horn est un personnage mystérieux dont le passé ne nous est révélé que par quelques détails, contenus souvent dans des fichiers, c’est à la fois un homme discret et actif, nous amenant à nous interroger tout au long du film sur ses véritables motivations, les spectateurs cherchant à comprendre toutes les tensions qui l’agitent. Nous avions déjà la preuve que Don Cheadle était un acteur talentueux, il fait preuve ici d’une grâce et d’un charisme que nous ne lui connaissions pas encore, tout en restant dans une forme de retenue aucunement monolithique.

Au-delà de sa prestation, le film est parallèlement porté par les performances de Saïd Taghmaoui, Guy Pearce ou Jeff Daniels, dont la puissance de jeu est à la fois impressionnante et contenue, une puissance qui sied parfaitement au récit, le nourrit. Taghmaoui, qui taille sa route d’une manière imposante depuis ses débuts dans La Haine, laisse son empreinte sur la pellicule avec son visage comme découpé au couteau et son regard extrêmement sombre. Le duo qu’il forme avec Don Cheadle nous accroche et nous laisse rêveur.

 

 

 

 

Jeffrey Nachmanoff se révèle ainsi un excellent directeur d’acteurs s’affirmant au cœur de ce récit très bien ficelé, filmé avec une grande maitrise. Le cinéaste pose le plus souvent sa caméra à hauteur d’homme, parfois comme un espion et saisit l’ambiance des villes qu’il parcourt, leur luminosité, baignée de poussière au Yémen, ourlée de pluie en Angleterre, des ambiances souvent douces, parfois chaudes.

Si la trame de l’histoire, nous entraînant au cœur de l’Angleterre, au Yémen, aux Etats-Unis, en Espagne ou encore en France, est assez comlexe ; sa clarté en est appréciable et facilite la compréhension du drame qu’il met en scène.

 

 

 

 

L’intérêt du film est aussi dans le fait que le cinéaste nous présente des « intellectuels » de la violence, terme étonnant revenant à plusieurs reprises dans le film. Les protagonistes ne se contentent pas d’agir, ils se posent des questions sur l’idéologie et les principes du terrorisme, des interrogations sur lesquels Nachmanoff s’arrête judicieusement, sans aucune lourdeur. C’est aussi ce qui permet au film de nous tenir en haleine, toujours en questionnement vis-à-vis du comportement des héros. Trahison montre une image du monde aujourd’hui qui dénote l’acuité du scénariste du Jour d’après. « The truth is, it’s complicated » (La vérité, c’est que c’est compliqué), déclare en guise d’explication Samir Horn, alors qu’il n’a que peu de temps pour s’exprimer. La simplicité de cette phrase qui pourrait relever de l’évidence, est clairement le message du film. Elle exprime le fait qu’il faut du temps, et certainement plus de deux heures pour cerner toutes les facettes d’un personnage, d’un conflit, d’une croyance. Les hommes sont confrontés à des interrogations trop grandes pour eux. Evidemment, le terrorisme, c’est la vie et la mort, les idéaux, l’honneur… Des thèmes parfois très éloignés des préoccupations occidentales actuelles, mais qui accrochent ici par le biais d’un personnage peu ordinaire, très intrigant.

 

Jeffrey Nachmanoff ne s’enfonce pas dans une pure démonstration de savoir faire cinématographique, il dépasse le divertissement en ayant une vision à nous offrir. Le cinéaste réalise un tour de force en choisissant de ne pas cerner l’aspect éminemment politique et polémique de son sujet, le thème du terrorisme est avant tout pour lui une occasion de faire le portrait d’un homme complexe pris dans une intrigue captivante et très actuelle.

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    Réalisation
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    Acteurs
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