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Transamerica

La critique d'Excessif

4/5
transamerica_z2 L'HISTOIRE : Bree, devenu transsexuel, travaille jour et nuit afin d'avoir assez d'argent pour payer une intervention chirurgicale qui fera de lui une femme. Elle reçoit un appel téléphonique d'un adolescent en fuite qui recherche son père...
Avec Transamerica, Duncan Tucker méritait bien d'être remarqué au dernier Festival du Film Américain de Deauville dont il est reparti avec le Prix du Meilleur Scénario. Le réalisateur et scénariste signe un premier film touchant et très osé, porté par l'interprétation magistrale d'une Felicity Huffman absolument méconnaissable.

TRANSAMERICA
Un film de Duncan Tucker
Avec Felicity Huffman, Kevin Zegers, Elizabeth Peña, Fionnula Flanagan, Graham Greene
Durée : 1h43
Sortie le 26 avril 2006

Bree travaille jour et nuit afin d'avoir assez d'argent pour payer l'intervention chirurgicale qui fera définitivement de lui une femme. Un beau jour, elle reçoit un appel téléphonique d'un adolescent en fuite qui recherche son père. Bree comprend avec effarement que ce garçon est le résultat d'une liaison hétérosexuelle sans lendemain qui a eu lieu alors qu'elle était encore un homme...


Transamerica nous propose de traverser toute l'Amérique du Nord, de New York City à Los Angeles, en compagnie du plus improbable des duos : Bree (Felicity Huffman), un transsexuel sur le point de subir sa dernière opération de transformation, et Toby (Kevin Zegers), un jeune drogué qui fait le tapin à l'occasion. Pour Bree, ce bad boy représente aussi le dernier obstacle psychologique dans l’accomplissement de sa démarche puisqu'il lui rappelle sa vie antérieure d'homme. C'est justement parce qu'elle a parfaitement saisi cette dimension que Margaret (Elizabeth Peña), la thérapeute de Bree, oblige sa patiente à affronter la situation.


Pour ce film indépendant à petit budget, le pari d'adopter le point de vue d'un transsexuel était audacieux, surtout quand on sait que la transsexualité est répertoriée aux Etats-Unis parmi les maladies mentales. Il était aussi osé de mêler à l'affaire des valeurs aussi sacralisées dans nos sociétés que la maternité / paternité – au Japon, la romancière Banana Yoshimoto l'avait fait dans son savoureux Kitchen. Dans un monde en pleine redéfinition des rôles de l'homme et de la femme au sein de la famille, Transamerica semble ainsi prendre parti pour la nouvelle tendance qui est de parler de parentalité. Malgré le caractère atypique de son personnage principal, Duncan Tucker ne fait pas de la transsexualité le sujet central de son film. La condition de Bree joue sans aucun doute un rôle très important dans la définition et le développement du personnage, mais il ne s'agit pas de la stigmatiser par rapport à cet aspect de sa personnalité. Le véritable enjeu lié à la transsexualité de Bree réside dans l'imposture qu'elle est amenée à commettre en cachant à Toby non seulement sa condition mais aussi leur lien de parenté. De son côté, Toby se montre instable et semble se percevoir comme un objet à travers le regard des adultes. Acceptation de l'autre mais aussi de soi-même, peur suscitée par les nouvelles perspectives qu'offre la vie, telles sont les problématiques fondamentales auxquelles Bree et Toby se retrouvent chacun leur tour confrontés au cours de ce voyage géographique mais aussi intérieur. Leur histoire prend aisément une dimension universelle et trouvera une résonance en chaque personne qui s'est un jour sentie obligée de cacher son vrai visage, qui s'est un jour perçue comme un alien dans un monde emprisonné dans ses conventions.


Si Transamerica adopte la forme très familière du road-movie typiquement américain, avec ses paysages qui défilent et sa bande musicale très country, le film trouve son originalité non seulement dans son propos mais aussi dans le portrait tout en finesse de ses deux personnages principaux, qui semblent d'abord sortir de deux univers totalement étrangers pour ensuite entamer un véritable face à face. L'humour est omniprésent dans Transamerica, qui excelle dans le registre comique à travers plus d'une situation mémorable et à travers des dialogues parfois impayables (la relecture du Seigneur des Anneaux par Toby…). Sans jamais perdre de vue la comédie ni faire appel à la larme facile du spectateur, Duncan Tucker teinte progressivement son récit d'une dimension plus tragique qui apporte une profondeur inattendue à ce film d'apparence légère.


Transamerica doit beaucoup à la performance stupéfiante de Felicity Huffman (Desperate Housewives), lauréate du Golden Globe de la meilleure actrice et nominée aux Oscars 2006 pour ce rôle difficile dans lequel elle réussit un véritable tour de force. Un spectateur qui n'aurait jamais entendu parler de Felicity Huffman pourrait aisément croire qu'il s'agit d'un véritable transsexuel tant la comédienne s'avère impressionnante dans la composition de ce personnage qui cherche encore sa féminité. Elle va jusqu'à parler d'une manière étrangement atone, comme si Bree n'avait pas encore complètement trouvé sa voix de femme. La prestation de Felicity Huffman ne repose pas uniquement sur sa transformation spectaculaire mais aussi sur la justesse avec laquelle elle fait passer les émotions de cet être ultrasensible qu'est Bree. Son partenaire Kevin Zegers, vu dans Dawn of the Dead, s'impose lui aussi comme une révélation dans le rôle poignant de ce jeune garçon ambigu, en quête de repères et d'affection. Transamerica est par ailleurs l'occasion de retrouver dans des rôles secondaires Elizabeth Peña (Lone Star) et Graham Greene (Danse avec les Loups), deux comédiens trop rares au cinéma.


Sous des dehors de film populaire, Transamerica bouscule plus d'un tabou de la société américaine et du monde moderne en général. Duncan Tucker s'appuie beaucoup sur ses acteurs mais il le fait à bon escient car son propos est justement de faire passer ses idées à travers le vécu de ses personnages, au lieu de verser dans la leçon de "tolérance" – un mot souvent balancé à tort et à travers de manière condescendante. Avec Transamerica, le cinéma américain prouve aussi une fois de plus sa capacité à faire émerger des œuvres subversives et authentiques dans cet océan de productions balisées et conventionnelles qui inonde nos écrans.

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