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Transformers

La critique d'Excessif

4/5
transformers_fr L'HISTOIRE :

Une guerre sans merci oppose depuis des temps immémoriaux deux races de robots extraterrestres : les Autobots et les cruels Decepticons. Son enjeu : la maîtrise de l'univers...
Dans les premières années du 21ème siècle, le conflit s'étend à la Terre, et le jeune Sam Witwicky devient, à son insu, l'ultime espoir de l'humanité. Semblable à des milliers d'adolescents, Sam n'a connu que les soucis de son âge : le lycée, les amis, les voitures, les filles...
Entraîné avec sa nouvelle copine, Mikaela, au coeur d'un mortel affrontement, il ne tardera pas à comprendre le sens de la devise de la famille Witwicky : "Sans sacrifice, point de victoire !" 

 

Hollywood, même dans ses méthodes les plus détestables et/ou outrageusement prévisibles, fait parfois preuve d'élans de folies totalement incompréhensibles qui parviennent à susciter l'intérêt. C'est un peu ce qui a rendu fascinant le film qui nous intéresse aujourd'hui dès son annonce : comment les nombreuses têtes pensantes qui tiennent Dreamworks et Paramount à bout de bras - dont Steven Spielberg en personne - sont parvenues à un commun accord pour rendre réel et vivant Transformers, gamme de jouets et dessin animé uniquement calibrés pour l'univers télévisuel ? Improbable, certes, mais qui saute de l'intriguant au fascinant dès que le nom de Michael Bay, bourrineur attitré du prolifique Bruckheimer, s'y attache de plus belle. Comme n'a eu de cesse de le répéter l'oncle Steven depuis le début de la promo, Bay, qui s'est cherché pendant près de quinze ans, a enfin trouvé le film pour lequel ses méthodes de destructeur de masse avaient un sens. On se prend à rêver, à imaginer ce que donnerait la chose puisqu'avec son passif visuel et la fantaisie outrancière du postulat, le fantasme général du plus énorme film d'action était évident. Résultat des comptes : " More Than Meet The Eye", c'est rien de le dire… Bay est définitivement capable du meilleur. Preuve à l'appui !

TRANSFORMERS
Un film de Michael Bay
Avec Shia Labeouf, Megan Fox, Jon Voight, John Turturro, Josh Duhamel, Tyrese Gibson
Durée : 2h24
Date de sortie : 25 Juillet 2007


Sam est un ado, et américain de famille très honnête de surcroît. Donc rien ne le différencie de la masse le confrontant comme tant d'autres à ces maux qui pourrissent la vie : les études, les magazines porno, ses boutons pas mûrs, les filles et bien évidemment les voitures. Les liens de cause à effet étant ce qu'ils sont, il compte bien justement se servir de sa nouvelle voiture pour épater Mikaëla, la méga bombe locale. Sa nouvelle tire justement, débarquée d'on ne sait où chez un concessionnaire plutôt chanceux, va lui montrer que la vie c'est parfois des problèmes plus laborieux en plongeant ni plus ni moins au cœur d'une guerre improbable. Les Transformers sont les représentants d'une race extra-terrestre mécanique qui se rentrent dedans depuis des millénaire en se servant de planètes de passage pour s'affronter sauvagement. Pas de bol pour Sam, Mikaela et même nous puisque qu'ils ont décidé de faire un crochet du côté de la Terre…

C'est après de longs mois noyés dans le doute que les affiches, teasers, photos et enfin bandes-annonces ont imposé un ton résolument ténébreux reposant plus sur une invasion extra-terrestre destructrice qu'une joyeuseté colorée. Le résultat restera finalement à mi-chemin, s'imposant surtout comme une énorme pièce de fun, où même les acteurs oscarisables déconnent à plein tube. Bay et ses designers préfèrent même offrir un look filandreux et mécanique à ses monstres/machines plutôt que les Bisounours cubiques qu'étaient les héros du dessin animé. Les batailles se déroulent désormais sur terre, créent des cratères démentiels et détruisent des tronçons entiers de pâtés de maisons au cœur des grandes villes américaines. Soyons clairs, et on reviendra dessus un peu plus loin, Transformers c'est du gros, gros film d'action méga destructeur. Et pour une fois on ne jettera effectivement pas la pierre à cette localisation patriotiquement communautaire : seul Hollywood peut encore nous offrir ce genre de chose. Et comme prévu, on va même cirer les pompes de celui qu'on a longtemps aimé détester, seul Bay avait encore les épaules pour délivrer un spectacle pareil.


Les reproches ont longuement plu sur le bonhomme, de notre part en premier. Mais dans ses innombrables défauts, Michael avait déjà ouvert le bal il y a bien longtemps avec ses batailles de Pearl Harbor, carnage pyrotechnique, mais chaos maîtrisé de bout en bout, et surtout Bad Boys 2. Un autre film foncièrement bâtard, voire très mauvais cinématographiquement parlant, mais qui reste une épatante prouesse technique. A la limite du révolutionnaire, puisque au-delà du spectaculaire, le réalisateur a essentiellement cherché à proposer des cadrages impossibles, quasi mortels pour un cameraman normal. Qu'on aime ou qu'on n'aime pas le film, le bonhomme impose ainsi un véritable savoir-faire dans le carnage automobile qu'il pousse désormais à son paroxysme, presque déconnant lorsque par exemple, un bolide comme Bumblebee sous sa forme de robot se retrouve lui-même obligé de chevaucher une autre voiture fonçant à vive allure. On se croirait presque dans l'une des dernières scènes de Roger Rabbit lorsque le Taxi Benny se met lui-même à conduire une autre automobile.


Des idées comme celles-ci, Transformers en regorge jusqu'à plus soif. En faire la liste serait une perte de temps, mais il y a parfois dans ce film des choses qui sentent bon le cinéma furieux. Un robot en F22, par exemple, poursuivi par d'autres avions de l'armée, reprendra son aspect normal pour tirer sur ses assaillants avant de vite redevenir un jet. En bon sale gosse écrivant probablement ses scénarios avec une tuture dans chaque main, Transformers est assurément le film dont Michael Bay avait besoin. A savoir quelque chose qui ne s'encombre d'aucune excuse (le scénario est effectivement mince, mais bien pensé) et qui s'autorise à absolument tout faire péter en poussant un peu plus loin la manette de la surenchère. Et surenchérir, c'est tout de même un peu la spécialité du bonhomme, qui cherche toujours à faire un film visuellement plus monstrueux que le précédent.


Mais ce qui est encore plus amusant dans Transformers, c'est l'espèce d'antinomie qui flotte au-dessus de sa tête, et dont on a encore franchement un peu de mal à vraiment discerner s'il s'agit d'un atout ou d'un inconvénient : dans une main, Bay fidèle à lui-même… Et dans l'autre, Spielberg, fidèle à lui-même aussi ! S'ils avaient eu le même âge, Steven Spielberg et Michael Bay enfants auraient probablement joué dans la même chambre, mais un peu chacun dans son coin. Le premier, assis par terre en tailleur occupé à faire valser ses autos sur un circuit électrique parsemé de pétards. Le second, l'œil scotché sur un télescope, collant des étoiles phosphorescentes sur le mur d'une main, et bricolant un mobile de l'autre. En étant bien évidemment assis sur un T-Rex gonflable. Ben ouais, Spielberg sait tout faire vite et bien. Et s'il collabore enfin de manière un peu improbable avec Bay, c'est définitivement parce que le savoir-faire purement cinématographique de l'un s'associe à merveille avec les capacités techniques et destructrices de l'autre. Comme si le metteur en scène/producteur/chaperon dirigeait une production monumentale à distance avec un réalisateur de seconde équipe archi passionné par des excès visuels. On se demande même pourquoi ils n'ont jamais réellement travaillé de consort plus tôt. Idée impensable il y a quelques années lorsque l'on découvrait Bad Boys.

Mais le plus étrange reste tout de même la présence même de Spielberg dans une affaire de robots géants qui dépouillent tout là où même dans ses films de genre les moins cérébraux, il était parvenu à constamment se servir du spectacle comme d'une issue scénaristique essentielle. La réponse se situe là haut dans le ciel bien évidemment. Et si le réalisateur a encore trop de décence pour ne pas se limiter qu'à des grosses poursuites en voitures démentielles pendant deux heures, il demeure en terrain connu lorsqu'il s'agit de faire débarquer sur Terre les petits hommes… de quelque nature qu'ils soient. Et encore plus lorsque lesdits visiteurs copinent avec de jeunes terriens. Ce n'est donc pas un hasard si la première bande-annonce évoquait La Guerre des mondes sous certains aspects, et ça l'est encore moins lorsque dans sa première partie, on a un peu parfois l'impression de voir une version moderne de Herbie (Bumblebee communiquant à travers la radio), où l'amitié par delà les étoiles n'est bien évidemment pas sans nous rappeler ET. En tout cas, la séquence où Sam tente de planquer discrètement cinq robots de plusieurs tonnes dans son jardin vaut effectivement son pesant de cacahuètes. Dans le genre, Spielberg reste encore à ce jour le meilleur pour nous faire avaler des couleuvres de cet acabit. Chose qu'il réitère ainsi dans un film où des aliens interprètent notre chère planète comme un univers purement automobile dont ils sont obligés de s'inspirer un peu naïvement pour se fondre dans la masse. En tout cas, avant de totalement se déchaîner publiquement, leur méthode dans le cas précis se montre plus efficace que s'ils avaient voulu prendre forme humaine…Transformers, métaphore sur l'évolution trop expéditive d'une technologie devant peu à peu une "espèce prédominante" qui finira par nous bouffer comme dans la nouvelle de Stephen King ? On n'ira pas jusque là.


Faut tout de même pas déconner non plus, c'est Michael Bay, et ses intentions n'auront jamais un lien quelconque avec un célèbre HAL … En tout cas il se rend cette foi-ci au service d'une franchise dont il n'a, a priori, aucun pouvoir et laisse de côté une grande partie de sa signature dont chacun de ses précédents transpirait. Rester dans l'ombre des Transformers et leur règles tordues au lieu de sauver le monde est donc une bonne chose, même s'il nous propose sans l'admettre - ou sans s'en rendre compte - un Armageddon 2. L'aspect évangélique putassier en moins. Musicalement, formellement, mythologiquement même, tout ce que son film météore avait d'étrangement intriguant est ici de retour. Pour une raison encore plus inexplicable, toute sa mauvaise dentelle fine avec le surenchérissement du corps militaire et les musiques Zimmeriennes fonctionnent ici au poil. C'est d'une part très jouissif, parce qu'il a fini de péter plus haut que son cul, et qu'en fuyant volontairement le cinéma babillard qu'il essayait à chaque fois de caser un peu n'importe comment, il se comporte comme le gamin qu'il a toujours été. Un môme avec des vraies voitures qu'on autorise à triturer dans tous les sens pour mettre en image ce que tous les enfants ont rêvé de voir. Des robots qui cassent tout, un Bioman moderne, ou un retour aux sources de la série Z d'antan ? On s'en fout, le plaisir coupable est bien là.


Mais la vraie prouesse de Michael Bay, c'est de s'être grandement – voire totalement – racheté aux yeux de ses détracteurs les plus acharnés. Mieux encore, il nous fait avaler un incroyable nombre de couleuvres comme lettres à la poste…Au point de nous laisser faire l'impasse sur certains aspects de son cinéma dont il ne se débarrassera décidément jamais. On aurait pu faire la fine bouche sur une caméra vigoureusement malmenée au shaker – certains combats sont juste illisibles – ou encore un message planplan sur la bravoure et le sens du sacrifice dont on aurait pu se passer, mais le bougre a définitivement viré du dos de la main un goût prononcé de valeurs dont on n'avait jamais réellement eu quelque chose à foutre. Ici, non seulement il détourne ce qu'il a toujours défendu – la seule image du président des Etats-Unis est une feignasse affalée sur son bureau avec ses chaussettes rouges en gros plan – mais il considère même que les plus hauts gradés du gouvernement ont droit à leurs moments de déconne. La scène où le ministre de la défense (Jon Voight) et le big boss du FBI (un John Turturro qui a dû sniffer 35 rails de coke pour le rôle) se fritent contre Frenzy, un mini Transformer qui se comporte comme un Gremlin, armés de fusils à pompe, est un énorme moment de rigolade bien singulier du non sens total du projet. Un film de gosses on vous dit…


Une fois encore tout marche : les sidekicks pénibles sont ici vraiment drôles, Shia Labeouf est un bon comédien, les robots se planquent derrière les arbres pour ne pas se faire voir, le premier à parler (Barricade, avec la voix de Keith David) glace le sang, et le cheap totalement assumé du projet offre une vraie identité à l'ensemble qui se réapproprie un certain ridicule pour mieux le contourner. Au final une vraie régression infantile bienvenue, fonctionnant comme une potion magique qui nous invite d'une part à assister à un spectacle démentiel où l'on détruit des immeubles, des routes et des villages comme on casse un verre. Mais surtout à la construction d'une mythologie mécanico-spatiale cucul à laquelle on veut pourtant croire sans sourciller. Tant pis si le postulat originel est sensiblement modifié au profit des humains (les vrais héros du film malgré tout), Michael Bay a ouvert une énorme brèche dans un cinéma estival un peu faiblard cette année, et surtout un blockbuster sans temps mort qui gravit aisément le podium de sa propre filmographie. Bienvenue dans la cour des grands…

Arnaud Mangin

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