L'HISTOIRE : Quand une mouette vient s'écraser sur son pare-brise alors qu'elle se rend au port, Jess y voit un signe de mauvaise augure. Embarquant avec ses amis à bord d'un yacht, elle garde l'impression tenace que quelque chose ne va pas, jusqu'à ce qu'une tempête monstrueuse les surprenne et les force à se réfugier sur un paquebot que la jeune femme est persuadée de connaître. Apparemment désert, toutes les horloges du bâtiment sont également arrêtées. Mais les passagers clandestins ne sont pas seuls et, alors qu'un mystérieux tueur les décime un par un, Jess va comprendre qu'elle seule possède le moyen de mettre fin à la terreur... Jetez-vous dessus, et n'ayez pas peur de monter sur le Triangle...
Christopher Smith est peut-être, avec Edgar Wright, l'un des cinéastes anglais les plus passionnants du moment. Il suffit de visionner Creep, Severance et Black Death pour s'en convaincre. Les deux premiers sont de très bons films de genres, tandis que le troisième est ni plus ni moins un petit bijou en puissance. Nous découvrons donc le quatrième film du metteur en scène : Triangle.

Celui-ci narre l'histoire de Jess, jeune mère célibataire qui élève seule son enfant, et décide de passer le week end avec un groupe d'amis sur un yacht, baptisé le Triangle. Après avoir essuyé une tempête inattendue, ils trouveront refuge sur un paquebot abandonné.
Ce qui frappe, c'est la capacité du réalisateur à s'adapter aux évènements de son film. Le début, s'il est étouffant, reste filmé de manière plutôt classique. Mais encore une fois, soulignons le travail sur la photographie, saturée de lumière, qui transpire la chaleur, la moiteur et la dépression. Et sitôt que l'irrationnel entre dans le récit, de par notamment cette tempête totalement improbable, le réalisateur adopte une mise en scène différente, cadrant de manière irréelle, modifiant légèrement la photographie, qui devient opaque. Et finalement, lorsque le paquebot surgit de la brume, tel celui d'un Frankenstein de la Hammer, l'irrationnel laisse progressivement sa place à l'impossible. La froideur donne au film un côté nostalgique, mélancolique, sans que l'on sache pourquoi réellement.
La folie transpire dès lors de la pellicule, puisque le réalisateur accentue le côté claustrophobique, et cadre régulièrement Jess en gros plan : Melissa George livre tout simplement une performance superbe.
Pour peu que l'on adhère au concept, que nous ne dévoilerons pas ici pour ne pas vous gâcher la surprise, le film est absolument passionnant. Au-delà du concept de base, il brasse plusieurs genres, du slasher, au survival, en passant par le fantastique pur, sans jamais perdre de vue le fil de l'intrigue. Le danger semble pouvoir surgir de chaque recoin du cadre, tant la caméra est bien placée. Les indices sur le nœud de l'intrigue sont livrés au compte goutte, et il faudra faire fonctionner sa matière grise pour venir à bout des mystères de Triangle. La clé est probablement a chercher du côté du mythe Sisyphe, condamné par les dieux a répéter inlassablement le même mouvement, vain, pour l'éternité.

Le seul défaut est finalement un côté redondant, que vous comprendrez en voyant le film. A la décharge du réalisateur, avec le genre, il est facile de se prendre les pieds dans le tapis, on se surprend a penser que le scénariste doit être doué de ne pas s'être emmêlé les crayons. Rajoutons également en point noir la mort de l'un des protagonistes, totalement grotesque, presque amusante. De biens menus défauts, face au travail de titan accompli par Christopher Smith et son équipe. Jetez-vous dessus, et n'ayez pas peur de monter sur le Triangle...
Antonin CLATZ
Christopher Smith, réalisateur de Creep et de Severance, ne comprend pas pourquoi Black Death et Triangle sortent directement en DVD. Nous non plus.