La critique d'Excessif

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troiez2 L'HISTOIRE : Dans la Grèce antique, l'enlèvement d'Hélène, reine de Sparte, par Paris, prince de Troie, est une insulte que le roi Ménélas ne peut supporter. L'honneur familial étant en jeu, Agamemnon, frère de Ménélas et puissant roi de Mycènes, réunit toutes les armées grecques afin de faire sortir Hélène de Troie. Mais en réalité, la sauvegarde de l'honneur familial n'est qu'un prétexte pris par Agamemnon pour cacher sa terrible avidité. Celui-ci cherche en fait à contrôler Troie et à agrandir son vaste empire. Aucune armée n'a jamais réussi à pénétrer dans la cité fortifiée, sur laquelle veillent le roi Priam et le prince Hector. L'issue de la guerre de Troie dépendra notamment d'un homme, Achille, connu comme le plus grand guerrier de son époque. Arrogant, rebelle, et réputé invicible, celui-ci n'a d'attache pour rien ni personne si ce n'est sa propre gloire...
Troie se présentait comme un nouveau blockbuster américain gonflé aux dollars, au casting de rêve, et se réappropriant un épisode de l'histoire pour se donner une touche de crédibilité supplémentaire. Les premières images promettaient un film regorgeant d'effets spéciaux plus grands que nature, un léger parfum de Seigneur des Anneaux embaumant les batailles avec des CGI moins discrets. Bref, un film privilégiant le grand spectacle à la finesse. A sa tête, un réalisateur capable à peu de temps d'intervalle du moins bon (Air Force One) comme du meilleur (Das Boot), et une des premières production de "Plan B", nouvelle boîte de prod du couple Jennifer Anniston/Brad Pitt. Ce dernier occupe d'ailleurs le rôle principal, qu'il préféra à celui du film (quasi)indépendant de Daren Aronofsky, The Fountain, coulant le projet au passage (temporairement puisque Hugh Jackman serait sur les rangs en ce moment).

Troie avait tout du gros bubble-gum bien emballé, dont le goût était toujours impossible à anticiper au moment où la lumière s'est éteint dans la salle. Après vision de la chose, il est temps de dresser un verdict... nuancé.

TROIE (Troy)
Un film de Wolfgang Petersen
Avec Brad Pitt, Brian Cox, Eric Bana, Orlando Bloom, Sean Bean, Diane Kruger, Peter O'Toole, Brendan Gleeson
Durée : 2h43
Sortie : 13 Mai 2004
Ménélas (Brendan Gleeson), roi de Sparte, vient de faire la paix avec le royaume de Troie dirigé par le roi Priam (Peter O'Toole). Festoyant avec ses fils, le valeureux guerrier Hector (Eric Bana) et son jeune frère Pâris (Orlando Bloom), il ne se doute pas que sa jeune femme Hélène est amoureuse du plus jeune et s'enfuira le lendemain avec eux à Troie.
Fou de rage, Ménélas s'allie à son frère, le puissant et vil Roi Agamemnon (Brian Cox), surnommé "le roi des rois" pour sa suprématie sur les peuples de Grèce. Ensemble ils lèvent une immense armée, partent récupérer Hélène et détruire Troie. Mais ils ne pourront concrétiser cela sans l'aide du guerrier légendaire Achille (Brad Pitt), invaincu à ce jour.



Brad Pitt est Achille

Troie commence plutôt mal. La mise en place du film des personnages frôle la catastrophe, que ce soit au niveau des dialogues, de l'histoire et du jeu des acteurs, se combinant tous dans un brouillon bâclé de péplum. Point d'orgue de cette mélasse : une musique cacophonique irritante, mélangeant tambours et trompettes, "composée" par un James Horner qui nous avait déjà gâché En Pleine Tempête (de Petersen aussi), venu remplacer au pied levé deux mois avant la sortie du film Gabriel Yared dont la partition avait été jugée trop "vieille" par le studio. Pourtant capable du meilleur, Horner nous livre dans cette première demi-heure de loin la pire composition de sa carrière...
Rajoutons à cela une photographie jolie mais quelconque, des costumes réalistes mais peu transcendants, et surtout un montage totalement bancal, certains plans semblant démarrer avant même que le réalisateur n'ait dit "action" et une multitude d'entre eux finissant sur un ralenti aussi maladroit que laid et injustifié. Les acteurs en font des tonnes, aucun n'est crédible, et le discours sur "l'immortalité" censé sérieux sonne creux. L'exagération propre à la poésie d'Homère est certes là, par bribes, mais tombe à plat. Cette image des milliers de bateaux de guerre traversant la mer d'Egée que nous voyions dans la bande-annonce n'est non pas gâchée par les images de synthèses trop voyantes, mais par la musique d'un Horner en furie. Le premier combat du film, censé nous présenter le héros Achille se fait dans un mélange de Matrix et Gladiator tourné dans un ralenti esthétisant ridicule à la violence complaisante et grand-guignolesque.


Eric Bana est Hector

Alors que la première demi-heure du film se partage entre rires et consternation, Troie, malgré des bases alors très fragiles, se redresse soudainement, fait fi de ses ratés, et semble repartir à zéro au détour d'une scène mémorable annonciatrice de la suite.


Tout se joue au moment où l'armée grecque menée par Agamemnon, interprété jusque là par un Brian Cox un brin trop théâtral, arrive devant les portes de Troie. Le film se transforme là non pas en un bête enchaînement de batailles comme l'annonçait la bande-annonce, mais en véritable rapport de force, morale et physique. Au lieu de se rentrer directement dedans, les deux armées vont assister à un combat opposant deux hommes : Pâris et Ménélas. Dès lors, la caméra devient subjective, prend place "dans" le combat, et nous entraîne, nous spectateurs, dans une séquence à la violence étouffante et éreintante, aux souffrances palpables. L'issue, que nous tairons, donne un relief inédit à chacun des guerriers, le thème principal du film basculant sur la violence absurde de la guerre et l'honneur paradoxal qu'elle requiert. Pas très original sur le papier, ces lignes se démarquent ici en étant traité viscéralement le restant du film. Les images les plus impressionnantes ne sont finalement pas celles empruntées à Peter Jackson où la caméra fonce dans les airs au milieu de deux armées s'entrechoquant. Celles qui resteront dans les mémoires sont les suivantes, où des hommes recouverts de sang marchent sur des cadavres et enfoncent mécaniquement leurs épées dans des corps pour les achever, où des femmes regardent leur maris se faire tailler en pièce par l'ennemi, où un père pleure son fils mort.


Peter O'Toole est le roi Priam

Troie finalement prend de l'allure au bout d'une demi heure pour ensuite maintenir ses promesses jusqu'au bout. Le talent des acteurs, Eric Bana et Sean Bean en tête, semble évident, les combats entre les deux armées délivrent un spectacle maintenant renversant, et ponctué d'actions spectaculaires (les attaques de nuit sur la plage). Le duel très attendu d'Hector contre Achille (Eric Bana contre Brad Pitt) reste mémorable, et certains dialogues, dont un monologue de Peter O'Toole rempli d'émotion, ne manquent pas d'intérêt. Même la musique retrouve une certaine justesse appréciable, sachant se faire discrète voire absente à certains moments, et intervenant ensuite sans entraver l'histoire. La photographie tout d'abord banale devient soudainement appréciable, que ce soit lorsque la caméra nous montre un garde immobile surveillant l'horizon la nuit, ou des combats où les personnages sont photographiés comme des statues antiques.


Brad Pitt est Achille

Mais le personnage principal du film, celui autour duquel toute l'action se déroule, est Achille, le guerrier légendaire. Là encore la première demi-heure dévoile un Brad Pitt peu convaincant, misant plus sur son statut de mythe pour incarner un autre mythe (la première image que l'on a de lui est à poil dans ses draps, entre deux top models éreintées par leur nuit) que sur son jeu d'acteur. Assez vide et inexpressif, il ne fait finalement qu'illustrer son personnage de guerrier las de vivre, et parvient à lui forger toute une personnalité complexe appréciable. Ce n'est donc pas Brad Pitt qui est creux, mais son personnage. Plus que jamais, nous tenons ici la preuve qu'une mauvaise réalisation peut réduire le jeu d'un acteur au rang de caricature. Heureusement Troie se divise clairement en deux parties, la mauvaise ne durant qu'une demi-heure et la bonne deux bonnes heures.


Paris by night

L'histoire en elle-même prend certes de grandes libertés avec le récit d'Homère dans L'Iliade. Ses deux scènes les plus célèbres, celle du Cheval de Troie et celle du Talon d'Achille, sont bien présentes, mais, et c'est une agréable surprise, ne sont pas mis en scène comme des cartes postales destinées au public américain, mais bien comme des étapes logiques du récit qui deviennent mémorables sans justement avoir été trop appuyées.

Parti droit pour finir dans le mur, Troie se remet rapidement sur de bons rails nous menant vers quelques scènes mémorables et un récit passionnant de par sa démesure et sa barbarie absurde si tristement crédible.

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Le verdict des internautes

Total des votes : 15

Les notes des internautes

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    Scénario
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    Réalisation
  •  
    Acteurs
  •  
    Musique

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