L'HISTOIRE : Sam Flynn, 27 ans, est le fils expert en technologie de Kevin Flynn. Cherchant à percer le mystère de la disparition de son père, il se retrouve aspiré dans ce même monde de programmes redoutables et de jeux mortels où vit son père depuis 25 ans. Avec la fidèle confidente de Kevin, père et fils s'engagent dans un voyage où la mort guette, à travers un cyber univers époustouflant visuellement, devenu plus avancé technologiquement et plus dangereux que jamais...
La mise à jour habile et élégante d'une oeuvre culte.
En 1982, Tron marquait à jamais le cinéma de science-fiction en proposant le mariage longtemps fantasmé entre le monde réel et virtuel. Formellement avant-gardiste, cet échec commercial est devenu une oeuvre culte, un objet icônique un peu étrange pour les profanes. Son aura n'aura jamais cessé de briller et les studios Walt Disney ont tenté le pari risqué de relancer l'ordinateur central pour de nouvelles aventures. Les calculs sont les mêmes, mais il y a un nouvel électron libre dans l'équation. Là réside la force et la limite de Tron : l'héritage. Le long-métrage est très respectueux de son aieul et se transforme en mise à jour habile, sans prendre trop de risques. L'élégance de la direction directrice faisant le reste...
Tel père, tel fils. Sam Flynn est un pirate redoutable doublé d'un plaisantin avide de bonnes réparties et ceux qui connaissent le film original seront en terrain connu, ravis de retrouver en Garrett Hedlund un soupçon de Jeff Bridges des années 80. La relation entre le rejeton rebelle et son géniteur génial est au coeur du film et les deux acteurs parviennent sans mal à se renvoyer la balle dans un mélange d'énergie animale et de zen attitude. Ce duo se magnifie bientôt en une valse à trois où Olivia Wilde, parfaitement crédible dans ses scènes de combats, apporte un charme bio-numérique et un humour décalé au sérieux du propos. L'une des meilleurs scènes du film reste d'ailleurs un dîner singulier entre ces trois personnages déphasés.
Steve Kosinski a parfaitement digéré ses classiques SF : le salon de Kevin Flynn ressemble à la chambre temporelle de 2001, l'odyssée de l'espace, les lumières de la cité de Tron sortent tout droit de Blade Runner et Jeff Bridges a des allures d'Obi-Wan Kenobi. Visiblement fan absolu du premier opus et du genre en soi, il propose des montagnes russes à 360 degrés où l'apesanteur n'a guère d'importance. Le réalisateur est très efficace quand il s'agit d'animer ses jeux du cirque où la survie est le maître mot. Quel plaisir de retrouver les combats de disques et les courses de moto, surtout qu'en trente ans les pièges sont encore plus nombreux et les variantes infinies. Dommage que Steve Kosinski soit moins à l'aise lors des luttes au corps à corps où sa caméra semble avoir toujours du retard sur l'action. Les chorégraphies, véritables ballets de lumières, se suffisent heureusement à elles-même. A l'image de la musique des Daft Punk, modèle de composition mainstream et d'illustrations sonores ultra balisées. C'est efficace comme du bon Harry Gregson-Williams qui n'aurait pas forcé son talent.
Sans éclat mais avec beaucoup de raffinement, Tron : l'héritage joue astucieusement sur l'adversité éternelle entre l'homme et la machine, à grands renforts de dialogues métaphysiques qui évitent l'esbroufe. Le discours est cohérent et l'affrontement entre Jeff Bridges et son double jeune tient ses promesses jusqu'au bout. Pourtant, personne ne vous fera croire que Clu a le visage de l'acteur jeune. Malgré le potentiel de l'idée et les prouesses technologiques, il manque toujours dans le regard, le labiale ou les détails du faciès, quelque chose de totalement réaliste.
Un pied dans le passé, l'autre dans le présent, Tron : l'héritage se rêve maintenant en licence du futur, avec un plan marketing savamment dosé tout en étant titanesque. De notre côté, on fantasme un troisième opus où le monde que nous connaissons serait gangréné par celui de Tron et Clu... En attendant, après deux heures de labyrinthes rétro-éclairés, de clins d'oeil aux fans et de programmes belliqueux, on est heureux d'admirer toutes les imperfections de notre monde.
La sortie de Tron : l'héritage, le démontre : force est de constater que le cinéma des années 2.000 se place sous forte influence de celui des années 80. Entre suites ou remakes, les "80's" sont encore à l'honneur !