L'HISTOIRE : 1997. Les milices armées liées au trafic de drogue contrôlent les favelas de Rio. Rongée par la corruption, la police n’intervient plus sur le terrain. Les forces d’élite du BOPE (Bataillon des opérations spéciales de police) sont livrées à elles-mêmes dans leur lutte sans merci contre les trafiquants. Mais le maintien de l’ordre a un prix : il est de plus en plus difficile de distinguer le bien du mal, de faire la différence entre l’exigence de justice et le désir de vengeance.
Fin des années 90, Rio de Janeiro. Le capitaine Nascimento, commandant le BOPE (Bataillon des opérations spéciales de police), doit préparer sa succession, alors que la violence des trafiquants de drogue gangrène les favelas, et que la corruption paralyse jusqu’en haut lieu les forces de police. La sélection est ardue au sein du BOPE, qui ne regroupe que les élites incorruptibles du service, et deux hommes ont la préférence de Nascimento : Matias, qui hésite entre terminer ses études et poursuivre sa carrière de policier ; et Neto, une fine gâchette un peu inconsciente. Les actions de ces deux recrues vont déclencher une série d’événements meurtriers en plein coeur de la ville...
La corruption ordinaire est ainsi une tradition chez les policiers « normaux », qui se refusent à aller prendre des balles en patrouillant dans les quartiers pauvres de Rio. A la botte des hommes politiques, certains hauts gradés n’hésiteront pas durant l’histoire à piéger des subalternes trop bavards, ou ayant joué avec le feu en détournant l’argent des pots-de-vin. Le thème, le réalisme, l’intensité de ces intrigues font souvent penser au cinéma de Sidney Lumet, et plus particulièrement à des films comme Le prince de New-York ou Contre-enquête.
Au milieu de ce marasme idéologique, les troupes d’élite de Nascimento incarnent presque une autre réalité, plus martiale, voire même bestiale. Choisissant ses hommes au terme d’un camp d’entraînement digne de Full Metal Jacket, le capitaine (incarné avec une terrifiante force presque de persuasion par Wagner Moura, vu dans Carandiru) est un soldat dans l’âme, plus préoccupé par le sens du devoir et son implacable envie d’éradiquer les gangs de Rio, que par une quelconque moralité ou sensibilité politique. Avec leurs têtes de mort inscrites sur leur uniforme, les membres du BOPE sont clairement là pour faire parler la poudre. Troupe d’élite n’est toutefois pas dédié à leur gloire, et sitôt la très énergique séquence d’ouverture terminée, le scénario prendra d’autres directions avant de faire revenir ce bataillon au centre de l’intrigue.
C’est autour de ce trio que se dessinent les situations, multiples, qui font la richesse de Troupe d’élite : exécutions sommaires, débats autours des bavures policières, tentation de l’argent facile, violence domestique, machinations diverses et séquences de mise à l’épreuve... Peu à peu, c’est une fresque sans équivalent qui prend vie à l’écran, grâce au sans-faute des comédiens (dont certains n’ont jamais tourné devant une caméra), à l’intransigeance de José Padilha, dont le style se montre plus direct et carré que celui de Meirelles, et à ce souci vériste qui rend impossible toute remise en question de la crédibilité de l’histoire. L’équipe de tournage a d’ailleurs à plusieurs reprises risqué sa vie en tournant sur des territoires effectivement tenus d’une poigne de fer par les gangs de la drogue. Cette technique de guerilla filmmaking, si elle leur a causé quelques sueurs froides, a en tout cas porté ses fruits : d’une violence sans complaisance, à la fois très spectaculaire et sans artifices, cohérent jusqu’au bout et osé dans son discours sur la justice et son application, Troupe d’élite est une incontestable réussite, un film coup de poing qui méritait bien son Ours d’or remporté au dernier festival de Berlin. 

















Sorti de manière confidentielle dans les salles françaises, Troupe d'élite, de José Padilha, film-choc très impressionnant entre documentaire social et néo-polar, mérite d'être redécouvert même si ...